Des migrants bloqués dans un centre de détention en Libye (image d'archives). Credit: Reuters
Des migrants bloqués dans un centre de détention en Libye (image d'archives). Credit: Reuters

Le programme de rapatriement de l'OIM concernant les migrants coincés en Libye, qui a repris en août après des mois d'interruption, attire des milliers de candidats. InfoMigrants fait le point sur le déroulé et les conditions de ces "retours volontaires".

Depuis août, il est à nouveau possible, si l'on est un migrant coincé en Libye, d'être renvoyé dans son pays d'origine grâce à l'aide de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ces vols, gelés pendant des mois en raison du Covid-19, font désormais partie des rares avions autorisés dans l'espace aérien libyen. 

Ils représentent une lueur d'espoir pour les personnes bloquées dans ce pays en proie à la violence dont elles ne peuvent pas sortir par voie terrestre. Depuis mars 2020, au moins 2 300 personnes ont postulé à ce programme. Mais comment se déroulent ces renvois et qui peut en faire partie ?

Entretien avec Safa Msehli, porte-parole de l'OIM Libye.

InfoMigrants : Qui sont les migrants qui participent à ce programme de rapatriement de l'OIM ?

Safa Meshli : Ce sont surtout des migrants qui vivent dans les villes libyennes. Nous estimons qu'ils représentent 80% des candidats. Ils ont souvent leur propre logement.

Certains d'entre eux sont des migrants qui ont perdu leur travail et, donc, leur moyen de subsistance à cause du Covid-19. Étant donné qu'ils se retrouvent sans revenu, ils décident de rentrer chez eux.

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Certains participants ont également subi des abus ou ont été exploités dans le cadre du travail. D'autres veulent rentrer au pays après avoir tenté de rejoindre l'Europe et échoué.

Une minorité viennent des centres de détention. Après ce qu'ils ont vécu, ils ont décidé de rentrer chez eux et de reconstruire leur vie là-bas.

IM : Quels sont les critères pour faire partie du programme ?

SF : L'aide au retour humanitaire volontaire fournie par l'OIM est destinée à tous les migrants bloqués en Libye qui souhaitent rentrer dans leurs pays d'origine. Nous ne refusons notre aide à personne et elle est gratuite. Mais, attention : nous proposons uniquement un renvoi vers le pays d'origine, et pas vers un pays tiers.

[Si un migrant souhaite quitter la Libye mais ne peut pas retourner dans son pays d'origine pour des raisons de sécurité, c'est dans ce cas le Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) qui peut intervenir. Le HCR dispose d'options - "très limitées", selon la porte-parole Caroline Gluck - accessibles aux migrants au cas par cas : les vols visant à évacuer des migrants dits vulnérables vers le Niger et le Rwanda, et les procédures de relocalisation. Tous ces vols sont toutefois suspendus depuis mars dernier, et jusqu'à nouvel ordre, en raison des restrictions de voyage dues au Covid-19, NDLR.]

La sélection des participants inclut des tests de santé et d'aptitude pour vérifier que la personne est capable de voyager. Des entretiens sont également organisés pour garantir que les migrants entament cette procédure de manière volontaire et qu'ils sont conscients de la procédure.

IM : Que se passe-t-il si un migrant n'est pas en mesure de voyager?

SF : Cela arrive, notamment quand une personne est gravement blessée. Un migrant avait un jour postulé au programme après avoir reçu une balle dans la jambe. Il avait dû recevoir un traitement complet à l'hôpital avant son départ. Nous pouvons être aussi confrontés à des cas de tuberculose - une maladie que les migrants peuvent contracter dans les centres de détention - ou à des cas de personnes traumatisées après des agressions ou des abus. Dans ces cas-là, nous faisons en sorte qu'ils reçoivent les traitements adéquats. Le temps de ces soins, nous leur fournissons un hébergement. Une escorte médicale lors d'un voyage peut également être organisée si nécessaire.

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De manière générale, nous voulons que les migrants puissent se réintégrer au mieux dans leurs pays d'origine. Nous fournissons ainsi un suivi psychosocial, notamment pour les victimes de trafic - beaucoup d'entre elles sont des femmes nigérianes -, les personnes qui ont subi des traumatismes et celles qui ont passé des années en détention. Les participants qui nécessitent un soutien plus poussé peuvent bénéficier d'un suivi psychosocial complet qui continue après leur retour. 

IM : De quelle manière les aidez-vous une fois dans leurs pays d'origine?

SF : Nous collaborons tout d'abord avec des ONG et des organismes gouvernementaux sur place, pour ne pas stopper ce suivi une fois le voyage effectué.

Nous les aidons aussi directement, de différentes manières : nous pouvons par exemple les soutenir dans le lancement d'une petite entreprise, ou dans la reprise de leurs études. Il ne s'agit d'ailleurs pas nécessairement de leur donner de l'argent. Les accompagner dans la recherche d'un lieu pour leur futur business, ça aussi ça peut faire partie de notre accompagnement.

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Pour prendre contact avec l’OIM, il faut composer le 00218 91 00 11 491. Si personne ne répond à votre appel, vous pouvez laisser un message sur le répondeur - dans la langue que vous souhaitez - en donnant votre nom, votre nationalité et un numéro de téléphone sur lequel les équipes de l’OIM vous rappelleront.

 

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