Le nouveau camp de migrants construit sur l'île grecque de Lesbos. Crédit : REUTERS/Yara Nardi
Le nouveau camp de migrants construit sur l'île grecque de Lesbos. Crédit : REUTERS/Yara Nardi

Deux semaines après l’incendie qui a détruit le camp de migrants de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, plus de 9 000 personnes - sur les 12 700 qui vivaient à la rue - ont été transférées dans un nouveau camp provisoire, construit sur un terrain de tir, à trois kilomètres de Mytilène. Des réfugiés et demandeurs d’asile ont raconté à InfoMigrants leurs premiers jours dans ce camp.

Des centaines de tentes blanches, siglées du logo du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), s’étendent en bord de mer. Dans ce nouveau camp construit à la hâte, sur un terrain militaire, à environ trois kilomètres de Mytilène, le chef lieu de l’île de Lesbos, 9 200 migrants ont été transférés sur les 12 700 rescapés sur camp de Moria, parti en flammes le 9 septembre.

D’abord arrivés dans le camp de leur propre gré au compte gouttes, les exilés y ont été envoyés lors d’une opération policière le 17 septembre. Depuis, certaines des craintes partagées par un grand nombre de rescapés de l’incendie ont été évacuées mais les conditions de vie de ces demandeurs d’asile restent extrêmement précaires.

"Nous sommes logés dans des tentes. On a l’impression que, quand il y a du vent, les tentes vont s’envoler et nous avec. Dans ma tente, nous sommes huit personnes. Nous dormons à même le sol, sur des caillasses. On nous a donné une couverture et une sorte de nappe pour mettre au sol", raconte Baptiste (il n’a pas souhaité que son nom de famille soit publié), un Camerounais de 30 ans.

Camp d’urgence

Le principal problème dans le camp reste les sanitaires, soulignent les migrants interrogés. "On se lave dans la mer. Pour aller aux toilettes, les gars vont dans la brousse et les femmes, pareil. Elles n’ont aucune intimité", déplore Baptiste.

En guise de sanitaires, seuls des toilettes chimiques ont pu être installées pour le moment. Le 25 septembre, le camp en comptait 376, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Le 25 septembre 2020, 376 toilettes chimiques avaient été installés dans le nouveau camp de Lesbos, selon le HCR. Crédit : UNHCR/Natalia Prokopchuk
Le 25 septembre 2020, 376 toilettes chimiques avaient été installés dans le nouveau camp de Lesbos, selon le HCR. Crédit : UNHCR/Natalia Prokopchuk

"C’est un camp d’urgence. L’idée était de sortir les gens de la rue. Beaucoup doit encore être fait pour rendre ce camp vivable", reconnaît Natalia Prokopchuk, chargée de communication pour le HCR, en mission à Lesbos.

Le camp ne peut actuellement pas disposer de sanitaires corrects selon elle car le site ne dispose d’aucune canalisation connectée à un réseau d’eaux usagées. “Un groupe travaille à la connexion du site au réseau de canalisations” et “des discussions sont en cours sur l’organisation des douches”, ajoute la représentante du HCR.

Des travaux sont également en cours pour aménager le sol des tentes et notamment le protéger d’éventuelles inondations lors des intempéries qui vont arriver avec le début de l’automne.

Le site n’est pas non plus raccordé au réseau électrique de l’île et les sept générateurs actuellement en place ne suffisent pas aux usages quotidiens. Pour pallier le manque de lumière à la nuit tombée, l’agence onusienne a distribué une lampe solaire par foyer.

Une seule distribution de nourriture par jour

Dans ce nouveau camp, une seule distribution de nourriture a lieu par jour, affirment les personnes contactées par InfoMigrants. "C’est souvent à base de riz et on nous donne aussi deux bidons 1,5 litre par personne", détaille Alpha (le prénom a été changé), un jeune homme originaire de République démocratique du Congo.

"On nous distribue à manger une fois par jour à 16h30 mais il faut arriver vers 11h pour prendre sa place dans la queue tellement nous sommes nombreux", assure de son côté Baptiste. "On a fait une routine dans notre tente. Chaque jour quelqu’un va faire la queue pour les autres", ajoute-t-il.

En réalité, pour se nourrir, les résidents du camp comptent plutôt sur les magasins des alentours où ils peuvent acheter de la nourriture et cuisiner un peu dans le camp. Le Lidl sur le parking duquel des centaines de personnes dormaient il y a encore une semaine a rouvert.

"On a le droit de sortir un petit peu parce qu’il n’y a pas de boutiques ici donc on ne peut rien acheter. On a le droit de sortir mais tout le monde doit être à l’intérieur du camp à 20h maximum. Le matin, on peut sortir à partir de 7-8h. À l’entrée des gens notent l’heure à laquelle tu sors et tu reviens", affirme encore Baptiste.

Plus de sécurité

Le Camerounais, qui étudiait la sociologie à Yaoundé, affirme par ailleurs que les migrants ont désormais accès au centre-ville de Mytilène pour y faire des achats et notamment récupérer de l’argent envoyé par Western union. "Moi je vais en centre-ville si par exemple j’ai un ami m’a envoyé de l’argent, ou bien quand j’ai besoin de recharger mon téléphone […] Les habitants ne sont pas agressifs mais ils ne sont pas très accueillants non plus. Je me suis déjà fait agresser verbalement alors que j’allais à Western union. Mais je n’attache pas à ces choses-là."

Redouté par les rescapés de Moria qui craignait de ne pas avoir le droit d’en sortir, le nouveau camp offre au moins aux migrants une certaine sécurité, reconnaît Alpha. "Il y a tout le temps la police qui passe. Même au milieu de la nuit, il y a toujours des voitures de policiers qui circulent ici. Ça nous rassure un peu. À Moria, moi je me suis fait voler deux fois mon téléphone. Ici, je pense que ça n’arrivera pas."

Néanmoins, les conditions de vie sont loin d’être durables et si Alpha dit pouvoir rester dans ce camp "quelques mois", y rester "un an par exemple" serait impossible.

 

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