Photo: Reuters/T. Al-Sudani
Photo: Reuters/T. Al-Sudani

Malgré une décennie de lutte, l’ONU constate que les violences sexuelles restent une arme de guerre dans de nombreux conflits et qu'elles continuent d'augmenter sur toute la planète. L'ONU analyse dans son dernier rapport les violations constatées dans 19 pays, principalement contre des jeunes filles et des femmes.

Les violences sexuelles augmentent dans la plupart des conflits armés. C’est ce qui ressort du dernier rapport de l’ONU sur les violences sexuelles liées aux conflits publié en juillet dernier.

Le rapport insiste sur le fait que ce type de violence a un impact direct sur les déplacements en masse de populations, la montée de l’extrémisme, des inégalités et des discriminations entre les hommes et les femmes. Par ailleurs, selon l’ONU, les violences sexuelles sont particulièrement répandues dans des contextes de détention, de captivité et de migration.

Fin 2019, plus de 79 millions de personnes se trouvaient déplacées dans le monde. Cela signifie que près d’un pourcent de la population mondiale a dû abandonner son domicile à cause d’un conflit ou de persécutiosn. L’an denier, le nombre de déplacés a augmenté, tout comme le niveau de violences sexuelles se produisant sur des sites accueillant des déplacés.

Ces violences ont notamment lieu quand des femmes et des filles mineures fuient des attaques. Ce 11ème rapport du Secrétaire général de l’ONU (en anglais) sur ce sujet se penche particulièrement sur les violences sexuelles utilisées comme tactiques de guerre ou comme une arme utilisée par les réseaux terroristes.

Il dresse la situation dans 19 pays, entre janvier et décembre 2019, et se base sur des cas documentés par les Nations unies. 

En tout, 2 838 cas de violences sexuelles ont été rapportés dans ces 19 pays. Dans 110 cas, soit environ 4 % des cas, les victimes sont des hommes ou des garçons. 

Afghanistan

En 2019, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a documenté 102 cas de violences sexuelles : 27 étaient liées au conflit qui oppose le pouvoir aux rebelles Talibans, touchant 7 femmes, 7 filles et 13 garçons.

Alors que la plupart des agressions sont attribuées aux Talibans, les forces de sécurité et des milices pro-gouvernementales ont également été impliquées.

Le nombre de femmes fuyant lAfghanistan est en augmentation  Photo DWD Tosidis

Centrafrique 

La Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA) a confirmé 322 incidents de violences sexuelles liées aux conflits, affectant 187 femmes, 124 filles, 3 hommes, 2 garçons, et 6 femmes d’âge inconnu. Parmi ces cas, 174 sont des viols ou tentatives de viol et 15 cas sont des mariages forcés.

Le gouvernement de Bangui a signé avec les groupes armés, en février 2019, un accord de paix qui appelle à la fin de toutes formes de violences liées au sexe. Mais les signataires continuent d’utiliser la violence sexuelle comme moyen de terroriser les civils, conclut le rapport de l’ONU.

Colombie

En 2019, un organisme de l’État venant en aide aux victimes a recensé 356 victimes de violences sexuelles liées aux conflits dans un pays où sévissent de nombreux groupes criminels et armés. Dans quasiment 90 % des cas, il s’agissait de femmes et de filles. Près de la moitié des victimes avaient des origines africaines.

51 cas d’abus ont été commis sur des enfants (31 filles et 20 garçons). Dans au moins une dizaine de cas, les agresseurs présumés appartenaient au groupe rebelle de l’Armée de libération nationale ou à d’autres groupes armés et organisations criminelles.

RDC

En 2019, la mission de l’ONU en République démocratique du Congo (MONUSCO), a documenté 1 409 cas de violences sexuelles liées aux conflits, ce qui représente une hausse de 34 % depuis 2018.

Parmi ces cas, 955 sont attribués à des groupes armés. Mais des membres de l’armée congolaise sont eux aussi impliqués dans 383 agressions. Enfin, la police nationale est responsable dans 62 cas.

Irak

Au cours de l’année 2019, des civils qui étaient détenus par l’organisation de l’État islamique (OEI) en Syrie ont continué à retourner en Irak. Certains sont des survivants de violences sexuelles.

En novembre dernier, le gouvernement régional du Kurdistan irakien a publié des statistiques sur les cas de disparition dans la communauté des Yazidis depuis 2014. Plus de 6 400 Yazidis ont ainsi été enlevés. Parmi eux près de 3 500 ont été libérés, en grande partie des femmes et des filles.

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Une commission crée en 2014 par les autorités régionales kurdes pour faire la lumière sur les crimes commis par l’OEI a enregistré plus de 1 000 cas de violences sexuelles liées aux conflits. Ces abus ont en grande partie touché les femmes et filles yazidies.

