Le Père Antoine Exelmans. Crédit : Kirchenkreis Jülich
Le Père Antoine Exelmans. Crédit : Kirchenkreis Jülich

Le prix d’Aix-la-Chapelle pour la paix 2020 a été attribué au père Antoine Exelmans, un prêtre qui consacre sa vie à aider des migrants et réfugiés au Maroc.

C’est à Oujda, près de la frontière avec l’Algérie, que le prêtre français déploie ses efforts en aidant depuis plusieurs années des migrants et réfugiés en leur offrant de la nourriture, de l’aide médicale et un toit.

"J’avais déjà une expérience en République centrafricaine qui m’avait ouvert à l’Afrique subsaharienne", raconte Antoine Exelmans à InfoMigrants. Le prêtre voulait "aller à la source" de ce qu’il considère comme "deux grands chantiers d’urgence" à savoir le dialogue inter-religieux avec les musulmans et l’accueil des migrants.

Beaucoup de demandeurs d’asile venus de toute l’Afrique trouvent ainsi chez Antoine Exelmans un protection contre les trafiquants d’êtres humains connus pour leur violence et leurs pratiques d’extorsion. Le prêtre gère un centre d’accueil, et lorsque celui-ci est plein, c’est sur les bancs de son église que des migrants peuvent se réfugier.

Précarité et rêve d’Europe

Pour lui, le principal défi est "le grand nombre de migrants qui sont au Maroc et leur très grande précarité. Ils arrivent de manière irrégulière et vont rester dans une situation précaire pendant des semaines, des mois, ou des années. Ils sont dans ce rêve d’Europe qui les amène à affronter beaucoup de dangers." 

Antoine Exelmans cherche aussi à proposer des alternatives aux migrants. Il travaille étroitement avec l’agence onusienne pour les réfugiés (HCR) afin d’accompagner les processus de demandes d’asile. L’autre défi de cette coopération est de permettre aux jeunes migrants, notamment les mineurs non-accompagnés, de poursuivre leur éducation lors de leur séjour au Maroc.

"Nous avons beaucoup de gens fragiles et marqués par leur aventure, explique Antoine Exelmans. Le défi reste l’accueil fraternel et humanitaire pour rétablir la dignité de la personne, ainsi que l’accompagnement des plus vulnérables", signale le religieux.

Le comité du prix d’Aix-la-Chapelle pour la paix, qui comprend des représentants de la société civile mais aussi des responsables de l’Église, a expliqué qu’il voulait récompenser et mettre en avant le caractère "désintéressé" du travail du père Antoine. L’autre enjeu est, selon le comité, de rappeler la nécessité d’apporter une réponse à la situation migratoire à travers le monde.

Oujda, au cœur du dilemme migratoire

Oujda se trouve à environ 150 kilomètres au sud-est de l’enclave espagnole de Melilla, un territoire de l’Union européenne (UE) qui a une frontière terrestre avec le Maroc et que tentent de rejoindre beaucoup de migrants. Dans le même temps, Oujda est aussi à seulement 60 kilomètres de la mer Méditerranée, dont la traversée est une autre voie pour atteindre l’UE.

Si de nombreuses personnes poussent leur voyage encore plus vers l’est jusqu’en Tunisie et en Libye pour embarquer et traverser la mer, le nombre de migrants qui cherchent à atteindre l’Espagne depuis le Maroc est en augmentation.

Oujda a aussi la particularité de se trouver près de la frontière avec l’Algérie, une frontière fermée à tout passage depuis 1994. 

"On ne fait pas de politique et on n’intervient pas dans les problèmes qui opposent le Maroc à l’Algérie", assure le père Antoine. "On constate simplement que la frontière est fermée, ce qui signifie que des gens vont essayer de passer cette frontière avec l’aide de mafias, d’emprunter des parcours migratoires interdits, de franchir des barbelés, des fossés et parfois la montagne avec des guides qui les abandonnent en pleine nuit."

Une récompense pour les héros silencieux

Le comité du prix d’Aix-la-Chapelle note que le dilemme migratoire n’évoluera pas sans l’éradication des raisons qui poussent à tout abandonner, à savoir la guerre, les conflits et la pauvreté.

Ce prix pour la paix est décerné tous les ans depuis 1988 à deux "femmes, hommes ou groupes qui se battent contre les injustices et pour la paix, montrant du courage en prenant des risques élevés".

L’initiative permet de mettre en lumière des organisations qui ont peu de visibilité auprès du grand public. 

À côté du père Antoine Exelmans, la deuxième récompense est allée cette année au “Centro Gaspar Garcia de Direitos Humanos” à Sao Paulo au Brésil. L’organisation lutte contre les injustices sociales et la pauvreté dans les bidonvilles de la plus grande ville brésilienne.

La cérémonie se déroule généralement en septembre mais a dû être reportée pour cause de restrictions liées à la crise sanitaire. Elle doit désormais se tenir le 10 décembre, journée internationale des droits de l’homme, et sera présentée par le député d’extrême gauche Gregor Gysi, un vétéran de la politique allemande. Antoine Exelmans et le Centro Gaspar Garcia ne devraient cependant que participer par vidéoconférence.

 

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