Un sauvetage au large des Canaries. Crédit : Reuters
Un sauvetage au large des Canaries. Crédit : Reuters

Onze cadavres ont été retrouvés mercredi à bord d'une embarcation qui dérivait à environ 150 kilomètres au large des côtes de l'archipel des Canaries. De plus en plus de migrants empruntent cette route très dangereuse et plus de 200 d'entre eux ont déjà perdu la vie cette année.

"Nouvelle tragédie sur la route canarienne de l'Afrique", titre jeudi 20 août le quotidien Diario de Avisos, basé sur Tenerife, la plus grande des îles de l'archipel des Canaries. Les services de sauvetage en mer ont découvert 11 cadavres à bord d'un "cayuco" - une pirogue - qui dérivait à 150 kilomètres au sud-ouest de l'île de Grande Canarie.   

Le journal explique que l'embarcation a été repérée par un avion qui était à la recherche d'une autre pirogue, partie de Mauritanie, et qui était à la dérive en plein océan Atlantique, quelque part entre les côtes africaines et les îles espagnoles qui représentent une porte d'entrée pour l'Europe.

Situées à une centaine de kilomètres seulement des côtes marocaines, ces îles connaissent depuis de longues années un nombre très élevé d'arrivées : plus de 30 000 migrants ont ainsi atteint les Canaries en 2006. Ce chiffre avait ensuite fortement baissé, se situant à 1 266 pour 2018 et 2 644 l'an dernier, d'autres routes, comme celle passant par la Libye, étant privilégiées.

Les mesures visant à freiner les traversées entre l'Europe et la Libye, ainsi que la situation chaotique que connaît ce pays, ont contribué à relancer la route des Canaries. Selon le ministère de l'Intérieur, 3 136 migrants sont arrivés aux Canaries par voie maritime au cours des sept premiers mois de l'année. Une forte augmentation qui a amené le Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) à ouvrir, d'ici la fin de l'année, un bureau sur ces îles

De plus en plus de femmes et d'enfants

"L'épidémie de coronavirus a aussi conduit à l'augmentation du nombre de cayucos", explique le quotidien Diario de Avisos. Beaucoup de pays ont en effet fermé leurs frontières et l'accès vers le Maroc ou l'Algérie est plus difficile. Du coup, les migrants "partent de pays plus éloignés comme le Sénégal ou la Mauritanie", ajoute le journal. Ils entament des périples dangereux pendant lesquels les pénuries de carburant ou les casses mécaniques se produisent fréquemment, laissant à la dérive ces frêles embarcations.

>> À (re)lire : Une fois aux Canaries, à quoi doivent s'attendre les migrants venus d'Afrique ?

Dans une interview accordée au quotidien El Periodico, Helena Maleno, fondatrice du collectif Caminando Fronteras qui vient en aide aux migrants, assure qu'un véritable "massacre" est en train de se produire, plus de 200 migrants ayant déjà perdu la vie cette année sur cette route canarienne. Elle explique que les migrants sont bien conscients des risques encourus mais qu'il s'agit "de la seule route non militarisée" dans la zone. Le bilan humain est chaque jour un peu plus lourd et le quotidien Diario de Avisos relatait ainsi, le 6 août, la mort de plusieurs dizaines de migrants africains qui avaient pris place à bord de deux bateaux de fortune.


Comme d'autres associations venant en aide aux migrants, Caminando Fronteras appelle à la mobilisation de moyens supplémentaires pour essayer de sauver les passagers qui se trouvent en grand danger. Car au risque de noyade s'ajoutent le manque de protection contre l'eau ou le soleil, la faim et la soif. Un calvaire décrit à l'agence EFE par Dolores Septién, chef du centre de coordination de sauvetage en mer de Santa Cruz de Tenerife, qui insiste sur l'état d'épuisement des rescapés. Et selon elle, de plus en plus de femmes et d'enfants prennent place à bord de cayucos.

 

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