Le Premier ministre Boris Johnson (à droite) en compagnie de sa ministre de l'Intérieur Priti Patel | Photo: Reuters
Le Premier ministre Boris Johnson (à droite) en compagnie de sa ministre de l'Intérieur Priti Patel | Photo: Reuters

Alors que le gouvernement semble naviguer à vue quant à sa politique migratoire, plusieurs journaux britanniques révèlent que Londres veut mettre en place des vols hebdomadaires pour renvoyer les migrants arrivant au Royaume-Uni par la Manche.

Tout est parti d’un article du Daily Telegraph daté du 18 septembre affirmant que le Home Office - le ministère britannique de l’Intérieur - a accédé à une demande d’information du quotidien concernant les renvois de migrants. Le Home Office a ainsi confirmé préparer "davantage de vols dans les semaines et les mois à venir" afin d'"augmenter le nombre d'expulsés que les pays sont disposés à accepter sur chacun de ces vols".

D’après le Evening Standard, "au moins 1.000 personnes sont prêtes à être renvoyées du pays à destination de la France, l’Italie et l’Allemagne". 

Le journal, ainsi que la BBC, expliquent que l’un de ces vols est parti la semaine dernière. La BBC précise que "14 personnes" se trouvaient à bord. Dix ont été renvoyés en Allemagne et quatre vers la France. Parmi ces personnes se trouvaient des "personnes originaires d’Afghanistan, d’Irak, du Koweit et du Yémen".

Le Evening Standard rapporte que le décollage d’un deuxième vol pour l’Espagne aurait été annulé "après un recours de dernière minute par des avocats".

Un groupe de migrants arrivant à Dover après un incident sur la Manche, 2 septembre 2020 | Photo : IMAGO
Un groupe de migrants arrivant à Dover après un incident sur la Manche, 2 septembre 2020 | Photo : IMAGO

Le Home Office critiqué dans un rapport parlementaire

Selon la commission de comptes publics du Parlement, le Home Office a "renvoyé ou aidé au retour un peu plus de 13.100 personnes sans permis de séjour sur les 11 premiers mois de l’année 2019." 5.600 personnes sont parties volontairement. La commission note que ceux qui acceptent de partir volontairement ont "baissé d’une moyenne de 1.200 par mois en 2015 à environ 460 par mois en 2019."

La commission a ainsi publié le 18 septembre un rapport sur les performances du Home Office en matière d’application de la politique d’immigration. Ce rapport constate que le ministère "ne savait pas combien de personnes vivent actuellement illégalement au Royaume-Uni." La dernière estimation a été "faite il y a 15 ans en 2005 et approchait les 430.000 personnes". La commission ajoute que des estimations plus récentes provenant d’autres organisations "suggèrent que ce nombre a peut-être doublé".

"Environnement hostile"

La commission a également constaté que le Home Office n’a pas publié de statistiques qui "permettraient de démontrer l’impact de son travail ou de ses politiques". Le rapport affirme que l’un des "piliers" de "l’environnement hostile" pratiqué par Londres face à la migration est de bloquer le recours à des fonds publics à ceux qui ne remplissent pas les critères d’asile. 

La commission estime pourtant que le Home Office n’a pas été en mesure de montrer si le fait de bloquer les fonds publics à certaines personnes avait eu "un impact conséquent sur la probabilité qu’une personne choisisse de retourner volontairement dans son pays d’origine."

Par ailleurs, la commission constate que si le Home Office empêche "un nombre croissant de personnes à entrer illégalement dans le pays", il n’était pas en mesure de démontrer que cette tendance est liée à davantage d’interpellations ou parce que les tentatives sont plus fréquentes.

Selon le rapport, de nombreuses expulsions voulues par le gouvernement auraient été empêchées par "des recours en justice de dernière minute". Suite à ces appels, le Home Office a relâché "14.900 personnes, soit 62 % des migrants détenus dans des centres de renvoi l’année dernière".

D’après la commission, le Home Office estime que ces recours sont utilisés dans le but de "retarder les renvois". Pour autant, poursuit le rapport, les autorités n’auraient fourni "aucune preuve que le Home Office a activement essayé de comprendre et de gérer ces recours".

400 millions de pounds par an

Le gouvernement britannique dépense chaque année 400 millions de pounds pour la mise en oeuvre de sa politique d’immigration et n’a pourtant "aucune idée des résultats atteints" pour cette somme. Actuellement, le département de l’immigration emploie quelque 5.000 personnes pour un coût de 392 millions de pounds pour l’année 2019-2020. 

Parmi les recommandations, le rapport appelle le gouvernement britannique à chercher à analyser et à comprendre le taille réelle de la communauté de migrants vivant sans papiers au Royaume-Uni. 

La BBC affirme que le nombre de personnes traversant la Manche au mois de septembre - qui n’est pas encore terminé - a déjà dépassé le record établi pendant le mois d’août. Au 16 septembre, la BBC parle de près de 1.500 personnes ayant traversé la Manche depuis le début du mois. En tout, depuis le début de l’année, le nombre de traversées est de plus de 6.500.

Malgré les critiques de la commission des comptes, le Home Office a assuré au Evening Standard "être déterminé à renvoyer ceux qui n’ont pas le droit de rester dans le pays. "

 

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