"Nous y arriverons" : cette phrase d'Angela Merkel aura été un des moments forts de sa carrière de chancelière / Photo: Getty Images/S.Gallup
"Nous y arriverons" : cette phrase d'Angela Merkel aura été un des moments forts de sa carrière de chancelière / Photo: Getty Images/S.Gallup

"Wir schaffen das" - "Nous y arriverons". Ce sont les mots d’Angela Merkel prononcés il y a tout juste cinq ans pour convaincre les Allemands de sa politique d’accueil de plus d’un million de réfugiés en 2015.

Cette phrase restera certainement dans les livres d’histoire en Allemagne. Le "Wir schaffen das" d’Angela Merkel, prononcé le 31 août 2015, se devait rassurant et un message de confiance face à un pays plongé dans le doute. A ce moment là, en seulement quelques semaines, 10.000 personnes se pressent aux frontières allemandes, la plupart ont traversé la route des Balkans, avant de se retrouver bloqués en Hongrie. La majorité viennent de Syrie, d’autres d’Afrique du Nord, mais aussi d’Iraq ou encore d’Afghanistan. 

Angela Merkel décide alors de leur ouvrir les frontières, bien que dans le cadre du règlement de Dublin, d’autres Etats européens sont responsables de ces demandes d’asile. En effet, le premier pays par lequel une personne est entrée en Europe est en charge d’examiner sa demande d’asile. 

Près d’un demi million de personnes vont ainsi demander l’asile en Allemagne en 2015, puis quelque 750.000 personnes l’année suivante. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Thomas de Maiziere, finit par admettre cette année là à la télévision publique allemande que les autorités ont "perdu le contrôle à certains moments". Son successeur, l’ancien ministre-président de Bavière Horst Seehofer, qualifiera quant à lui la situation en 2015 comme "le règne de l’injustice".

En face, une partie de l’opposition se range du côté de la chancelière. Pour Irene Mihalic du parti des Verts, "la chancelière a eu raison de ne pas fermer les frontières à cette époque. L’alternative aurait été des conditions chaotiques au coeur de l’Europe avec un potentiel de conflit incalculable".

Des demandeurs dasile faisant la queue pour senregistrer auprs de autorits allemandes  Photo ReutersFBensch

Si l’avis est partagé par les sociaux-démocrates du SPD, le député Lars Castellucci tempère. Selon lui, l’Allemagne aurait dû consulter davantage ses partenaires européens. "Cela nous cause d’énormes difficultés encore aujourd’hui".

En revanche, sans surprise, du côté de l’extrême droite et du parti AfD on continue à dénoncer avec véhémence la politique de la chancelière. Pour Gottfried Curio, "la réponse réaliste et responsable aurait été de suivre la loi. Si les gens s’étaient vus refoulés dès le début, ils auraient été moins nombreux à se lancer sur la route et moins nombreux à se noyer en mer Méditerranée."

Entre soutien et scepticisme 

La fameuse phrase d’Angela Merkel avait réussi à fédérer une certaine part de la population pour soutenir sa politique. Et ce soutien est aussi venu de l’étranger. Le New York Times écrit ainsi le 5 septembre 2015, que l’Allemagne "a tendu la main" aux réfugiés. Pour la chaîne de télévision Al-Jazeera, "l’Allemagne a ouvert ses potes et ses frontières à ceux cherchant une protection et un lieu de paix."

Mais les plus sceptiques estiment dès le départ que l’Allemagne ne sera pas en mesure de gérer cet afflux et agissait au-delà de ses capacités. D’autres se demandent pourquoi le pays endosse autant de responsabilité pour accueillir autant de personnes de différentes cultures. La décision d’Angela Merkel aura clairement divisé la nation.

Le député Castellucci, dont le parti SPD a partagé en tant que partenaire de la grande coalition la responsabilité de la mise en oeuvre de cette politique, aurait souhaité à l’époque un plan plus détaillé. Angela Merkel "aurait définitivement du dire comment nous devions nous y prendre et qui devait s’en occuper. Il aurait aussi dû y avoir une discussion avec la société. Cela aurait peut-être évité la manière dont les positions des partisans et des opposants à notre politique ont été inconciliables, au bénéfice des populistes."

