Un camion emporté dans la rivière Vésubie, en France, suite à la tempête Alex, le 3 octobre 2020. Crédit : Reuters
Un camion emporté dans la rivière Vésubie, en France, suite à la tempête Alex, le 3 octobre 2020. Crédit : Reuters

Trois jours après les pluies diluviennes qui se sont abattues dans la zone frontalière entre la France et l'Italie, des associations disent redouter que des migrants, hors des radars, aient été victimes des intempéries. À Vintimille, les conditions de vie extrêmement précaires des migrants ont empiré.

Autour de la frontière franco-italienne, dans les Alpes-Maritimes et en Ligurie et dans le Piémont - zones de passage pour les migrants -, la tempête Alex a fait rage vendredi 2 octobre. Effondrement de pont, maisons et véhicules emportés par les eaux, éboulements de terrain… Suite aux pluies diluviennes et aux crues monstres, au moins cinq personnes, dont deux en Italie, sont décédées et une vingtaine d'autres sont portées disparues en France. 

À Vintimille, ville italienne située à une dizaine de kilomètres de la France, les rues sont envahies par la boue. Les berges de la rivière Roya, jusqu'alors utilisées comme refuge par des migrants livrés à eux-mêmes, sont impraticables. 

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"La situation est catastrophique", s'alarme Andrea, membre de l'association italienne Projetto 20k. Sur place, les migrants ont "très froid et demandent sans cesse des couvertures et des vestes", dit-il, ajoutant que les associations n'en ont pas assez à leur donner. Jusqu'alors, entre 100 et 200 migrants dormaient chaque nuit dans les rues, sur les plages ou au bord de la rivière Roya qui traverse Vintimille, selon des décomptes des associations.

Dans les premiers temps, les migrants, dont trois familles, selon un militant associatif présent sur place, ont été autorisés par la préfecture d'Imperia à passer la nuit de vendredi à samedi dans la gare de la ville. "Il y avait environ 160 personnes, précise Andrea. Certaines ont dû dormir à l'extérieur car il n'y avait plus de place dans la gare." L'intérieur de la gare a été de nouveau interdit dès le lendemain. Désormais, les migrants, à la rue depuis la fermeture du camp de transit de la Croix-Rouge en juillet, passent les nuits "devant la gare, sur les rails, et dans des locaux d'une ONG abandonnés", poursuit Andrea.

"Nous pensons fortement qu'il y a des victimes"

Officiellement, aucune victime n'est à déplorer à Vintimille suite à la tempête. Mais les associations redoutent que ces données officielles ne prennent pas en compte les migrants en transit dans la région car ces derniers, sans-papiers, sont hors des radars des services de l'État.

Vendredi soir, un appel au secours, qui aurait pu provenir d'un migrant dans l'eau aurait été entendu par un passant, a rapporté le média local San Remo News. "L'alerte a été lancée et les pompiers sont arrivés sur place mais personne n'a été trouvé", affirme Jacopo Colomba, président de l'ONG We World. Selon ce dernier, aucune disparition n'a été rapportée par des migrants.

"Nous manquons de nouvelles mais nous pensons fortement qu'il y a des victimes", redoute pour sa part Adèle de l'association Kesha Niya.

Dimanche, six corps ont été trouvés, quatre sur des plages et deux le long de la Roya, indiquent des médias italiens. Ces individus n'ont pas encore été identifiés.

Côté français, toujours le long de la Roya, d'autres conséquences de cette tempête sont à déplorer. L'association Défends ta citoyenneté, chapeautée par l'agriculteur Cédric Herrou, connu comme un symbole de l'aide aux migrants, a affirmé dimanche dans un communiqué que son "activité agricole [était] fortement remise en question" suite aux dégâts et à l'"effondrement partiel" des routes autour de leur terrain.

Cette communauté paysanne, Emmaüs Roya, accueille plusieurs réfugiés et demandeurs d'asile en son sein. "Nous n'allons plus être en mesure de livrer et vendre nos produits et donc d'assumer financièrement les charges liées à l'hébergement des compagnes et compagnons qui composent notre Communauté", est-il écrit dans le communiqué de l'association, qui relaie un appel aux dons.

 

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