Mamadou a travaillé pendant un an et demi pour Stuart avant d'être radié du jour au lendemain. Crédit : InfoMigrants
Mamadou a travaillé pendant un an et demi pour Stuart avant d'être radié du jour au lendemain. Crédit : InfoMigrants

La plateforme de livraison Stuart a radié du jour au lendemain une quarantaine de livreurs sans-papiers. Si l'entreprise se défend de se mettre "en conformité avec la loi", les travailleurs assurent que Stuart savait pertinemment qu'elle employait des étrangers en situation irrégulière. Soutenus par un collectif, ils demandent aujourd'hui leur régularisation.

La semaine dernière, l’hebdomadaire L’Obs révèle que 24 livreurs sans-papiers ont été limogés du jour au lendemain par la plateforme française Stuart. La société, filiale de La Poste, assure la livraison d’entreprises de la restauration, de la grande distribution, ou encore de commerces indépendants. Motif de leur radiation : ils n'ont pas de papiers en règle.

Depuis la publication de l’article de l’Obs, d’autres salariés étrangers ont eux aussi été licenciés. "On est une quarantaine dans cette situation, et les licenciements continuent encore aujourd’hui", assure à InfoMigrants Mamadou.

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Ce Sénégalais de 29 ans travaillait pour Stuart depuis mai 2019 quand le 29 septembre dernier, il a reçu un mail de la compagnie : son compte a été désactivé. Le jeune homme ne peut plus se connecter à l’application qui lui permettait d’accepter des livraisons. Stuart lui annonce que ses documents d’identité ne lui donnent pas le droit d’être employé en France et qu’il est radié de la plateforme, sans plus d’explication.

"Ils nous ont exploité en pleine crise sanitaire"

Mamadou dénonce hypocrisie de la société. "Lorsque je me suis inscrit sur Stuart, j’ai pourtant donné mon passeport sénégalais. Dès le départ, ils savaient que j’étais étranger", raconte-t-il. "À la fin du confinement, Stuart m’avait déjà demandé de renvoyer mes documents d’identité, ce que j’avais fait. Mais ils ne m’avaient pas coupé l’accès à l’application pour autant", poursuit-il.

Durant un an et demi au sein de l’entreprise, le Sénégalais a effectué 1 845 courses. "J’ai livré des fleurs, des médicaments, des produits de chez Monoprix ou du McDonald’s…etc". Mamadou travaille 10 heures par jour, même pendant le confinement. "Ils nous ont exploités en pleine crise sanitaire et maintenant ils nous mettent dehors", dit-il désabusé.

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Dans leur combat, les travailleurs licenciés peuvent compter sur le soutien du collectif des livreurs autonomes de Paris (Clap). "Les sans-papiers deviennent les petites mains de ces entreprises. Sans eux, il n’y aurait pas eu de livraisons pendant le confinement. Ceux qui travaillaient légalement se sont arrêtés car ils ont touché des aides", assure Jérôme Pimot, cofondateur et porte-parole de Clap, "Stuart fait mine de ne pas savoir que l'entreprise employait illégalement des sans-papiers mais comment est-ce possible quand la majorité ont fourni un passeport étranger lors de leur inscription ?"

"Mise en conformité avec la loi"

Interrogée par l’AFP, la plateforme estime n'avoir "d'autre choix que se mettre en conformité avec la loi dès lors que les fraudes ont été portées à sa connaissance". "Stuart vérifie systématiquement les pièces d'identité et titres de séjour des livreurs partenaires de la plateforme", indique la plateforme. La vague de déconnexion ces dernières semaines est liée à l'entrée en vigueur en avril d'un "outil informatique d'authentification des documents, capable de détecter des falsifications invisibles à l’œil nu", explique-t-elle.

Cette affaire n’est pas sans rappeler celle d’une autre plateforme de livraison de repas, Frichti. Quelque 200 livreurs sans papiers avaient entamé en juin un mouvement de protestation après avoir été radiés, là aussi, juste après le confinement. Une moitié d'entre eux ont réussi à engager une démarche de régularisation auprès de la préfecture de police, avec le soutien de la CGT.

Les livreurs radiés de Stuart entendent eux aussi obtenir leur régularisation. Clap a demandé la semaine dernière un entretien avec l’entreprise. Celle-ci a accepté de recevoir les travailleurs sans-papiers individuellement, évoquant des restrictions en raison du Covid. "Ils nous disent qu’ils n’ont pas de salle pouvant recevoir quatre personnes", explique Jérôme Pimot qui craint des pressions si un travailleur sans-papier se présente seul au rendez-vous face aux cadres de Stuart.

En attendant qu'une entrevue avec les syndicats soit enfin programmée, les livreurs et Clap comptent bien maintenir la pression. Un rassemblement est prévu en début de semaine prochaine devant le siège de la société, dans le 17e arrondissement de Paris. 

 

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