Pendant que les leaders européens sont divisés, bon nombre d'acteurs politiques locaux sont favorables pour un accueil plus important de réfugiés en Allemagne.
Pendant que les leaders européens sont divisés, bon nombre d'acteurs politiques locaux sont favorables pour un accueil plus important de réfugiés en Allemagne.

La classe politique allemande débat de l'accueil de migrants du camp dévasté de Moria. Plusieurs villes veulent directement aider. Mais elles dénoncent un blocage à Berlin.

La bataille politique autour de l'accueil de migrants du camp incendié de Moria a déclenché une vive dispute au sein des partis allemands. 

La coalition au pouvoir composée des conservateurs de la CDU/CSU et des socio-démocrates du SPD se sont au moins mis d'accord sur une première étape : très exactement 1553 réfugiés peuvent venir en Allemagne. 

Pourtant, cela fait plusieurs jours que de nombreuses villes et communes allemandes se déclarent disposées à accueillir les migrants démunis de Grèce.

Plusieurs maires ont ainsi expliqué dans une pétition que leurs villes étaient préparées pour ce genre de situation d'urgence, d'autant plus après avoir accumulé de l'expérience en la matière lors de la vague d'arrivée de demandeurs d'asile en 2015.

Mais à la tête du parti CDU d'Angela Merkel, certains se montrent plutôt sceptiques et doutent que les villes puissent proposer suffisamment de places d'hébergement.

La chancelière veut désormais elle-même se faire sa propre idée et discuter du sujet avec les maires du pays.

Le maire de Friboug-en-Brisgau  Martin Horn

Martin Horn fait partie de ces maires ouvert à la discussion. A la tête de la ville libérale et universitaire de Fribourg dans le Bade-Wurtemberg, il est l’un des dix maires qui ont écrit une lettre à la chancelière au lendemain de l'incendie dans le camp. Dans cette lettre, les signataires se sont déclarés disposés à recevoir des migrants "pour désamorcer la catastrophe humanitaire".

Martin Horn insiste sur le fait que ces 10 communes ne sont pas les seules à vouloir faire preuve de solidarité. "Nous représentons un réseau de plus de 170 villes et communes en Allemagne qui lancent un appel très clair", en référence à l'initiative "Städte Sicherer Hafen" (A bon port dans les villes). Ces 170 villes affirment depuis de mois qu'elles sont prêtes à accueillir des migrants sans complications bureaucratiques.

Selon la confédération syndicale Deutsches Beamtenbund (dbb) qui compte plus d'un million d'adhérents, il existe actuellement suffisamment de places d'hébergement dans des structures d'accueil dans le pays, la plupart des personnes arrivées en 2015 habitant désormais dans des logements classiques ou n'étant plus en Allemagne.

De nombreuses structures daccueil ont de la place

Une place dans un centre d'accueil

La confédération estime aussi que les événements de 2015 ont permis au communes de se forger une forte expérience.  Cette année-là, près de 900.000 demandeurs d'asile étaient arrivés dans un flux largement incontrôlé en Allemagne. Pour l'an dernier, le gouvernement allemand a annoncé avoir reçu un total de quelque 140.000 demandes d'asile

Mais Fribourg, qui compte 230.000 habitants, affirme avoir de la place pour les personnes de Moria. "Nous avons actuellement près de 5.000 réfugiés dans notre ville. Nous avons un centre de premier accueil. Nous avons des chambres libres, nous avons des capacités. C'est maintenant que nous pouvons réduire la souffrance."

Des messages de haine

L'appel lancé par le maire Martin Horn à la chancelière ne fait cependant pas l'unanimité, même dans sa ville pourtant très libérale.

Depuis la lettre, il dit recevoir de nombreux messages de haine et d'incitation à la violence.

"On me reproche qu'en lançant un tel appel, même si l'on ne fait qu'accueillir 20, 30, 40, 50 ou 100 demandeurs d'asile, des violeurs, des meurtriers, des voleurs, des bandits, de gens mauvais débarqueraient à Fribourg." La plupart de ces commentaires se réfèrent à deux "horribles crimes que la ville a dû vivre". Il s'agit du meurtre d'une étudiante et un viol en réunion. "Dans les deux cas, ce sont majoritairement des personnes avec un passé migratoire qui ont commis ces actes."

Parmi les autres maires à avoir signé l'appel à la chancelière se trouve la maire de Gießen, une commune de 90.000 habitants dans la Hesse, près de Francfort. Dietlind Grabe-Bolz (SPD) occupe son poste depuis plus d'une décennie et affirme elle aussi avoir accumulé de l’expérience pendant la "crise des réfugiés" de 2015. "Nous sommes sérieux!", martèle-t-elle. Nous avons dit que nous pouvions accueillir 40 mineurs. Nous avons la structure d'aide pour cela. Les organisations caritatives sont prêtes pour cela."

La maire de Gieen Dietlind Grabe-Bolz

Pour la maire de Gießen, l’Allemagne doit prendre l’initiative et ne peut se permettre d’attendre une solution européenne. La plupart des habitants de sa ville auraient réagi positivement lorsqu’elle a annoncé être disposée à accueillir des migrants.

Pour autant, d’après un sondage de l’institut d’opinion Yougov, même pas la moitié des Allemands (47%) se disent favorable à un accueil des demandeurs d’asile de Moria. 39 % disent y être opposés.

Les divisions s’affichent aussi au niveau des politiques locaux. Le président des représentants des cantons en Allemagne, le conservateur Reinhard Sager, voit par exemple d’un mauvais oeil que les communes fassent "cavaliers seuls", d’autant qu’elles ne sont pas compétents en la matière, "c’est l’Etat fédéral qui décide". Lui seul est responsable du droit d’asile.

Le ministère de l’Intérieur

C’est en effet le ministre de l’Intérieur Horst Seehover qui a, pour faire simple, le dernier mot. Il est responsable de l’application et du respect du droit d’asile européen. C’est à lui que revient le droit de délivrer des autorisations, et celles-ci peuvent parfois prendre jusqu’à un an.

Pour la maire de Gießen, le fait que 1500 personnes vont être accueillis est un signe positif. "Au moins ça commence à bouger", estime Dietlind Grabe-Bolz. "Mais je pense que dans l’ensemble nous pouvons accueillir davantage de réfugiés".


Auteur : Volker Witting

Traduction et adaptation : Marco Wolter

Source : dw.com

 

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