Des tentes ont été installés lundi soir sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Crédit : Utopia 56
Des tentes ont été installés lundi soir sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Crédit : Utopia 56

Plus de 200 personnes, des femmes seules et des familles, se sont installées lundi soir sur le parvis de l'Hôtel de Ville, en plein centre de Paris, réclamant une meilleure prise en charge. Quelques heures plus tard, après que la préfecture a tenté d'évacuer la place par "la force", la Mairie de Paris a ouvert une salle pour y héberger les migrants.

Lundi 31 août peu avant minuit, 218 personnes ont installé leur tente en plein coeur de la capitale, sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Accompagnées par l'association Utopia 56, 107 familles - pour la plupart originaire de Somalie, de Côte d'Ivoire et d'Afghanistan - espèrent ainsi attirer l'attention des pouvoirs publics sur leur situation et obtenir une prise en charge.

"Le but de cette action symbolique est d'arrêter de faire comme si ces personnes n'existaient pas", précise à InfoMigrants Mael de Marcellus, coordinateur parisien d'Utopia 56. "Les autorités veulent les rendre invisibles en les empêchant de s'installer sur les trottoirs de Paris et sa région. Beaucoup vivaient sous des tentes vers Aubervilliers mais étaient régulièrement chassés par les forces de l'ordre, or ils doivent être hébergés de façon digne et inconditionnelle", continue le militant.

Parmi ce groupe de migrants, on compte de nombreuses femmes isolées, une personne en fauteuil roulant, huit enfants de moins de trois ans et même un nourrisson âgé de seulement deux semaines. Selon Utopia 56, 50% sont des primo-arrivants, les autres sont en cours de procédure ou possèdent un titre de séjour ou le statut de réfugié.

"Appel au secours"

"Être ici, c'est un appel au secours", explique à l'AFP Rolande, une Ivoirienne arrivée à Paris il y a trois mois. "Je suis fatiguée de la rue. Pour une femme, c'est très dangereux. Les gens te tombent dessus, on est des cibles faciles. Si on ne nous aide pas, si on ne nous permet pas de travailler, on va rester dans ce cycle", poursuit cette demandeuse d'asile de 36 ans.

Depuis début août, l'association d'aide aux migrants a envoyé pas moins de 25 courriels à la Mairie de Paris, tous sont restés sans réponse. Avec cette action coup de poing, la Ville "ne peut plus fermer les yeux", affirme encore Maël de Macellus.

Mais l'installation d'un campement dans le très chic 1e arrondissement de Paris n'est pas du goût de la préfecture qui a, dès mardi matin, procédé à une opération de démantèlement. "Il n'est pas question de laisser s'installer des tentes sur la voie publique", a-t-elle déclaré à l'AFP. "Les policiers ont tenté de sortir les migrants de leur logement de fortune par la force. Ils ont voulu enlever les tentes sans proposition de relogement", a constaté le membre d'Utopia présent sur place.

"Inaction de l'État"

"Après de longues négociations" entre la préfecture, la Mairie de Paris et l'association, les familles ont finalement été prises en charge dans une salle de l'Hôtel de Ville. "Sur cette situation inacceptable, nous payons en réalité l'inaction de l'État", dénonce auprès de l'AFP Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris en charge notamment de l'hébergement d'urgence et de la protection des réfugiés. "La Ville est consciente de la situation de ces familles et nous avons interpellé les services de l'État pour trouver une solution, d'autant que la plupart de ces personnes sont demandeuses d'asile et devraient donc pouvoir bénéficier d'une certaine prise en charge", a-t-il ajouté.

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Si Utopia 56 se réjouit de cette solution temporaire prise par la Mairie de Paris, elle n'en reste pas moins méfiante et attend "de voir les propositions des acteurs politiques". D'après Ian Brossat, "la moitié des familles ont été orientées vers des hôtels et des structures d'hébergement. L'autre moitié est toujours au chaud dans l'Hôtel de Ville", a-t-il indiqué en début d'après-midi sur Twitter.

Reste que l'association réclame depuis de longs mois une "refonte globale du premier accueil". "Tant que les gens ne seront pas pris en charge à leur arrivée en France, le passage à la rue restera une étape obligatoire", déplore, fataliste, Maël de Macellus.

 

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