Un canot abandonné en mer. Crédit : @SauveteursenMer
Un canot abandonné en mer. Crédit : @SauveteursenMer

La plateforme téléphonique d'assistance aux migrants en détresse en Méditerranée, AlarmPhone, a comptabilisé près de 200 morts dans six naufrages au large de la Libye pour le seul mois de septembre.

Six naufrages et près de 200 morts : le bilan du mois de septembre sur la route de la Méditerranée centrale est lourd, d'après le décompte effectué par AlarmPhone, la plateforme d'aide aux migrants en détresse en mer Méditerranée, et publié lundi 28 septembre.

"Des centaines de personnes sont mortes sur la route de la Méditerranée centrale en quelques jours et encore une fois, les autorités européennes restent silencieuses. Ceux qui ont survécu sont en vie uniquement grâce aux efforts des pêcheurs [qui se trouvaient à proximité]", a écrit l'organisme sur Twitter, déplorant que ces drames ne soient pas reconnus ou officialisés par les autorités ou par d'autres organisations internationales. "Nous n'entendons parler de ces morts tragiques en mer uniquement car des survivants traumatisés ou de courageux pêcheurs ont choisi de contacter AlarmPhone pour que leurs voix soient entendues."

Exprimant leur "solidarité envers les familles et les amis des victimes et des disparus", les bénévoles d'AlarmPhone se disent "dévastés de ne pas pouvoir en faire davantage" pour empêcher ces tragédies de se répéter. "Ces derniers naufrages sont le résultat d'une politique frontalière violente et financée par l'Europe, de l'immobilisation des navires humanitaires et de l'avion Moonbird", ont-ils écrit dans un communiqué présentant un rapport détaillé sur les naufrages ainsi que des témoignages de survivants.

Premier naufrage le 14 septembre

Le premier naufrage du mois remonte au 14 septembre lorsque 22 personnes se sont noyées et 45 autres ont été repêchées par les garde-côtes libyens avant d'être envoyées en centre de détention à leur retour en Libye.

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Le deuxième naufrage a fait au moins 20 morts, dont des femmes et des enfants, le 17 septembre, au large de Zaouïa. Un témoin rapporte qu'ils étaient 74 à bord.

Deux jours plus tard, un troisième naufrage a fait trois morts, parmi les 54 passagers d'une embarcation qui s'est dégonflée en pleine mer, au large de Garabulli. Un pêcheur qui se trouvait dans le secteur a pu secourir 21 personnes, en laissant 33 autres à l'eau. Un second pêcheur, arrivé peu après, a pu sortir de l'eau 30 personnes mais trois victimes s'étaient déjà noyées.

Ce même jour, 102 autres personnes ont été secourues par un pêcheur qui les a ramenées en Libye. Deux migrants se sont noyés en cherchant à s'enfuir pour éviter le centre de détention une fois au port de Zuwara.

111 disparus le 21 septembre

Le quatrième naufrage est aussi le plus important : 111 personnes ont disparu le 21 septembre après que leur embarcation s'est dégonflée. Seuls 9 migrants ont survécu en s'accrochant à une planche. Ils ont été sortis de l'eau par un pêcheur après plusieurs jours de calvaire en mer.

Le 24 septembre, 115 personnes en détresse ont appelé AlarmPhone pour demander de l'aide. À proximité des naufragés, le navire commercial Cape Guinea les a encadrées sans les secourir pendant environ 12 heures, avant d'être rejoint par les garde-côtes libyens. Ces derniers ont alors pris en charge les naufragés mais 15 personnes s'étaient, entre temps, noyées.

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Enfin, 16 personnes ont également péri au large de Khoms le 25 septembre. Un pêcheur est venu en aide à 22 des 38 passagers en détresse. Les corps de trois personnes ont été retrouvés peu après tandis que 13 autres migrants manquaient toujours à l'appel. 

Des centaines de migrants trouvent la mort chaque année en tentant de traverser la Méditerranée pour fuir le chaos de la Libye et rejoindre l'Europe. En août, 45 Africains sont décédés au large de ce pays, constituant le pire naufrage officiellement reconnu cette année. Rien que pour ce mois-là, plus de 350 migrants ont perdu la vie dans les eaux de la Méditerranée centrale, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Interrogée par InfoMigrants, une porte-parole de l'institution onusienne ne rapporte cependant que 64 morts officiels sur la route de la Méditerranée centrale en septembre et 465 depuis le début de l'année. Seuls trois naufrages ont été dénombrés : un le 14 septembre (deux morts, 22 disparus et 45 survivants) et deux autres le 25 septembre avec respectivement trois morts, 13 et 15 disparus ainsi que 22 et 120 survivants.

"Nous n'avons pas, à ce stade, de confirmation des autres naufrages [mentionnés par AlarmPhone]. Nous restons toutefois très inquiets quant à la perte continuelle de vies humaines en Méditerranée", a commenté Safa Msehli.

 

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