Stéphane a quitté la Côte d'Ivoire dans l'espoir de jouer dans un club européen. Crédits : DR / Pixabay
Stéphane a quitté la Côte d'Ivoire dans l'espoir de jouer dans un club européen. Crédits : DR / Pixabay

Arrivé en France fin 2009, après avoir été abandonné à Istanbul par un faux agent de joueur, cet espoir du football ivoirien s’est reconverti en éducateur sportif à Paris. Sans-papier depuis dix ans, titulaire d’un CDI, il cherche à faire régulariser sa situation. Mais la préfecture ne lui donne pas de rendez-vous.

“En Côte d’Ivoire, je vivais du football. Je gagnais 50 à 100 euros par mois. Je jouais en Ligue 1 ivoirienne, au Stella Club d’Adjamé, une commune d’Abidjan. J’ai commencé à jouer à 10 ans. Le stade se trouvait à deux pas de mon école, et je m’échappais pour aller m'entraîner avec les grands du club. Mon instituteur me disputait parce que je revenais à l’école les vêtements pleins de boue.

‘Petit viens là, tu aimes le foot’, m’a dit un jour le directeur du Stella Club. Ils m’ont acheté une tenue, des crampons et m’ont pris en charge. J’ai grandi avec ce club. Je n’avais pas une vie stable, car mes parents étaient partis pour la France avec ma petite soeur qui était bébé, et moi je vivais chez les tontons et les tatas à gauche, à droite. 

C’est au Stella Club qu’un agent m’a repéré. J’avais 17 ans. Il m’a dit qu’il avait l’agrément FIFA et m’a fait partir en Turquie avec un visa de 5 mois pour passer un test au club de Galatasaray [qui évolue dans l'élite du football européen]. Le club m’a pris à l'essai, l’agent a disparu. Et quand le Galatsaray a arrêté avec moi, je me suis retrouvé sans rien. 

Heureusement j’ai rencontré un commerçant burkinabé qui m’a recueilli comme un grand frère. Je faisais des petits boulots au bazar pour m’en sortir. Je nettoyais les tables des cafés, je livrais des marchandises contre de la monnaie. J’ai pu mettre de côté. Je ne voulais pas rentrer à Abidjan, je le vivais comme un retour en arrière. Ca me semblait logique de rejoindre mes parents qui vivaient à Paris.

En novembre 2009, je me suis arrangé pour prendre un bateau pour la Grèce et rejoindre la France ensuite avec un billet d’avion. Personne n’a contrôlé mon identité par je ne sais quel miracle. 

L'entraîneur du club d’Antony m’a dit “Toi on te garde !”

A l’aéroport Charles-de-Gaules, j’ai emprunté la file des passagers européens et encore une fois personne ne m’a demandé mes papiers. Ma mère m’attendait. Elle s’est mise à pleurer quand elle m’a vu.

Je ne connaissais pas la France, et comme j’étais venu sans papiers j’avais très peur de sortir de la maison par crainte de la police. Je crois que je suis resté au moins un an sans autre sortie que d’aller au supermarché, toujours accompagné d’un parent ou d’une soeur. Puis, petit à petit, j’ai osé aller à la boulangerie tout seul, puis au bureau de poste. Enfin je me suis acclimaté et j’allais jouer au foot dans un parc à Colombes. 

Un jeune avec qui j’ai fait une partie m’a dit que je jouais bien et il m’a proposé de me présenter à son club d'Antony. Nous avons pris le RER B quelques jours plus tard pour nous rendre à l'entraînement. J’ai eu l'impression que le chemin était interminable, je ne m’étais jamais éloigné autant de la maison. 

Dès le lendemain, l'entraîneur du club d’Antony m’a dit 'Toi on te garde !'. De nouveau on m’a habillé et chaussé de crampons. Le club me payait au noir pour chaque match remporté. Un jour, l’un des entraîneurs des plus jeunes était absent. J’ai proposé de le remplacer. Je m’occupais déjà des plus jeunes au pays.

Ils ont apprécié mon travail et ils m’ont financé une formation. J’ai obtenu un “certificat fédéral de formation de football de niveau 1”. J'entraînais les enfants trois fois par semaine et je les accompagnais aux matches. Un autre centre de formation - une école privée de sports études - me demandait des coups de mains de temps en temps et ils ont fini par me faire travailler comme chargé d’internat et éducateur sportif. J’étais payé au noir, mais aussi nourri et blanchi. J’ai fait ça deux ans jusqu’à ce que cette école ferme. 

Aucun rendez-vous disponible à la préfecture

Mon employeur actuel a ouvert une nouvelle école de football à la place de celle qui a fermé. Il m’a embauché en CDI en 2019. Le président de cet établissement scolaire m’a dit que ma situation irrégulière n’était pas un problème, qu’il payerait les frais inhérents. Tout est en règle, je suis même déclaré à l’Urssaf.

Aujourd’hui après avoir passé dix années sans papiers, mon dossier est prêt. Mon avocate m’a dit que ma régularisation ne devrait pas poser de problème. Mais je ne trouve pas de rendez-vous à la préfecture de Paris. Je passe des nuits à essayer d’obtenir un rendez-vous pour déposer un dossier, c’est impossible.

Je ne sais pas quoi faire. Je préfère mourir que de devoir retourner en Côte d’Ivoire loin de mes enfants. En France j’ai eu deux petits de 4 ans et 7 ans. Je passe le plus de temps possible avec eux. Je les emmène au cinéma, au restaurant, ce que mes parents n’ont pas pu faire avec moi. 

J’essaie de rester positif. Je vais tenter de déménager. Si un nouveau propriétaire accepte mon dossier, je pourrais louer un appartement qui me permettra d’accueillir plus souvent mes enfants et de dépendre d’une autre préfecture, où il sera peut-être possible de déposer mon dossier de demande de régularisation”.

 

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