Quelque 118 migrants bloqués à Tripoli ont pu quitter la Libye et retourner au Ghana, a indiqué vendredi 21 août l'OIM. Crédit : OIM Libye/2020
Quelque 118 migrants bloqués à Tripoli ont pu quitter la Libye et retourner au Ghana, a indiqué vendredi 21 août l'OIM. Crédit : OIM Libye/2020

Près de 120 migrants bloqués à Tripoli sont retournés au Ghana, a indiqué vendredi l'agence de l'ONU pour les migrations, grâce à la reprise du programme de relocalisations gelé depuis mars pour cause de Covid-19. Au moins 2 300 personnes en Libye sont enregistrées pour ce programme.

Cinq mois après le gel des relocalisations de réfugiés, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) reprend ses opérations de rapatriement depuis la Libye. Grâce à un premier vol, quelque 118 migrants bloqués à Tripoli ont pu quitter le pays et retourner au Ghana, a indiqué vendredi 21 août l'agence onusienne.

La plupart des passagers de ce vol charter décollant de la capitale libyenne et à destination d'Accra, étaient des hommes, travailleurs migrants, mais sept femmes, trois enfants et deux nourrissons étaient également à bord, a déclaré l'OIM.

"Beaucoup d'entre eux travaillaient en Libye depuis des années", a indiqué à la presse une porte-parole de l'OIM, Safa Msehli, au siège des Nations unies de Genève. "D'autres sont arrivés ces dernières années, mais en raison de la gravité du conflit et de la situation due au Covid-19, ils se sont retrouvés sans emploi, sans revenus, coincés, et ont décidé de rentrer chez eux."

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Certains des migrants rapatriés, qui s'étaient retrouvés à la rue, ont été hébergés pendant les cinq mois d'arrêt du programme de retour volontaire humanitaire de l'OIM.

Le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) et l'OIM avaient annoncé en mars la suspension des relocalisations de réfugiés jusqu'à nouvel ordre, à cause de l'épidémie de coronavirus, laissant des centaines de migrants dans des situations dramatiques alors que les conflits continuaient de faire rage.

Vendredi 21 août, un cessez-le-feu a été annoncé dans le pays via deux communiqués émanant du chef du gouvernement d'union nationale, Fayez al-Sarraj, et du président du Parlement libyen élu, Aguila Saleh, membre du camp du maréchal Haftar. Les deux textes ont évoqué l'organisation prochaine d'élections dans ce pays en proie au chaos à la suite de la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, et déchiré entre deux autorités rivales.

"Une bouée de sauvetage cruciale pour les migrants''

Au moins 2 300 personnes sont enregistrées en Libye pour ce programme de l'OIM. Un vol de rapatriement pour le Bangladesh est prévu en septembre. Un autre à destination du Mali, programmé la semaine prochaine, a dû être mis en attente en raison du coup d'État dans ce pays d'Afrique occidentale.

Ce programme est "une bouée de sauvetage cruciale pour les migrants qui souhaitent rentrer chez eux" a estimé Safa Msehli. Au cours du premier trimestre 2020, 1 466 migrants sont repartis de Libye grâce au programme de l'OIM, selon l'agence. L'an dernier, près de 9 800 personnes étaient retournées dans 34 pays d'Afrique et d'Asie.

InfoMigrants a dernièrement recueilli des témoignages de migrants, certains blessés, démontrant l'absence d'issue pour ceux qui se retrouvent pris au piège de l''enfer'' libyen et du trafic d'êtres humains.

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Pour fuir le pays, certains d'entre eux prennent la mer, à leurs risques et périls. Un naufrage mortel s'est ainsi déroulé le 17 août au large de la ville de Zouara : 37 rescapés secourus par des pêcheurs avaient expliqué qu'au moins 45 autres personnes étaient mortes lorsque le moteur de leur bateau a explosé.

L'OIM a annoncé dimanche, trois jours après ce drame, que les corps de 22 migrants ont été récupérés par le Croissant-Rouge au large de la Zouara. Et selon Safa Msehli, il est possible que ces cadavres soient ceux de personnes victimes du naufrage survenu la semaine dernière. "Les corps récupérés aujourd'hui appartiennent tous à des hommes africains mais nous n'avons pas encore de précisions sur leur nationalité", a-t-elle précisé. 

De son côté, Federico Soda, chef de la mission de l'OIM en Libye a tweeté une photo de ces dépouilles alignées sur le sable en ajoutant : "Ces morts douloureuses sont le résultat d'une politique de plus en plus dure à l'encontre de personnes fuyant les conflits et l'extrême pauvreté, et de l'échec d'une gestion humaine des flux migratoires".


 

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