Des milliers de personnes ont manifesté à Paris samedi 17 octobre 2020 pour réclamer la régularisation des sans-papiers. Crédit : InfoMigrants
Des milliers de personnes ont manifesté à Paris samedi 17 octobre 2020 pour réclamer la régularisation des sans-papiers. Crédit : InfoMigrants

Pour la troisième fois depuis la levée du confinement, des milliers de personnes ont manifesté samedi à Paris pour réclamer la "régularisation des sans-papiers, la "fermeture des CRA" et un "logement pour tous".

Comme beaucoup de manifestants, Mamba a revêtu samedi 17 octobre le t-shirt noir de la "marche nationale des sans-papiers". Débuté le 19 septembre dans plusieurs villes de province, le mouvement s'est poursuivi samedi par une manifestation parisienne au départ de la place de la République.

Derrière l'une des nombreuses banderoles du cortège, Mamba raconte le tournant qu'ont été le confinement et le Covid pour les sans-papiers de France. "La majorité des sans-papiers travaillent dans la restauration et le nettoyage", assure ce Sénégalais arrivé en France en 2014. Lui-même, employé dans la restauration "avec les papiers d'un ami", n'a pas travaillé pendant le confinement. Il n'a donc rien gagné pendant deux mois.

Mamba estime que le covid et le confinement ont renforcé la coordination des collectifs de sans-papiers. Crédit : Julia Dumont, InfoMigrants.
Mamba estime que le covid et le confinement ont renforcé la coordination des collectifs de sans-papiers. Crédit : Julia Dumont, InfoMigrants.

Ce samedi, il explique être venu manifester pour "la lutte des droits" et parce que, généralement, les sans-papiers "n'ont pas leur mot à dire". Pourtant, quelque chose a changé depuis le confinement.

Une partie de la population a réalisé la place des travailleurs sans-papiers dans l'organisation de la société. Les sans-papiers, eux, ont compris que la société française avait besoin d'eux. "Le confinement et le Covid ont provoqué une prise de conscience chez les sans-papiers : il fallait qu'on se regroupe pour défendre nos droits", affirme Mamba.

"Pendant deux mois, on n'a rien gagné"

Seckou, 31 ans, employé dans le bâtiment, a connu la même galère que Mamba pendant le confinement. "On a arrêté de travailler et pendant deux mois, on n'a rien gagné. C'était très difficile. Le patron disait que c'était pas possible d'avoir le chômage partiel", raconte le jeune homme, un drapeau français avec l'inscription "Ensemble" sur l'épaule.

Depuis, le jeune Malien a repris le travail et espère bien pouvoir obtenir des papiers prochainement. "Il faut nous régulariser parce qu'on travaille, on a besoin de nous", plaide-t-il. Son patron ne démentirait pas mais il n'a jamais fait en sorte de le régulariser.

Seckou travaille dans le bâtiment. Il trouve injuste que son patron le fasse travailler mais ne fasse pas les démarches pour le faire régulariser. Crédit : Julia Dumont, InfoMigrants
Seckou travaille dans le bâtiment. Il trouve injuste que son patron le fasse travailler mais ne fasse pas les démarches pour le faire régulariser. Crédit : Julia Dumont, InfoMigrants

"À chaque fois que je lui demande de faire les démarches pour me régulariser, il me dit d'attendre [...] Avant, j'avais des faux papiers. Un jour, il l'a découvert mais il m'a dit 'je te garde parce que tu travailles bien'", raconte Seckou.

"Frichti nous a mis dehors"

Le confinement a aussi poussé les livreurs de repas à s'organiser pour défendre leurs droits. Le mouvement a commencé fin mai, lorsque la start-up de préparation de repas et de livraison à domicile Frichti a décidé de mettre fin aux contrats des livreurs sans-papiers qui travaillaient pour elle après la publication d'un article de Libération révélant que la plateforme employait des sans-papiers. Après un mois et demi de grève, la moitié des quelques 200 livreurs concernés ont pu entamer une procédure de régularisation. L'autre moitié est restée sur le carreau.

Parmi eux, Aliou, un Malien qui a continué à travailler pendant tout le confinement : "Frichti nous a mis dehors sans explication. Mais ils savaient très bien qu'il y avait des sans-papiers qui travaillaient pour eux", dénonce ce père de famille.

Le Malien, aujourd'hui sans emploi, confie qu'il n'a plus de quoi nourrir sa famille. "En ce moment, c'est la misère. On ne mange pas trois fois par jour. Parfois, c'est juste un bout de pain", assure-t-il.

Aliou compte beaucoup sur la manifestation de samedi pour "faire évoluer la situation" des anciens livreurs Frichti. "Si ce ne marche pas, on prendra un avocat", ajoute-t-il.

Depuis la dernière manifestation de sans-papiers, le 20 juin, le gouvernement a donné instruction aux préfets, mi-septembre, d'accélérer et faciliter la naturalisation française des ressortissants étrangers qui se sont mobilisés "en première ligne" durant l'épidémie.

L'Etat souhaitait ainsi "reconnaître l'engagement des personnes qui ont pris une part active dans la lutte" contre le Covid-19 en réduisant pour elles de cinq à deux ans la durée minimale de résidence en France pour obtenir la nationalité.

>> À (re)lire : France : naturalisation des étrangers en "première ligne" contre le Covid, un effet d'annonce ?

Mais cela ne concerne donc que les personnes qui disposent déjà d'un titre de séjour.

Patrons abusifs

Samedi, collectifs et syndicats se sont mobilisés en masse pour défendre les droits des travailleurs sans-papiers. Ces derniers sont pourtant bien souvent "exploités et précarisés par des patrons qui profitent de leur situation administrative pour s'affranchir du code du travail", ont écrit les organisations à l'origine de la marche.

Ousmane* en sait quelque chose. Ce jeune de 28 ans - autocollant aux slogans de la manifestation collé sur la parka - a travaillé plusieurs mois pour un patron véreux dans le secteur du bâtiment. "Il savait que je n'avais pas de papiers. Au début, il m'avait promis 60 euros par jour pour travailler de 8h à 17h. En fait, il ne m'a donné que 400 euros pour deux mois et j'ai travaillé beaucoup plus que prévu. Maintenant, il ne me donne plus de nouvelles. Il ne répond pas au téléphone quand je l'appelle", tempête Ousmane.

"La situation est injuste", déplore le jeune homme. "Les patrons ont besoin de nous mais ils ne veulent pas nous faire régulariser. Ils veulent nous utiliser pour rien".

*Le prénom a été modifié.

 

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