Samuel* ne veut pas être reconnu, par peur pour sa famille restée en Érythrée | Photo: InfoMigrants / M. MacGregor
Samuel* ne veut pas être reconnu, par peur pour sa famille restée en Érythrée | Photo: InfoMigrants / M. MacGregor

Samuel a quitté son Érythrée natale pour rejoindre l’Europe alors que sa femme était enceinte. Il est actuellement à Athènes et attend avec impatience de voir son fils pour la première fois.

"J’ai tous mes habits de Khora", explique Samuel*, assis à la terrasse d’un café du Square Victoria, dans le centre-ville d’Athènes. T-shirt noir, jeans et smartphone constamment à la main, il a accepté de nous rencontrer pour nous raconter son histoire.

Khora n’est pas une marque ou un magasin. C’est une organisation d’aide dont les locaux sont non loin du square. Samuel y a reçu ses vêtements mais aussi de quoi manger. Cela fait neuf mois que l’Érythréen est dépendant de ces dons pour s’en sortir au jour le jour.

 "Je suis venu à Athènes en janvier 2020. Pendant deux mois, j’ai dormi dans la rue", raconte-t-il.

Samuel* à la Platia Koliatsou à Athènes | Photo : InfoMigrants / Private
Samuel* à la Platia Koliatsou à Athènes | Photo : InfoMigrants / Private

Puis le coronavirus est arrivé. Les migrants sont forcés de quitter les parcs et les rues. Samuel a la chance d’avoir rencontré des amis érythréens qui lui proposent de l’héberger dans leur appartement. Samuel partage actuellement une chambre avec trois à quatre personnes. Mais peu importe les conditions, il se dit très reconnaissant d’avoir au moins un toit sur la tête. 

"Au moins j’ai une maison. Quand je dormais dans la rue c’était très rude", dit-il. "Les amis qui m’ont vu dormir dans la rue ont eu de la pitié pour moi.".

Samuel a dû mal a s’en sortir dans la capitale grecque. Sa femme et son enfant se trouvent toujours en Érythrée, à des milliers de kilomètres de là. Elle était enceinte lorsqu’il a quitté sa ville d’Asmara pour entamer le voyage vers l’Europe, c’était il y a quasiment un an, en novembre 2019. A part sur des photos, Samuel n’a jamais vu son fils.

Cette séparation est difficile à supporter. A plusieurs reprises lors de notre conversation, Samuel répète à quel point sa famille lui manque. Mais il ne regrette pas sa décision de partir. En Érythrée, il a été enrôlé dans le service militaire obligatoire, qui peut durer pendant des décennies. Bien qu’il y a travaillé en tant qu’enseignant, ses "employeurs" étaient des généraux et des colonels. 

"L’Érythrée est un pays très pauvre, il n’y a pas beaucoup d’infrastructures, tout est rare. Et c’est très dangereux, on n’y est pas en sécurité."

Faux documents

Samuel décide alors de s’enfuir vers l’Ethiopie. Il passe la frontière à pied avec plusieurs amis. En deux semaines, il obtient un faux passeport et parvient à embarquer à Addis Abeba sur un vol vers Istanbul, en Turquie. 

"Mes proches m’ont aidé à payer les 4.000 dollars pour le passeport. C’était beaucoup d’argent, mais je n’avais pas d’autre option que de fuir l’Ethiopie. Des agents de sécurité de mon gouvernement s’y trouvaient et j’ai eu peur pour ma vie."

"Le passeport était un passeport éthiopien avec un autre nom. Quand je suis arrivé à Istanbul, quelqu’un qui m’accompagnait me l’a immédiatement repris pour ramener le passeport en Ethiopie. C’était la seule manière de quitter Addis Abeba."

"En Turquie, la vie n’est pas chère et des amis érythréens ont payé pour ma nourriture là-bas", poursuit Samuel. "Là-bas, (en Turquie), c’est mieux".

Samuel* à Istanbul en Turquie | Photo: InfoMigrants / Privé
Samuel* à Istanbul en Turquie | Photo: InfoMigrants / Privé

Mais Samuel n’a pas l’intention de s’installer en Turquie. Il restera seulement un mois à Istanbul. "Je voulais obtenir l’asile, j’ai donc dû passer en Grèce pour entrer dans l’Union européenne."

