La Maersk Etienne attend de pouvoir débarquer ses 27 rescapés depuis le 4 août. Crédit : Sea Watch Mediateam
La Maersk Etienne attend de pouvoir débarquer ses 27 rescapés depuis le 4 août. Crédit : Sea Watch Mediateam

Trois migrants se trouvant à bord du navire commercial Maersk Etienne ont sauté par dessus bord dimanche, en signe de désespoir. Secourus il y a plus d'un mois par l'équipage alors que leur embarcation de fortune sombrait dans la Méditerranée, les 27 rescapés attendent toujours l'autorisation de pouvoir débarquer dans un port sûr.

Après plus d'un mois de blocage au large des côtes maltaises, la tension est à son comble à bord du Maersk Etienne : trois migrants rescapés se sont jetés à l'eau, dimanche 6 septembre, en signe de désespoir alors que l'attribution d'un port sûr de débarquement continue de se faire attendre, a annoncé une porte-parole.

L'équipage de ce cargo destiné au transport de produits chimiques a indiqué que les trois hommes ont été rapidement secourus et ramenés à bord. Mais la compagnie qui affrète le navire a réitéré sa demande d'un port et d'une aide humanitaire urgente pour s'assurer que les passagers puissent recevoir "immédiatement l'attention et les soins dont ils ont besoin".

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Le capitaine a précisé dans une vidéo reçue par InfoMigrants que des rescapés avaient menacé de se jeter par dessus bord dès vendredi. "Ils sont tous extrêmement angoissés par rapport à ce débarquement qui n'arrive pas, mais aussi à cause du fait qu'ils n'ont pas pu prévenir leurs proches qu'ils sont en vie", a-t-il expliqué, demandant également "une aide immédiate" auprès des autorités compétentes.

Le Maersk Etienne a porté secours à un groupe de 27 migrants, dont une femme et un enfant, sur un petit bateau de pêche qui était en train de couler le 4 août dernier, à la demande de Malte. La petite île européenne refuse, toutefois, de laisser les rescapés débarquer sur son territoire. L'Italie a également écarté la demande de l'équipe de laisser débarquer les migrants. Bien que le navire commercial ne soit pas équipé pour accueillir ce type de passagers et leur apporter les soins nécessaires, tous sont bloqués à 17 miles nautiques des côtes maltaises depuis plus d'un mois, du jamais vu après un sauvetage en Méditerranée.

Bruxelles hausse le ton

Malte, tout comme l'Italie, se montrent régulièrement réticents à laisser des rescapés débarquer dans leurs ports, arguant qu'ils ne devraient pas être les seuls Etats de l'Union européenne (UE) à assumer le fardeau des arrivées de migrants. Reste que devant l'impasse dans laquelle se trouve le Maersk Etienne, les navires commerciaux qui sillonnent la zone de détresse au large de la Libye risquent de se montrer plus frileux à secourir des migrants en détresse. Et ce même si les sauvetages sont censés être obligatoires en vertu du droit maritime international.

Le porte-parole de la Commission européenne sur les migrations a exhorté Malte, il y a une semaine, à autoriser le débarquement des 27 migrants. Adalbert Jahnz a également demandé aux États membres de montrer plus de solidarité dans la réinstallation des migrants débarqués à La Valette. Des appels restés vains pour le moment.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 20 000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée depuis 2014. Les départs depuis les côtes libyennes n'ont jamais été aussi nombreux : pour la seule période du 24 au 31 août, 650 personnes sont arrivées en Italie et plus de 400 ont été interceptées et ramenées en Libye par les garde-côtes. Au moins 359 personnes sont par ailleurs décédées ou ont été portées disparues cette année après avoir emprunté la route de la Méditerranée centrale.

Le seul navire humanitaire actuellement présent dans la zone de détresse au large de la Libye est l'Open Arms de l'ONG espagnole éponyme qui a repris ses activités début septembre après six mois d'interruption.

 

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