Plus de 200 migrants dorment sur la place devant la mairie de Lepe, dans le sud de l'Espagne. Crédit : DR
Plus de 200 migrants dorment sur la place devant la mairie de Lepe, dans le sud de l'Espagne. Crédit : DR

Plus de 200 migrants vivent dans la rue à Lepe, dans le sud de l'Espagne, depuis que leurs bidonvilles ont brûlé mi-juillet. Ces travailleurs immigrés, employés dans l'agriculture, réclament aux autorités un logement digne.

"Nos habitations ont brûlé, nous n'avons nulle part où aller." Comme Youssouf, Malien de 32 ans, plus de 200 migrants vivent dans la rue, devant la mairie de Lepe, petite ville de la province d'Huelva, dans le sud de l'Espagne. Ces personnes vivaient jusque-là dans des bidonvilles insalubres de la région, sans eau ni électricité, mais un incendie a ravagé leurs logements de fortune mi-juillet.

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Tous sont des travailleurs étrangers agricoles, certains sans-papiers, d'autres possédant des titres de séjour. La majorité est originaire d'Afrique de l'Ouest. "Ici, il y a des Sénégalais, des Maliens, des Guinéens, des Ivoiriens et des Marocains. On travaille dans les champs de fraises ou d'oranges", précise à InfoMigrants Youssouf.

"Nous voulons un camp, pas un ghetto isolé"

Pour protester contre leurs conditions de vie et exiger un toit, ces saisonniers ont installé il y a deux semaines des matelas sur la place de la mairie de Lepe pour y passer leurs nuits. La municipalité a alors proposé une zone industrielle pour que l'armée y monte un campement provisoire mais les militaires ont refusé, la semaine dernière, car la chaleur étouffante n'aurait pas permis aux migrants d'y vivre, selon une source gouvernementale. De plus, dans un communiqué publié le 28 juillet, plusieurs ONG, dont l'association des nouveaux citoyens pour l'interculturalité (Asnuci), ont estimé que le site était "inhospitalier, sans magasins pour s'approvisionner (...), sans arbres ni ombre, et à sept kilomètres" de la ville la plus proche. "Nous voulons un camp, pas un ghetto isolé", affirment les associations.

Reste que depuis le début de cette crise, l'État et les collectivités locales se renvoient la responsabilité. "C'est un problème qui relève de l'État, pas de la mairie, nous ne pouvons pas les régulariser", lance à l'AFP Manuel Mora, maire de Lucena del Puerto, localité voisine de Lepe où un autre bidonville a pris feu. "Il faut que nous ayons un réseau de logements dans toutes les communes agricoles" de la zone mais cela doit passer par une entente entre tous les acteurs, insiste Jesús Toronjo, numéro deux de la mairie de Lepe.

"On subit continuellement du racisme"

Les migrants, pour certains en Espagne depuis plusieurs années, affirment avoir cherché des logements par leur propres moyens. "Mais à chaque fois, les propriétaires refusent de louer leurs maisons lorsqu'ils apprennent nos nationalités", explique Youssouf. Lamine, membre de l'Asnuci et travailleur agricole depuis son arrivée en Espagne en 2008, vit lui dans un appartement obtenu grâce à l'aide d'un ami. "Le bail est au nom d'un copain espagnol", dit à InfoMigrants le Malien qui vient en aide aux anciens habitants des bidonvilles. "On subit continuellement du racisme", continue-t-il.

La majorité des migrants est originaire d'Afrique de l'ouest. Crédit : DR"La mairie ne fait rien pour nous aider, or on voit bien qu'il existe beaucoup de maisons inoccupées dans le coin", croit savoir Youssouf. Les travailleurs étrangers craignent une expulsion prochaine de leur campement sauvage. "La police nous a dit qu'ils allaient nous déloger de force", affirme encore Youssouf. "Mais si on doit partir, on va aller où ?", s'inquiète-t-il.

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"Lepe est actuellement dans les médias nationaux et étrangers. L'administration et le gouvernement ont l'occasion de démontrer qu'ils sont prêts à résoudre avec dignité, non par la force, et une fois pour toutes ce drame humain (...) Ces travailleurs n'en peuvent plus. Ces travailleurs essentiels ne méritent pas ces mauvais traitements", insistent les associations dans leur communiqué.

Crainte d'une propagation du coronavirus

En outre, la crise du coronavirus ajoute de l'anxiété à la situation déjà très précaire de ces immigrés. Malgré ces conditions de vie insalubres, où la distanciation sociale est impossible à respecter, aucun test de coronavirus ne leur a été fait, selon des témoignages de migrants confirmés par la mairie de Lepe. Et pourtant, certains d'entre eux sont partis travailler dans d'autres régions comme à Lérida en Catalogne où des saisonniers ont été au centre d'un foyer de contagion qui a entraîné le reconfinement, jusqu'à mercredi, de cette zone.

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Une situation qui préoccupe les autorités. "Il est fort possible que nous ayons encore des foyers liés aux saisonniers", a averti l'épidémiologiste en chef du ministère de la santé, Fernando Simon. Jusqu'ici, seule la région de la Rioja (nord) a décidé de faire des tests à tous les travailleurs saisonniers avec ou sans contrat de travail.

"Parmi nous, tout le monde voulait aller en Europe. Aujourd'hui, tout le monde regrette", souffle Youssouf qui ne s'attendait pas à vivre "ça" sur le Vieux continent.

 

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