Les traversées de la Manche ont fortement augmenté en 2020. Crédit : Picture alliance
Les traversées de la Manche ont fortement augmenté en 2020. Crédit : Picture alliance

Construction de frontières maritimes dans la Manche, installation des demandeurs d'asile sur une île du Pacifique ou dans des ferries amarrés au large des côtes écossaises, création de centres de détention extraterritoriaux au Maroc ou en Moldavie… Le gouvernement britannique réfléchit à toute une série de mesures afin d'empêcher les arrivées de migrants sur son territoire.

Le mois de septembre a connu un nouveau record de traversées de la Manche, avec 1 951 arrivées de migrants au Royaume-Uni. Un chiffre jamais égalé jusque là. Face à cette augmentation des débarquements, les autorités britanniques multiplient les propositions chocs.

"Nous élaborons des plans pour réformer nos politiques de migration illégale et d'asile afin de continuer à fournir une protection à ceux qui en ont besoin, tout en empêchant les abus du système et la criminalité", a déclaré mercredi 30 septembre un porte-parole du Premier ministre Boris Johnson.

Des barrages dans la Manche

Plusieurs idées ont émergé afin de créer une frontière maritime dans la Manche et ainsi empêcher toute embarcation de migrants d'atteindre les eaux anglaises. Parmi elles, figurent la pose de barrages dans certaines zones de la Manche ou encore la possibilité de relier des petits bateaux entre eux pour former une barrière. Le gouvernement est même allé plus loin, réfléchissant à un moyen d'installer en pleine mer des navires avec des pompes générant des vagues qui forceraient les canots de migrants à retourner dans les eaux françaises. Cette dernière mesure a été rapidement écartée, les risques de chavirage des embarcations surchargées étant trop importants.

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En parallèle, la ministre de l'Intérieur cherche différents moyens pour éloigner les demandeurs d'asile du sol britannique. Priti Patel a ainsi demandé aux responsables politiques d'examiner des alternatives pour loger les exilés à l'extérieur de l'Angleterre. 

Isoler les demandeurs d'asile sur des îles ou des ferries

Selon le quotidien britannique The Financial Times, le ministère des Affaires étrangères a dans un premier temps suggéré la construction d'un centre d'accueil pour migrants sur l'île de l'Ascension, un territoire appartenant au Royaume-Uni, situé en plein milieu de l'océan Atlantique. Cette proposition, inspirée du modèle australien [les migrants arrivant en Australie sont envoyés dans des centres de détention sur les îles de Manus et Nauru ndlr], a néanmoins été vite abandonnée. Tout comme celle d'installer les demandeurs d'asile sur une île au large des côtes de l'Écosse, une option qu'a catégoriquement refusée la Première ministre écossaise. "Toute proposition de traiter les êtres humains comme du bétail dans un enclos de rétention rencontrera la plus forte opposition possible de ma part", a déclaré Nicola Sturgeon.

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Cependant, le gouvernement n'a pas dit son dernier mot et cherche d'autres solutions pour isoler les personnes en recherche de protection. Le Financial Times rapporte également que les autorités britanniques envisagent "sérieusement" d'acheter des ferries pour les convertir en centres de traitement des demandes d'asile. L'utilisation des plateformes pétrolières désaffectées en mer du Nord a été un temps avancée avant d'être rejetée par le ministère de l'Intérieur. Selon un responsable de Downing street (l'équivalent français du cabinet du Premier ministre), cité par les médias anglais, "un emplacement plus proche du Royaume-Uni est une option plus probable".

Création de centres de traitement dans un pays tiers

Enfin, une dernière proposition apportée par le bureau du Premier ministre a fuité dans les médias britanniques. Celle-ci consiste à envoyer les demandeurs d'asile en Moldavie, au Maroc ou encore en Papouasie-Nouvelle-Guinée, afin de retenir les migrants dans des centres de détention extraterritoriaux ("offshore"). Mais des documents internes, consultés par The Guardian, révèlent que ces mesures sont difficilement applicables, pour des questions législatives, financières ou encore diplomatiques.

Selon l'avocat spécialisé en droit de l'immigration, Colin Yeo, interrogé par le Financial Time, la création de centres de traitement dans un pays-tiers contreviendrait à la Convention de Genève, ratifiée par le Royaume-Uni. "Si vous interceptez des personnes et que vous les déplacez, la Convention sur les réfugiés vous interdit de les renvoyer indirectement dans leur pays d'origine", explique-t-il. "Si vous emmenez les demandeurs d'asile dans un endroit comme l'Afrique du Nord, vous devez garantir qu'ils ne les renverront pas dans leur pays d'origine parce que vous n'êtes tout simplement pas autorisé à le faire", continue l'avocat.

Si cette série de mesures ne sont que pour l'heure des propositions, des voix se sont déjà élevées contre, notamment dans l'opposition et chez les défenseurs des droits humains. Face aux critiques, le gouvernement britannique s'est défendu, affirmant que "le Royaume-Uni a une longue et fière histoire d'offrir un refuge à ceux qui ont besoin de protection". "Des dizaines de milliers de personnes ont reconstruit leur vie au Royaume-Uni et nous continuerons à fournir des itinéraires sûrs et légaux à l'avenir", a déclaré une source au ministère de l'Intérieur, relayée par la BBC.

 

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