La soire du nouvel an du 31 dcembre 2015 a entach limage des rfugis en Allemagne Photo Picture-alliancedpaAGebert
La "culture de l’accueil" prônée par Angel Merkel se dissipera le soir du 31 décembre 2015, lorsque des dizaines de femmes sont agressées par des migrants devant la gare de Cologne. Mais bien avant déjà, des attaques xénophobes contre des centres pour réfugiés s’étaient multipliées.

Le parti AfD profite de ce désaveu de la politique de la chancelière et parvient à remporter plusieurs élections régionales pour devenir le premier parti d’opposition au Parlement à Berlin lors des élections fédérales de 2017.

Si Angela Merkel n’a jamais remis en cause sa décision de 2015, elle concède lors d’une conférence de son parti CDU en décembre 2016 qu’une situation comme celle de l’été 2015 "ne peut et ne doit pas se répéter". S’en est suivie une politique du droit d’asile plus restrictive, avant que la fermeture des frontières sur la route des Balkans ne fasse considérablement baisser le nombre d’arrivées à partir de 2016.

L’intégration 

Et où en est l’intégration de ces centaines de milliers de personnes ? Cinq ans plus tard, les migrants continuent à avoir beaucoup de moins de chances d’obtenir un emploi qu’un Allemand. Seulement la moitié des personnes arrivées en Allemagne depuis 2013 ont trouvé du travail, selon une étude de l’IAB, l’Institut pour la recherche sur l’emploi. Cette même étude a révélé que les réfugiés ont été les premiers à perdre leur emploi pendant la crise sanitaire du coronavirus. Ces difficultés sur le marché du travail expliquent aussi en partie le taux de criminalité élevé parmi la population immigrée, qui est impliquée de façon disproportionnée dans les crimes violents, dont les meurtres, les agressions et les viols. 

Le ministre de lIntrieur Horst Seehofer reste critique de la politique migratoire dAngela Merkel  Photo  Picture-alliancedpaMMller

Le porte parole de la politique intérieure du parti CDU Patrick Sensburg affirme q’une différence doit être faite entre les demandeurs d’asile et ceux qui ont choisi de venir en Allemagne pour travailler. 

"Pour moi, la protection pour les réfugiés est à la base une protection temporaire. Tous ceux qui veulent venir ici et travailler de façon permanente ont d’autres manières de le faire si la personne a la qualification nécessaire et accepte nos valeurs."

Comme en 2015, la société allemande reste divisée. Près de 60% des Allemands estiment que le pays peut vivre en harmonie avec les réfugiés alors que 40% pensent le contraire. Le chercheur en politique Herfried Münkler constate que 2015 a "révélé un fossé dans le société allemande" et a radicalisé la politique. "La tendance d’aller vers une politique au centre que nous avions vue auparavant est révolue".

Mais pour l’ancien ministre de l’Intérieur Thomas de Maiziere, la société allemande a fait des progrès significatifs. Son collègue de parti Patrick Sensburg estime également que l’Allemagne "a dans son ensemble bien géré la crise des réfugiés de 2015".

Irene Mihalic du parti des Verts note que la mission n’est pas encore achevée. "L’intégration ne se fait pas du jour au lendemain, et nous avons encore du travail à tous les niveaux. Mais je suis persuadée que l’immigration est une grande opportunité pour l’Allemagne, notamment au regard du marché de l’emploi et des développements démographiques."

Des études du DIW, l’Institut allemand de recherches économiques, parviennent à la même conclusion. Si l’Allemagne est sur le bon chemin, des efforts considérables doivent encore être faits pour ceux qui ont trouvé refuge en Allemagne est ceux qui leur ont donné cette protection.

Auteur : Christoph Hasselbach

Source: dw.com

Traduction : Marco Wolter

 

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