En Libye les migrants rapportent rgulirement des atteintes aux droits de lhomme dont de la torture et des viols  Photo  Picture Alliance  AP Photo D Etter

Libye

La mission de l’ONU en Libye (MANUL) n’a pu vérifier que 7 cas de violences sexuelles qui ont touché 4 femmes, deux filles et un homme activiste pour les droits des LGBTQ.

D’après le rapport, les femmes retenues dans le centre de détention très controversé de Mitiga n’ont aucune possibilité de contester la légalité de leur détention. Ce centre est contrôlé par la "Force de dissuasion" qui est placée sous la responsabilité du ministère libyen de l’Intérieur.

Quatre prisonnières ont été violées et forcées de se montrer nues. L’activiste pour les droits des LGBTQ a été victime d’un viol en groupe perpétré par des gardiens de la Force de dissuasion.

La MANUL a aussi rapporté des schémas de violences et d’exploitation sexuelles, d’extorsion et de trafic de migrants dans des centres de détention de Zaouïa, Tadjourah, Garian, Tariq al Sikka à Tripoli et Khoms qui sont liés aux autorités chargées de la lutte contre la migration illégale.

Certaines femmes et filles migrants sont exposées au risque d’être vendues pour des travaux forcés ou être exploitées sexuellement dans des réseaux criminels internationaux, dont certains sont liés aux groupes armées présents en Libye. A Tariq al-Sikka, deux filles, frappées en public, ont été victimes d’abus sexuels.

Mali

En 2019, la force onusienne au Mali (MINUSMA) a enquêté sur 27 cas de violences sexuelles liées aux conflits, commis contre 15 femmes, 11 filles et un homme. Des accusations d’esclavage sexuel, de mariages forcés, de castration et de grossesses forcées ont également été rapportées.

Birmanie (Myanmar)

L’absence de responsabilité pour des violences sexuelles perpétrées contre la minorité musulmane Rohingyas reste de mise. 

Une mission d’enquête sur les violences sexuelles en Birmanie a montré que ce genre d’agressions étaient une marque de fabrique de l’armée birmane lors des opérations qu’elle a menées en 2016 et 2017. 

De plus, comme le rappelle le rapport de l’ONU, les abus sexuels commis contre les femmes et filles Rohingyas étaient une tactique de guerre qui avait pour objectif d’intimider, de terroriser et de punir les populations civiles.

Des rfugis Rohingyas victimes dun nettoyage ethnique selon lONU  Photo  Picture Alliance  Nur Photo  T Chowdhury

Somalie

La mission de l’ONU en Somalie (ONUSOM) a confirmé près de 240 cas de violences sexuelles liées aux conflits, dont l’immense majorité contre des mineures. Elles sont en majorité attribuées à des hommes armés non identifiés, au groupe des Shebabs somaliens, mais aussi à des forces de police locales et à l’armée somalienne. Près de la moitié de ces abus ont été commis dans l’État de Jubaland, dans le sud-ouest du pays.

Soudan du Sud

La mission onusienne de maintien de la paix au Soudan du Sud (MINUSS) a documenté 224 cas de violences sexuelles liées aux conflits, touchant 133 femmes, 66 filles, 19 hommes et 6 garçons.

Soudan

En 2019, l’opération de l’ONU au Darfour (MINUAD) a constaté 191 cas de violences sexuelles contre des femmes et des filles. Les viols et tentatives de viol ont constitué près de 80 % des cas.

Les agressions ont été attribuées à des nomades armés, des membres de l’Armée de libération du Soudan et à des miliciens. Les forces de sécurité du gouvernement, dont les forces armés soudanaises et la police ont également été impliquées.

Nigeria

En 2019, l’ONU a recensé 826 allégations de violences sexuelles liées aux conflits, dont des viols et des mariages forcés. 

La quasi-totalité de ces cas sont attribués à des groupes armés, dont Boko Haram et la Civilian Joint Task Force, une milice d’autodéfense. Les forces de sécurité de l’État sont impliquées dans 12% des cas.

Une femme dans un camp de dplacs  Maiduguri au Nigeria  Photo  REUTERS  Afolabi Sotunde

Les efforts de l’ONU restent vains

En avril 2019, une résolution adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies reconnait le besoin d’une approche centrée sur les survivants pour informer et mettre en place des mesures pour lutter contre les violences sexuelles liées aux conflits. 

La résolution ne peut que constater que "malgré le condamnation répétées des violences, dont les violences sexuelles contre des femmes et des enfants dans des situations de conflit, et malgré l’appel à toutes les parties prenantes dans les conflits armés pour qu’elles cessent ce genre d’actes, ces derniers continuent de se produire."

Le rapport conclut en rappelant que l’impunité accompagne souvent les abus et que les efforts des parties impliquées dans un conflit à suivre les résolutions de l’ONU restent très faibles.

Traduction : Marco Wolter

Cet article a été initialement publié en anglais


 

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