Après avoir fui le camp de Moria en flammes, les migrants ont été bloqués sur la route de Mytilène. Des centaines de personnes se sont installées sur le parking d'un magasin Lidl. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Après avoir fui le camp de Moria en flammes, les migrants ont été bloqués sur la route de Mytilène. Des centaines de personnes se sont installées sur le parking d'un magasin Lidl. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Depuis une semaine, les quelque 13 000 personnes qui ont fui les incendies du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, dorment à la rue. Au bord de la route de Mytilène, elles n’ont ni eau, ni nourriture, ni couverture.

Il est environ 15h, le soleil écrase de toutes ses forces le camp qui s’est formé le long de la route qui mène de Moria à Mytilène, sur l’île grecque de Lesbos. Soudainement, des centaines de personnes cessent leurs activités, quittent leur abri et forment, en l’espace de quelques secondes, une queue qui s'étend à perte de vue. Au bout de la file, des bénévoles d’un collectif d’ONG débutent une distribution de nourriture.

Treize mille repas vont être servis. Il risque de ne pas y en avoir pour tout le monde. "Les distributions n’ont lieu qu’une fois par jour et pour avoir à manger, il faut être costaud. Il y a un problème d’organisation", déplore Michaël, originaire de République démocratique du Congo (RDC).

Une queue immense sest cre lors dune distribution de nourriture A la rue depuis une semaine les personnes migrantes de Lesbos ont faim Crdit  Mehdi Chebil pour InfoMigrantsLundi 14 septembre, sur la route de Mytilène, les migrants ont faim depuis près d’une semaine. Lorsque les résidents de Moria ont fui les flammes qui ont dévoré le camp dans la nuit du 8 au 9 septembre et qu’ils ont été bloqués par la police sur cette route, certains ont pu acheter de quoi manger au grand magasin Lidl, en bord de mer.

Mais les policiers ont rapidement exigé du gérant qu’il tire le rideau. Les stations services ont fermé, elles aussi, ainsi que tous les autres commerces le long de cette route qui mène au centre-ville de Mytilène.

Pour se nourrir, certains rescapés de Moria demandent à d’autres migrants qui vivent dans Mytilène de leur acheter de la nourriture et de la leur apporter au camp informel qui a vu le jour. D’autres ont réussi à sauver des flammes quelques aliments qu’ils avaient achetés à Moria, souvent des paquets de pâtes.

Gertrude et Naomi préparent un plat de légumes dans une grande marmite posée sur un feu. Ces deux Congolaises ont tenté quelques fois de récupérer de la nourriture lors des distributions mais être servi relève du combat. "Pour avoir de la nourriture, il faut se bagarrer", affirme Naomi.

"Aidez-nous !"

Assises sur une grande couverture grise flanquée du logo du HCR, deux jeunes Afghanes qui s’appellent toutes les deux Zahra donnent le biberon à leurs bébés de 5 et 7 mois. "On a ramené le lait de Moria", explique l’une d’elles, en brandissant un petit sac en plastique à moitié rempli de lait en poudre.

La fille de Zahra a 7 mois La jeune mre sinquite de ne presque plus avoir de lait en poudre Crdit  Mehdi Chebil pour InfoMigrantsLes deux jeunes mères manquent de nourriture et d’eau ainsi que de vêtements pour leurs enfants. C’est ce que dit aussi une autre jeune Afghane en montrant le foulard dans lequel elle a dû emmailloter sa fille de quelques mois. "Aidez-nous !", supplie-t-elle.

Le seul point d’eau du camp improvisé se trouve à quelques dizaines de mètres de là et n’a rien d’officiel. Dans une rue qui remonte vers les oliveraies, les tuyaux destinés à l’irrigation ont été percés. Autour de chaque trou, plusieurs personnes se pressent pour remplir des bouteilles vides, laver un vêtement ou se rincer le visage. L’eau ruisselle en permanence dans la petite rue en pente et charrie des ordures.

Pour avoir accs  de leau claire les migrants ont perc des tuyaux dirrigation Crdit  Mehdi Chebil pour InfoMigrantsCouvertures et sacs de couchage sont également très recherchés sur le camp car les nuits sont déjà fraîches. Michaël n’a que son sweat-shirt bleu pour dormir. Le Congolais guette la route car il a entendu dire que des bénévoles distribuaient quelques sacs de couchage dans le camp. Mais tellement de personnes en manquent qu’il n’y en a sûrement déjà plus. Cependant, "ce qui nous préoccupe le plus c’est de ne pas pouvoir se doucher et aller aux toilettes", explique Michaël.

Le seul moyen de se laver, c’est d’aller dans la mer. La plage n’est qu’à quelques minutes de marche du parking Lidl. Michaël aimerait aller se laver mais il n’a pas de savon.

Un tiers d’enfants

Cet après-midi, des dizaines d’enfants jouent dans la mer. La chaleur étouffante a aussi poussé quelques adultes à se mettre à l’eau.

Azim shampouine énergiquement la tête de son fils Moustapha, 3 ans, pendant que sa fille Rokhoya rayonne de bonheur en barbotant autour de lui. Après cinq mois de confinement dans le camp de Moria, c’est la première fois qu’ils peuvent approcher la mer.

Azim un pre afghan de quatre enfants lave son fils Moustapha dans la mer faute de douche Crdit  Mehdi Chebil pour InfoMigrantsLe camp compte plus de 4 000 enfants, selon l’Unicef, soit un tiers des migrants de Lesbos. À la nuit tombée, quand les bruits des machines de chantier qui construisent le camp provisoire sur un terrain militaire en bord de mer se taisent, on n’entend plus que les cris des enfants qui jouent. Le parking du Lidl prend des airs de cour de récréation.

Les parents s’inquiètent de voir leurs enfants ne pas aller à l’école. La vie dans les conditions indignes du camp de Moria, puis au bord de cette route, pourrait aussi avoir des conséquences psychologiques à long terme sur ces enfants, met en garde Dimitra Chasioti, psychologue pour Médecins sans frontières (MSF).

L’environnement dans lequel ils ont grandi pourrait affecter "la manière dont ils gèrent les difficultés mais aussi leurs interactions avec les autres", décrit-elle devant la clinique mobile installée par l’ONG à deux pas des tentes.

Parmi les adultes, c’est l’angoisse de ne pas avoir d’information sur leur avenir – et notamment sur le nouveau camp provisoire en construction - qui est le plus difficile à gérer.

>> A lire : "Plutôt mourir ici que d’aller dans un nouveau camp" : à Lesbos, les migrants ne veulent pas d’un autre Moria

Un nouveau camp provisoire est en construction sur un terrain militaire tout proche de la route o sont bloqus les migrants Crdit  Mehdi Chebil pour InfoMigrantsDimanche matin, Notis Mitarachi, le ministre grec de la Migration a déclaré que "tous les demandeurs d’asile y seraient transférés". Selon son ministère, quelque 800 exilés sont désormais logés dans ce camp temporaire, fermé à la presse. L’AFP a recueilli des témoignages de personnes à l’intérieur qui ont affirmé n’avoir ni douche, ni matelas.

Naomi semble aussi terrifiée à l’idée d'aller dans ce nouveau camp que de rester à la rue. Cette mère d’une fille de 5 ans et d’un garçon de 7 mois interroge : "Comment est le camp là-bas ? Est-ce que nous devrions y aller ?"

Un reportage de Julia Dumont, envoyée spéciale à Lesbos.

 

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