Matteo Salvini lors des élections régionales italiennes, le 21 septembre 2020. Crédit : Reuters
Matteo Salvini lors des élections régionales italiennes, le 21 septembre 2020. Crédit : Reuters

La justice italienne a reporté l'audience de samedi où comparaissait Matteo Salvini pour "séquestration de migrants". Le juge prendra la décision d'un renvoi ou non en justice du leader de la Ligue après avoir entendu le Premier ministre, l'actuelle ministre de l'Intérieur et le chef de la diplomatie.

Matteo Salvini a obtenu un peu de répit face à la justice italienne. L'ancien ministre de l'Intérieur a comparu samedi 3 octobre devant le tribunal de Palerme afin que le juge statue sur le bien-fondé des accusations d'"abus de pouvoir et séquestration de personnes" dont il doit répondre. Le magistrat prendra finalement la décision d'un renvoi ou non en justice du leader du parti d'extrême-droite après avoir reçu le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, mais aussi l'actuelle ministre de l'Intérieur Luciana Lamorgese, et le chef de la diplomatie Luigi Di Maio. L'audience a été reportée au 20 novembre.

Matteo Salvini est accusé d'avoir bloqué à l'été 2019 durant plusieurs jours 116 migrants à bord d'un navire des garde-côtes italiens, le Gregoretti. Certains migrants avaient pu être évacués pour raisons médicales mais 116 autres étaient restés sur le navire près d'une semaine, faute d'autorisation de débarquer de Matteo Salvini, alors ministre de l'Intérieur d'un gouvernement formé par la Ligue et les anti-système du Mouvement 5 Etoiles (M5S).

Demande de non-lieu

Arrivé sans faire de déclarations à la presse, le chef du parti d'extrême-droite, connu pour ses sorties violentes sur ses adversaires ou les juges italiens, s'est montré apaisé à la sortie du tribunal. "Ce n'est pas un procès politique. J'ai trouvé dans le juge une personne libre", a-t-il déclaré alors que la veille il attaquait les magistrats en estimant qu'ils devraient "se consacrer à arrêter les mafieux et les délinquants". "La justice italienne est une justice qui fonctionne", a-t-il ajouté samedi.

Sa défense a demandé un non-lieu alors qu'il encourt jusqu'à 15 ans de prison. Le parquet a lui aussi demandé l'abandon des poursuites mais le juge, comme le prévoit la loi, peut l'obliger à les maintenir, et renvoyer ainsi Matteo Salvini devant un tribunal pour y être jugé.

La stratégie de l'accusé est d'impliquer le Premier ministre Giuseppe Conte en assurant que le blocage du Gregoretti était une décision collective du gouvernement. En effet, en juin 2019, Matteo Salvini avait fait adopter une loi renforçant ses pouvoirs et prévoyant que "le ministre de l'Intérieur peut limiter et interdire l'entrée, le transit ou l'arrêt des navires dans les eaux territoriales pour des motifs d'ordre et de sécurité publiques". 

Un autre procès en vue

L'ancien ministre de l'Intérieur avait convoqué ses troupes à Catane pour trois jours de rencontres et de manifestations au cours desquels il veut démontrer avoir le soutien populaire. De nombreux élus nationaux et locaux de la Ligue, ainsi que des alliés d'autres partis de droite, ont fait le déplacement, en particulier Giorgia Meloni, la patronne de Fratelli d'Italia. Le président de la région ligure, Giovanni Toti, membre de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, a fustigé samedi "le procès le plus absurde de l'histoire de la République italienne".

Matteo Salvini risque aussi d'affronter à court terme un procès similaire, à Palerme, ayant bloqué pendant plusieurs jours à la mi-août 2019 le bateau humanitaire Open Arms devant l'île de Lampedusa.

 

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