Cet homme montre ses blessures aux mains, après avoir tenté de traverser la frontière entre la Hongrie et la Serbie en janvier 2020. Crédit : AP
Cet homme montre ses blessures aux mains, après avoir tenté de traverser la frontière entre la Hongrie et la Serbie en janvier 2020. Crédit : AP

Selon certaines ONG serbes, de plus en plus de migrants se trouvant en Serbie se pressent le long des frontières du pays pour espérer rejoindre l’Union européenne.

"Nous avons chaque jour 150 migrants qui entrent dans le pays par le sud", explique Rados Djurovic, directeur du Centre de protection des demandeurs d’asile à Belgrade (APC-CZA) à l’agence de presse Reuters. 

Comme d’autres organisations non-gouvernementales, son ONG affirme que le nombre de migrants arrivant en Serbie en espérant passer les frontières vers l’Union européenne (UE) est en augmentation. 

Selon Reuters, "des dizaines de migrants du Moyen-Orient et d’Afrique ont monté des tentes en périphérie de Subotica, une ville au nord du pays". Malgré la stricte surveillance des frontières, la plupart de ces personnes espèrent passer en Hongrie, pays qui appartient à l’Union européenne. D’autres cherchent à rejoindre la Roumanie depuis la Serbie.

La police roumaine accusée de violences

La semaine dernière, la chaîne Euronews rapportait que de plus en plus de migrants racontent avoir été violemment repoussés par les garde-frontières roumains.

Des membres de l’APC-CZA ont ainsi remis au média des photos montrant des écrans de téléphones détruits mais aussi et surtout des preuves de violences. Sur certaines images, on voit par exemple des blessures sur le dos d’un homme qui ressemblent à des marques de coups de bâton. Euronews affirme que ces photos, prises le 8 août dernier, ne sont qu’un des nombreux exemples des violences qui accompagnent les tentatives de traversées de la frontière serbo-roumaine. 

L’un des groupes de migrants affirme qu’un garde-frontière roumain était équipé d’un fouet et qu’il s’en est servi contre eux, manquant de peu d’éborgner un homme du groupe.

Euronews assure également que la frontière serbo-roumaine est devenue le nouveau "point chaud" sur la route des Balkans depuis que la Hongrie est devenue très difficile à traverser.

Mi-septembre, l’ONG APC-CZA a publié ces photos sur Twitter accompagnées d’une description en serbe : "La nuit, à la frontière entre la Serbie et la Roumaine, des réfugiés de Palestine ont été brutalement frappés par la police aux frontières roumaine qui les a ensuite refoulés vers la Serbie. Selon les réfugiés, la police roumaine les a battus avec des bâtons et les a roués de coups de pied alors qu’ils étaient au sol."

La Roumaine réfute les allégations de violences

La Roumaine a rapidement réagi, rejetant les accusations de violences. La police aux frontières roumaine a affirmé à Euronews que "toutes les actions des garde-frontière roumains contre les migrants qui agissent illégalement à la frontière doivent être menées en conformité avec les législations nationales et internationales en vigueur, dont le respect des droits humains."

La "route des Balkans" vers l’Allemagne | Source : DW
La "route des Balkans" vers l’Allemagne | Source : DW

En juillet, l’Inspection générale de la police aux frontières a assuré à Euronews que "1 823 migrants qui tentaient d'entrer illégalement en Roumanie ont été recensés à la frontière avec la Serbie".

Infopark, une autre ONG serbe, a expliqué au même média que de plus en plus de migrants racontent avoir été refoulés par la Roumaine vers la Serbie. Rados Djurovic de l’APC-CZA confirme avoir entendu les mêmes témoignages. Selon lui, le niveau de violence a augmenté ces derniers mois avec l’augmentation du nombre de tentatives de passages de la Serbie vers la Roumanie.

En effet, d’après Svetlana Palic, la porte-parole du Commissaire aux réfugiés du gouvernement serbe, "le nombre global de migrants présents en Serbie est environ 30% plus élevé qu’à la même période de l’an dernier."

Des migrants bloqués en Serbie

Svetlana Palic n’a pas donné d’avantage d’explications, mais selon Reuters les contrôles renforcés aux frontières de la Serbie avec la Hongrie et la Croatie signifie "que certains migrants sont coincés dans le nord de la Serbie".

Les deniers chiffres fournies par l’agence de l’ONU pour les réfugiés (HCR) fin août notent que 16 210 réfugiés, demandeurs d’asile et personnes déplacées se trouvent actuellement dans les Balkans, dont 5 449 en Serbie, et 10 070 en Bosnie-Herzégovine.

Parmi ces personnes présentes dans la région, 21% sont originaires d’Afghanistan et 14% du Pakistan. La grande majorité vient de pays très divers. Les Marocains par exemple représentent 3%.

Des migrants sur la route des Balkans font une pause à Belgrade | Photo : EPA/KOCA SULEJMANOVIC
Des migrants sur la route des Balkans font une pause à Belgrade | Photo : EPA/KOCA SULEJMANOVIC

Les données du HCR montrent une augmentation progressive du nombre d’arrivées entre juillet 2016 et juillet 2020. Cela étant, les chiffres de juillet dernier ont été en moyenne plus bas qu’au même moment en 2019.

Pour des migrants comme Samir du Maroc et son ami Adil Faris, qui se sont tous les deux confiés à Reuters, se retrouver dans cette situation de blocage n’est pas une option. À plusieurs reprises, ils ont tenté de traverser la frontière avec la Croatie mais ont été repoussés par la police et les patrouilles militaires. Désormais ils attentent à Subotica pour essayer de rejoindre la Hongrie.

"Nous restons ici, nous n’avons rien, nous attendons et prions tout le temps que l’on réussira à aller en Europe [de l’Ouest] un moment donnée", raconte Samir. Et à son ami Adil d’ajouter : "Je sais que la frontière est fermée et que ce n’est pas facile, mais on va trouver un moyen".

Traduction : Marco Wolter

 

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