Une trentaine d'appartements de cet immeuble avaient été investis depuis plus d'un an par 160 exilés. Crédit : AG de lutte contre toutes les expulsions
Une trentaine d'appartements de cet immeuble avaient été investis depuis plus d'un an par 160 exilés. Crédit : AG de lutte contre toutes les expulsions

Des dizaines de personnes, dont des familles et des enfants, ont été évacuées mardi matin du plus grand squat de la ville de Caen, située en Normandie. La préfecture assure que des solutions d'hébergement ont été proposées et que la situation administrative de chacun sera étudiée.

Migrants, demandeurs d'asile, réfugiés, mineurs isolés : 160 personnes ont été évacuées au petit matin, mardi 25 août, d'un immeuble de 36 appartements qu'ils occupaient depuis juillet 2019, dans cette ville portuaire du Calvados, dans le nord de la France. Selon l'Assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions, qui aidait à la gestion du lieu situé 2 rue Cardinal Lavigerie à Caen, 17 familles (avec une soixantaine d’enfants), 5 couples et une cinquantaine de célibataires logeaient sur place.

"Les personnes qui occupaient illégalement ces lieux seront prises en charge et hébergées par l'État. Leurs situations feront l'objet d'un examen individuel", assure le préfet du Calvados, dans un communiqué. Ainsi, les demandeurs d'asile doivent être "orientés et hébergés au sein du dispositif national d'asile" le temps que leur dossier soit instruit. Les mineurs isolés doivent, quant à eux, être "pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance (ASE)".

Les ressortissants étrangers en situation régulière se verront proposer une place "au sein du dispositif d'hébergement d'urgence afin d'établir un diagnostic social plus complet et d'engager un parcours d'insertion". Enfin, les personnes en situation irrégulière "seront invitées à quitter le territoire" et seront placées en rétention administrative ou en hébergement avec assignation à résidence en vue de leur expulsion.

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La préfecture a précisé que cette évacuation avait été décidée en application d'un jugement rendu par le tribunal judiciaire de Caen le 24 septembre 2019. L'occupation des lieux avait été constatée depuis le 20 juillet 2019 par le propriétaire et bailleur social Caen la Mer Habitat (CLMH).

"8 500 logements vides" à Caen 

Après un délai de quatre mois accordé par la justice en première instance l'année dernière, les occupants avaient obtenu, en appel, un délai d'un an et étaient donc expulsables depuis le 4 août 2020. 

"Depuis trois semaines, la majorité des habitants quittaient les lieux très tôt le matin pour échapper à l’intervention de la police, nous ne savons donc pas exactement combien de personnes étaient présentes lors de l’arrivée de la police", rapporte l'association AG de lutte contre toutes les expulsions. Elle a dénombré au moins trois familles relogées par la Direction départementale de la cohésion sociale et comptabilisé six personnes ayant été emmenées au commissariat par la police. "Nous craignons qu’elles soient envoyées en centre de rétention administrative à Oissel ou Rennes", explique l'AG qui a déjà constaté plusieurs placements en rétention et expulsions à la suite d'évacuations survenues ces derniers mois.

Selon les associations locales, on dénombre actuellement une petite dizaine de squats dans l'agglomération caennaise. L'un des derniers en date a été ouvert boulevard Georges Clemenceau le 12 juillet pour héberger plusieurs familles sans solution de logement alors même qu'il existe "8 500 logements vides" à Caen, affirme l'AG qui dénonce une situation "inacceptable".

 

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