Le camp de transit pour migrants Roya, en périphérie de Vintimille (archives). Crédit : RFI
Le camp de transit pour migrants Roya, en périphérie de Vintimille (archives). Crédit : RFI

Sur décision préfectorale, le camp de migrants de Vintimille, géré par la Croix Rouge, a été démantelé lundi. Actif depuis 2016, il venait encore en aide à des dizaines de personnes.

Le camp de transit pour migrants Roya à Vintimille, en Italie, n'est déjà plus qu'un souvenir. Sur ordre de la préfecture d'Imperia, ce camp implanté en 2016, au plus fort de la crise migratoire, près de la frontière avec la France et géré par la Croix-Rouge italienne a cessé ses activités le 31 juillet. La trentaine de migrants restants dans les lieux ont été transférés vers d'autres centres d'accueil de la région. Quelques jours plus tard, lundi 3 août, les bâtiments en préfabriqués qui pouvaient accueillir environ 300 personnes ont commencé à être démantelés.

"Nous avons tout tenté pour éviter ça", commente Jacopo Colomba, consultant juridique pour les ONG Caritas et We World, parlant au nom des membres des différentes associations d'aide aux migrants présentes sur place. "Nous avons essayé de discuter avec le maire de Vintimille et avec la préfecture pour leur faire comprendre que le camp devait rester ouvert. Mais cela n'a servi à rien", dit-il, démoralisé.

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Auparavant, l'enceinte du camp était ouverte aux migrants présents dans les environs de Vintimille, étape bien connue de celles et ceux souhaitant rejoindre le nord de l'Europe en venant du sud de l'Italie ou de la route des Balkans. La structure accueillait aussi les personnes qui voulaient entreprendre une demande d'asile en Italie.

Peu enclines à s'exprimer sur le sujet, les autorités italiennes concernées ont mis en avant la crise du coronavirus pour justifier cette fermeture, rapportent différentes associations. Depuis le 18 avril dernier, déjà, les lieux étaient fermés aux nouveaux arrivants en raison du contexte sanitaire.

"On est revenus à la situation de 2016"

"Je comprends que la crise sanitaire ait représenté un défi et je sais aussi que cette structure n'était pas bien encadrée au point de vue juridique, mais des solutions auraient pu être mises en place. Cette fermeture est irrationnelle", regrette Jacopo Colomba, estimant que la préfecture s'est servie de l'urgence sanitaire comme d'un prétexte pour fermer un camp peu populaire en Ligurie à l'approche d'élections régionales en septembre.

D'autant plus irrationnelle, selon Maurizio Marmo, le président de Caritas Vintimille, que le "campo" rendait service à la municipalité en sortant les sans papiers de la rue. "Avoir des personnes qui dorment dans les rues, ce n'est pas génial… Ce camp était fondamental pour gérer une situation qui ne s'est pas arrêtée", tonne-t-il.

À Vintimille, il n'est pas rare de voir des migrants trouver refuge dans des bâtiments abandonnés, au bord du fleuve qui traverse la ville ou sur les plages, pour passer la nuit. Selon les associations, entre 100 et 200 personnes sont dans ce cas chaque jour. "Au mois de juillet, les arrivées de migrants ont été les plus nombreuses de ces deux dernières années", assure de son côté Jacopo Colomba. "On est revenus à la situation de 2016."

"Les années passent et la situation perdure"

À ceci près que le mouvement de solidarité, porté par une vague d'activistes en 2016, semble depuis s'être estompé. Dans la région, les associations présentes sur le terrain déplorent une faible mobilisation et, pour certaines, une baisse des dons. "Les années passent et la situation perdure, donc les gens se fatiguent", analyse Jacopo Colomba. "On est un peu désespérés."

Face à la fermeture du camp, une poignée d'ONG et de collectifs locaux - Kesha Niya, Caritas, We World, Diaconia Valdese et Progetto 20K - ont uni leurs forces pour trouver des solutions.

"Nous avons créé un réseau pour fournir des hébergements d'urgence, pour quelques jours seulement, aux familles qui tentent de passer la frontière", explique encore Jacopo Colomba. Les migrants concernés sont hébergés dans l'église San Nicola, où des locaux ont été mis à disposition par le prêtre. Une famille d'Irakiens avec deux bébés y a été logée dans la nuit de dimanche à lundi, avant de parvenir à rejoindre la France. "Nous allons chercher d'autres personnes à héberger dans la ville."

 

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