Des retenus dans le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en région parisienne,  en avril 2019. Crédit : Maëva Poulet
Des retenus dans le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en région parisienne, en avril 2019. Crédit : Maëva Poulet

Depuis début août, cinq personnes retenues au CRA du Mesnil-Amelot, en région parisienne et cinq policiers y travaillant ont été testés positifs au Covid-19. Les retenus ont été envoyés dans un centre administratif "spécial Covid" à Vincennes. Deux d'entre eux dénoncent auprès d'InfoMigrants un manque de soins et d'hygiène.

"Je me sens faible, j'ai perdu le goût et l'odorat et j'ai la diarrhée mais l'infirmière me dit qu'elle ne peut rien pour moi." Ahmed El Janati Idrissi, un Marocain de 28 ans, a été testé positif au Covid-19 le 7 août, alors qu'il était enfermé au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot. Deux jours avant, il avait ressenti des symptômes. "J'ai demandé à passer le test. On m'a envoyé à l'infirmerie et on m'a dit que ce n'était qu'une petite grippe. Je suis reparti avec deux Doliprane", explique le retenu. "Mais deux jours plus tard, je n'arrivais plus bien à respirer. Un médecin a alors ordonné qu'on m'envoie à l'hôpital." Il a depuis été transféré au CRA de Paris-Vincennes qui dispose d'une unité spécial Covid-19.

Cinq hommes ont été contaminés par le virus depuis début août au CRA du Mesnil-Amelot, un centre abritant 77 retenus au sein duquel l'agence régionale de santé (ARS) a lancé une enquête sanitaire. Durant cette même période, cinq policiers y travaillant ont également été infectés. En réaction à ces cas, tous les nouveaux placements ainsi que les expulsions ont été suspendus, le temps d'une quatorzaine, précise la police nationale, qui gère ce centre en coordination avec la préfecture de Seine-et-Marne.

"Il y a une inquiétude car une fois que 10 personnes sont contaminées, il faut prendre les mesures qui s'imposent", poursuit la police nationale. À part le transfert à Vincennes des personnes contaminées, aucune autre mesure n'a été prise à l'intérieur des lieux.

"Quand on est entrés au Mesnil-Amelot, on était sains et saufs"

"Quand on est entrés au Mesnil-Amelot il y a environ un mois, on était sains et saufs", assure pour sa part Mohamed Zaghli, un autre Marocain de 35 ans, testé positif le 10 août, jour de son anniversaire. Il dit maintenant souffrir de brûlures dans le nez et de maux de tête. Juste avant d'apprendre sa contamination au coronavirus, il avait reçu la visite de sa femme, de ses deux frères et d'un ami.

Les centres de rétention, où sont enfermées les personnes en attente d'expulsion, sont considérés depuis plusieurs mois comme de potentiels nids à virus par les associations qui assistent les retenus. "La promiscuité qui découle de ces lieux de privation de liberté ne permet pas de freiner la propagation et de respecter les gestes barrières", explique Paul Chiron, chargé du soutien et des actions juridiques de la Cimade en rétention, qui précise que les phases de tests des autres retenus sont toujours en cours.

S'estimant abandonnés dans des lieux privés d'hygiène, des retenus ont par ailleurs exprimé leur colère ces derniers jours en entamant des grèves de la faim dans différents centres. Selon La Cimade, trois personnes observaient toujours une grève de la faim dans l'enceinte du CRA de Rennes lundi 17 août. Selon une information du journal La Provence, une grève similaire a également vu le jour dans le CRA du Canet, à Marseille, pour protester contre les "conditions administratives de traitement [des] dossiers [et] l'irrespect des mesures liées à l'épidémie de Covid".

"On nous a dit que ce n'était pas la peine de porter des masques"

Suite à son test positif, Mohamed Zaghli, travailleur sans-papier dans le secteur du bâtiment et père d'une petite-fille de six ans, a retrouvé Ahmed El Janati Idrissi dans le "CRA Covid" de Paris-Vincennes. Ce centre accueille huit malades dans des chambres isolées, mais dispose d'un réfectoire commun.

Le huitième malade est arrivé au cours du week-end. "On nous met en quatorzaine mais, en même temps, on fait entrer de nouveaux arrivants", peste Mohamed Zaghli. "On ne va jamais guérir à ce rythme-là ! On est maltraités", continue-t-il, ajoutant qu'une place dans un avion pour le Maroc a tout de même été réservée pour lui le 2 septembre.

>> A (re)lire : Centres de rétention en France : la colère d'étrangers sans perspective d'avenir

Les intéressés assurent qu'il leur a fallu se priver de nourriture durant une journée, la semaine dernière, pour obtenir qu'un docteur vienne les ausculter et que leur température soit prise régulièrement. Ils dénoncent aussi un manque de produits et de précautions de base. "Il n'y a pas de gel hydroalcoolique, et les objets que l'on touche, comme les poignées de portes, ne sont pas désinfectés", assure Ahmed El Janati Idrissi. "Ce matin, nous avons demandé des masques à l'accueil et on nous a répondu que ce n'était pas la peine qu'on en porte entre nous."

Sollicitée, l'association Assfam, qui intervient quotidiennement dans ce CRA, confirme le manque de masques et l'absence de gel. "Les retenus ont une savonnette par jour. Quand ils viennent nous voir, c'est nous qui devons leur fournir du gel", dit Céline Guyot, responsable du pôle juridique pour le groupe SOS Solidarité-Assfam.

La préfecture de police de Paris, qui gère les lieux, affirme pour sa part que les retenus ont accès à du gel hydro-alcoolique "automatiquement sur demande". Quant au nettoyage des lieux, il "est réalisé par une société spécialisée et naturellement les poignées et autres sont systématiquement désinfectées", selon les services de l'Etat, qui avouent que plusieurs chambres - inoccupées - ont été inondées suite à un épisode orageux.

Jeudi 13 août, une femme récemment libérée du CRA de Toulouse, où se trouvent 36 personnes, a également été testée positive au coronavirus. Les retenus ayant été en contact avec elle ont également été soumis à des tests.

*La réaction de la préfecture de police de Paris a été ajoutée à cet article jeudi 20 août.

 

Et aussi