Des migrants lors d'une distribution de nourriture près du parc Maximilien, à Bruxelles (image d'archive). Crédit : InfoMigrants
Des migrants lors d'une distribution de nourriture près du parc Maximilien, à Bruxelles (image d'archive). Crédit : InfoMigrants

En Belgique, les migrants ont été fortement touchés par la crise sanitaire due au Covid-19, notamment en raison des difficultés pour déposer leur dossier d'asile suite à la fermeture de l'Office des étrangers. À cela s'ajoute le durcissement des conditions d'hébergement imposé par l'État en début d'année. Des mesures qui ont eu pour effet de rendre le quotidien des exilés encore plus précaire.

En janvier, la ministre belge de l'Asile et de la Migration, Maggie de Block, annonçait le durcissement des conditions d'hébergement pour les demandeurs d'asile présents sur le territoire. La mesure prévoyait la fin de l'accueil inconditionnel pour deux catégories de personnes : celles ayant obtenu le statut de réfugié dans un autre État européen et celles qui, après avoir été sous procédure Dublin, déposent l'asile en Belgique. Plus de huit mois après ces annonces et alors que la crise sanitaire liée au coronavirus a aussi frappé la Belgique, quelle est la situation des demandeurs d'asile dans le pays ? InfoMigrants s'est entretenu avec Sotieta Ngo, directrice du Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers).

InfoMigrants : En janvier, la ministre belge de l'Asile et de la Migration, Maggie de Block, a voulu restreindre l'accès à l'hébergement pour une certaine catégorie de personnes migrantes. Où en est-on aujourd'hui ?

Sotieta Ngo : Avec d'autres associations, nous avons contesté ces instructions lancées par Maggie de Block. En mai dernier, un premier avis rendu par le Conseil d'État nous a donné raison. 

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Vendredi 11 septembre, soit trois jours avant l'audience, l'État a retiré ses instructions, sans doute pour éviter une condamnation. La ministre avait donc mis en place une mesure qu'elle savait illégale. Priver une certaine catégorie de personnes de l'accès à un hébergement doit se faire dans un cadre légal, or là ce n'était pas le cas. C'est une petite victoire mais nous restons néanmoins inquiets, car le gouvernement travaille sur un changement de la loi. Il veut modifier et adapter la législation afin de restreindre l'hébergement inconditionnel.

IM : Quelles ont été les conséquences de ces instructions sur les demandeurs d'asile visés ?

SN : Pendant plusieurs mois, des centaines de personnes sont restées sur le carreau et n'ont pas été prises en charge par l'État. Aucune place dans le réseau d'hébergement de Fedasil [centres dédiés à la prise en charge des demandeurs d'asile, NDLR] n'a été prévue pour elles. Les exilés anciennement dublinés et les réfugiés statutaires ont été laissés à la rue dans une situation de précarité extrême, aggravée par la pandémie de Covid-19.

Ce sont les associations, notamment la Plateforme Citoyenne, qui ont pris le relais. Ce n'est pas normal, ce n'est pas aux citoyens de pallier les manquements de l'État.

IM : Avec la crise sanitaire liée au Covid-19, les demandes d'asile ont-elles pu être déposées? Et les demandeurs ont-ils eu accès à une prise en charge ?

SN : À ce niveau-là aussi, les méthodes de l'État sont inacceptables. Au début de la crise sanitaire, en mars, l'Office des étrangers [qui dépend du ministère de l'Intérieur belge, NDLR] a fermé, donc aucune demande d'asile ne pouvait être enregistrée. Début avril, les dépôts des dossiers d'asile ont repris mais uniquement par voie électronique. Les personnes étrangères doivent dorénavant remplir un formulaire en ligne pour envoyer leur demande. En attendant la convocation, qui peut arriver au bout de plusieurs semaines, les demandeurs ne sont pas hébergés et n'ont d'autres solutions que de rester à la rue. Parmi ces exilés, il y a des familles et des personnes malades ou âgées.

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Or, une demande de protection donne droit à l'accueil. Une nouvelle fois, nous avons dû mener une action en justice, nous attendons la décision. Plus de 1 000 procédures individuelles contre l'État ont été diligentées depuis le début de la crise sanitaire, dont la moitié sont liées au non-respect du droit à l'accueil. Toutes ont été gagnées par les requérants.

IM : Selon vous, dans quel but l'État agit-il de la sorte ?

SN : Si il y a un but, c'est celui de dissuader les exilés de venir en Belgique. L'État se cache derrière la crise sanitaire, et avoue à demi-mots que l'urgence n'est pas de prendre en charge les demandeurs d'asile.

En cette période troublée par le coronavirus, les droits des migrants ne valent pas grand-chose. Nous n'avons de cesse de répéter inlassablement que les violations des droits des personnes étrangères doivent cesser. La Belgique s'assied sur ses obligations : au niveau de la loi belge mais aussi de la Convention de Genève. Ce n'est pas digne d'un État de droit !

 

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