Un incendie a ravagé le camp de Moria dans la nuit de mardi à mercredi. Crédit : Reuters
Un incendie a ravagé le camp de Moria dans la nuit de mardi à mercredi. Crédit : Reuters

Alpha* vivait dans un conteneur du camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, où un incendie s'est déclenché dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 septembre. Il raconte à InfoMigrants ce qu'il a vécu. Témoignage.

"J'étais dans mon conteneur quand aux alentours de 22h j'ai entendu des bruits venant de l'extérieur. Des agents venus tester des habitants du camp au Covid-19 étaient violemment chassés par des migrants originaires d'Afghanistan. Ces derniers ont refusé les tests en hurlant : 'Il n'y pas de coronavirus ici'. Très vite, des policiers sont intervenus et ont lancé des gaz lacrymogènes en direction des logements.

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Je n'ai pas voulu sortir de mon lit car des bagarres éclatent régulièrement et je ne veux pas être mêlé à cela. Mais quelques minutes plus tard, j'ai senti du gaz, et des flammes ont commencé à entrer à l'intérieur de mon conteneur. Il était environ 23h. J'ai eu très peur, j'ai regroupé mes affaires et mes documents d'identité et je suis sorti.

"Les gens couraient dans tous les sens"

J'ai réalisé à ce moment-là que c'était grave : tous les conteneurs étaient en train de brûler, le feu se propageait très rapidement et les gens couraient dans tous les sens.

J'ai suivi le mouvement et je me suis dirigé vers la sortie du camp. Nous étions des centaines de migrants, dont de nombreuses femmes et enfants, à marcher sur la route en pleine nuit. Le but était de s'éloigner au maximum des flammes et de rejoindre la ville de Mytilène. Mais après avoir marché deux heures, on a vu des cars de policiers qui bloquaient la route.

Des cars de police bloquent les migrants aux abords de Mytilne Crdit  DRIl était environ 3h du matin et nous ne pouvions plus avancer. Ce matin, nous sommes au même endroit. On n'a pas dormi de la nuit et personne ne nous a donné à manger ou à boire. Heureusement, il y a un petit supermarché à côté de nous et on a pu acheter un peu de nourriture.

"Tout s'est écroulé"

Ce qu'il se passe est dramatique. Tout Moria est à terre, tout s'est écroulé ! Que va-t-on devenir ? J'attendais la réponse à mon entretien de demande d'asile que j'ai passé il y a plusieurs semaines mais avec tout ça je n'ai aucune idée de ce qu'il va advenir. J'ai de la chance car j'ai réussi à prendre des affaires avec moi mais certains ont tout perdu.

Les gens sont à bout. Depuis des mois, les autorités nous empêchent de sortir du camp. La tension était palpable. Les migrants de Moria sont mis à l'écart et subissent trop d'injustice. Nous sommes fatigués de cette vie !"

Des milliers de migrants ont pass la nuit dans la rue Crdit  DR*Le prénom a été modifié

 

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