"J’ai traversé la rivière Evros en bateau. Il n’y avait pas de gardiens. Puis nous avons attendu cachés jusqu’à ce qu’il fasse nuit et nous sommes partis. Pendant trois ou quatre jours nous avons marché pendant six ou sept heures, jusqu’à rejoindre Thessalonique. Ensuite, nous avons pris un bus jusqu’à Athènes."

En arrivant à Thessalonique, Samuel et ses amis sont bien reçus. "Les gens en Grèce sont très ouverts d’esprit et nous ont acceptés. Il nous ont montré le chemin pour aller à l’arrêt de bus." En général, les Grecs ont été accueillent, constate Samuel. Certains de ses amis érythréens ont fait de mauvaises expériences, mais lui affirme ne pas avoir été victime de racisme. 

"Je veux remercier les Grecs parce qu’il nous ont autorisés à venir dans leur pays", dit-il.

"Nous avons une autre couleur de peau, un autre passé, mais au mois ils nous donnent le droit de rester ici."

Le voyage de Samuel, d’Asmara à Athènes, en avion et à pied | Capture d’écran de Google Maps
Le voyage de Samuel, d’Asmara à Athènes, en avion et à pied | Capture d’écran de Google Maps

En revanche, le système du droit d’asile en Grèce, c’est une autre histoire, explique Samuel. 

"Le processus d’asile est très compliqué ici, très en retard. Tout prend tellement de temps. Même pour avoir en entretien, ils vous donnent un rendez-vous pour dans un an. Un an c’est si loin pour moi, à cause de ma situation. Le regroupement familial est également très compliqué dans le droit d’asile grec."

Samuel, comme beaucoup d’autres personnes avec lesquelles nous avons parlées à Athènes, veulent quitter la Grèce dès que possible.

"Ma famille me manque. J’ai un plan pour les faire venir ici en Europe. Et j’ai particulièrement envie de poursuivre mes études. Dans mon pays, j’avais obtenu une licence en sciences sociales, option histoire.

Donc je veux continuer mes études par un master ou même un doctorat si possible."

Objectif Belgique

Samuel est confiant pour sa demande d’asile. Il rappelle à juste titre que les Érythréens ont un fort taux d’admission de leurs demandes d’asile en Europe et "la situation de l’Érythrée est connue dans le monde entier", insiste Samuel.

Mais il ne veut pas vraiment obtenir l’asile en Grèce. Il a étudié le droit d’asile en Europe du mieux qu’il le pouvait et s’est fixé la Belgique comme objectif. "Si j’en ai l’opportunité, je vais aller plus loin en Europe. Mon rêve est d’aller en Belgique, et si ce n’est pas là-bas ce sera aux Pays-Bas ou en Suède. Cela va être plus simple d’y faire venir ma famille et j’aurai la possibilité de poursuivre mes études."

Il ne redoute pas le risque de pouvoir être renvoyé vers la Grèce s’il se fait interpeller dans un autre pays européen. "Certains amis érythréens ont réussi à s’y rendre illégalement, juste en payant une grosse somme d’argent, et ils ne sont pas revenus."

ll est vrai que ces dernières années, la Grèce a rejeté quasiment toutes les demandes d’un autre Etat européen de reprendre des demandeurs d’asile.

Il n’y a qu’un obstacle qui bloque Samuel en Grèce : l’argent. Il est simple de trouver un passeur pour aller en Europe, si tant est qu’on peut se le permettre. "Ils demandent beaucoup d’argent, d’énormes sommes – 4.000 à 5.000 euros. Si j’avais cet argent je partirais clandestinement. Mais je n’ai pas un cent", confie Samuel. 

L’Erythréen n’a pour le moment toujours pas de plan ou d’opportunité pour financer son voyage. Le système d’asile en Grèce devient également de plus en plus frustrant. "Je connais les problèmes qu’ils ont en Grèce, parce que beaucoup de demandeurs d’asile sont arrivés en Grèce. Je comprends leurs problèmes. Mais je crois tout de même que le gouvernement fait exprès de rendre la vie difficile aux demandeurs d’asile."


*Le vrai nom de Samuel a été changé afin de protéger sa famille 

Traduction : Marco Wolter

 

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