Démantèlement du camp dit "BMX" à Calais, le 18 juillet 2019. Crédit : Mehdi Chebil / InfoMigrants (archives)
Démantèlement du camp dit "BMX" à Calais, le 18 juillet 2019. Crédit : Mehdi Chebil / InfoMigrants (archives)

La ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel a affirmé à des députés que de nombreux demandeurs d’asile avaient déclaré fuir la France, un pays "raciste" où ils craignaient d’être "torturés". À Calais et Grande-Synthe, des associations témoignent depuis longtemps des violences policières contre les migrants.

La ministre de l’Intérieur britannique, Priti Patel, a déclaré lors d’une conférence virtuelle réunissant des députés conservateurs que les migrants arrivant au Royaume-Uni voyaient la France comme un pays "raciste". Les sources gouvernementales interrogées par la presse britannique ont souligné que la ministre ne partageait pas cette opinion mais qu'elle voulait expliquer les facteurs mis en avant par les migrants désireux de rejoindre le Royaume-Uni.

Depuis plusieurs années, les associations de défense des droits des personnes migrantes recueillent à Calais et Grande-Synthe des témoignages de personnes ayant subi des violences policières, propos dégradants et humiliants ainsi que des destructions de biens.

Membre de l’Auberge des migrants, Chloé Snidt-Nielsen est coordinatrice pour le projet Human Rights Observers qui documente les violations des droits des personnes migrantes à Calais, Grande-Synthe et Dunkerque. Interrogée par InfoMigrants, elle explique que Human Rights Observers a notamment recueilli les témoignages de plusieurs mineurs non-accompagnés afghans. "Cela concernait une compagnie de CRS qui était venue deux fois dans la nuit et qui avait renversé leurs bacs d’eau, explosé leurs bidons d'huile et confisqué leurs couteaux pour cuisiner. Ils avaient également tenu des propos dégradants et humiliants et avaient frappé certains jeunes", décrit Chloé Snidt-Nielsen. Finalement arrêtés par les policiers, les jeunes hommes ont constaté qu'ils avaient été décrits comme majeurs et non comme mineurs sur le procès-verbal de leur arrestation, ajoute-t-elle.

Un migrant érythréen a lui affirmé avoir été gazé – sans qu’il puisse être précisé par quelle substance exactement – par des CRS lors d’une expulsion alors qu’il marchait seul en direction d’un point d’eau. "Il nous a raconté que les CRS rigolaient devant lui", précise Chloé Snidt-Nielsen.

Parfois, les humiliations vont plus loin encore et relèvent du pur racisme. "Quelqu’un [une personne migrante] nous disait hier que des CRS les filmaient sur leur téléphones personnels et faisaient des bruits de singe devant eux", raconte encore Chloé Snidt-Nielsen. Selon elle, il arrive régulièrement que des CRS en patrouille s’en prennent à des individus isolés. "C’est souvent accompagné par des termes racistes comme ‘singes’".

Saisie des affaires personnelles

Les violences se produisent également lors des évacuations quasi-quotidiennes des campements. Selon Human Rights Observers, les gendarmes arrivent généralement sur les lieux accompagnés de membres de la police aux frontières (PAF). "Ils choisissent alors une ou plusieurs personnes au hasard, font un contrôle identité et, comme les gens n’ont pas de papiers, les arrêtent", déplore Chloé Snidt-Nielsen.

Ces opérations s'accompagnent de la saisie des effets personnels des migrants. Les évacuations des 10 et 30 juillet ont été particulièrement dévastatrices pour les exilés. "Avant, il y avait un grand camp dans la zone industrielle des Dunes. Depuis qu’il a été démantelé, on voit davantage de personnes en errance dans Calais que dans les camps. Des gens nous disent 'Je ne dors pas' pour ne pas avoir à bouger leurs affaires chaque jour", raconte-t-elle. Les personnes se trouvent "dans un état d’épuisement absolument inhumain", explique-t-elle.

Vendredi 14 août, Human Rights Observers a saisi - avec douze autres associations, dont l’Auberge des migrants, Médecins du monde et le Secours catholique – la Défenseure des Droits ainsi que sept rapporteurs spéciaux des Nations unies relatifs aux droits humains.

"Les saisines envoyées ce jour […] s’appuient sur 65 témoignages partagés entre le 10 juillet et le 12 août 2020 par des personnes exilées, des membres d’associations et des habitant.es. Elles dénoncent les violations du droit à l’eau, à l’assainissement, à la santé ainsi qu’à l’alimentation […] Dans cette saisine, les associations alertent également sur les évacuations forcées, les expulsions croissantes de terrains où survivent les personnes exilées ainsi que sur les violences physiques, les confiscations d’effets personnels (tentes, duvets, téléphones, etc.) et les interpellations qui en découlent", ont souligné les associations dans un communiqué publié vendredi.

Selon les ONG, quelque 1 200 migrants vivaient fin juin à Calais. Parmi eux, une centaine de mineurs non-accompagnés, selon Refugee Youth Service. À la même période, la préfecture, de son côté, avait recensé, toutes catégories d'âge confondues, entre 700 et 750 migrants majoritairement concentrés sur le camp des Dunes [depuis évacué NDLR], affirmant que "les autres implantations ont quasiment disparu".

 

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