Le chauffeur qui circulait entre l'Italie et l'Espagne s'était arrêté pour dormir sur l'aire de repos de Rousset (Bouches-du-Rhône). Crédit : Google street view
Le chauffeur qui circulait entre l'Italie et l'Espagne s'était arrêté pour dormir sur l'aire de repos de Rousset (Bouches-du-Rhône). Crédit : Google street view

Huit personnes migrantes – dont quatre mineurs - ont été découvertes, samedi, sur une aire d'autoroute près d'Aix-en-Provence. Elles étaient cachées dans la remorque d’un camion. Elles ont été remises en liberté et devront se présenter à la préfecture à Marseille.

Les tentatives de traversées de l’Europe à bord de camions se multiplient. Samedi 8 août, huit migrants – dont quatre mineurs - qui se cachaient dans un camion, ont été découverts sur une aire d'autoroute près d'Aix-en-Provence, dans le sud-est de la France.

Cinq de ces personnes étaient originaires du Bangladesh et trois du Pakistan. Selon le quotidien Var Matin, le conducteur du camion, de nationalité russe, a prévenu les gendarmes après avoir été alerté par des bruits provenant de la remorque. Il se rendait en Espagne.

Les passagers clandestins ont été découverts en bonne santé, selon les gendarmes. Ils ont indiqué être montés lors d'une pause du camion à Vintimille (Italie), et ont été remis en liberté mais devront se présenter à la préfecture à Marseille.

Dégradation de la situation à Vintimille

Début juillet, les secours sont venus en aide à 11 migrants clandestins découverts par la police dans un camion italien à La Seyne-sur-mer (Var) et souffrant de malaise en raison des conditions de transport.

Selon la préfecture des Alpes-Maritimes, depuis mai, le nombre de personnes venant d'Italie et refoulées chaque jour est "en augmentation progressive". En cause, notamment, une forte dégradation de la situation à Vintimille depuis la fermeture du camp de la Croix rouge, démantelé le 3 août dernier.

Les autorités italiennes ont justifié cette fermeture par la pandémie de coronavirus. Mais, pour les associations locales, révoltées par cette décision, les motivations sont tout autres. "Je comprends que la crise sanitaire ait représenté un défi et je sais aussi que cette structure n'était pas bien encadrée au point de vue juridique, mais des solutions auraient pu être mises en place. Cette fermeture est irrationnelle", a regretté Jacopo Colomba, consultant juridique pour les ONG Caritas et We World, interrogé par InfoMigrants. Il estime que la préfecture s'est servie de l'urgence sanitaire comme prétexte pour fermer un camp peu populaire en Ligurie à l'approche d'élections régionales en septembre.

Découvertes en Pologne et Macédoine du Nord

Samedi, une découverte similaire s'est produite en Macédoine du Nord. Une patrouille de police a arrêté un camion portant une plaque d’immatriculation macédonienne, près de la ville de Radovish, à 110 kilomètres au sud-est de la capitale Skopje, rapporte l’agence de presse Associated press.

Quatre-vingt quatorze personnes, originaires de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak et du Pakistan, se trouvaient dans la remorque du camion. Interpellées et placées en détention, elles doivent être envoyées dans un centre d’hébergement pour migrants près de la frontière sud du pays, dans l’attente de leur déportation vers la Grèce. Le chauffeur, lui, a pris la fuite.

La veille, en Pologne, des gardes-frontières avaient interpellé 34 personnes originaires du Moyen-Orient après les avoir découvertes dans la remorque d’un camion en provenance de Turquie et qui était passé par la Slovénie.

Selon un porte-parole des gardes-frontières du sud de la Pologne, ces personnes avaient été retenues au poste frontière vendredi soir. Elles s’y trouvaient toujours dimanche, selon l’agence de presse Reuters.

"Tous les passeurs et tous les réseaux fonctionnent avec des camions"

Les tentatives de traversées de l'Europe à bord de camions sont nombreuses depuis plusieurs années. Selon François Gemenne, chercheur en sciences politiques, spécialiste de la gouvernance des migrations à l’université de Liège et professeur à Sciences-Po Paris, interrogé par InfoMigrants sur ce mode de déplacement en novembre 2019, il s'agit d'un "moyen de transport privilégié des migrants et des passeurs". "Tous les passeurs et tous les réseaux fonctionnent avec des camions. Il n’y a pas de réseau particulièrement connu pour utiliser ce fonctionnement", soulignait-il, rappelant également que plusieurs drames sont survenus ces dernières années en raison de la migration par camion. Parmi eux, "les 71 migrants retrouvés morts en 2015 en Autriche ou bien les 39 personnes dans l’Essex", en octobre 2019.

Pour le chercheur, "ce qui explique le développement industriel de ce principe, c’est le fait d'avoir fermé les frontières". "Avec les crises qui se sont multipliées [notamment au Moyen-Orient], on a eu des gens absolument déterminés à franchir ces frontières. C'était une question de vie ou de mort. Les frontières étant fermées, les passeurs ont vu le passage des migrants comme une opportunité de faire du business", ajoute-t-il.

 

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