Un petit bateau navigue sur la Manche. Au loin, on distingue les falaises blanches de la côte britannique. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Un petit bateau navigue sur la Manche. Au loin, on distingue les falaises blanches de la côte britannique. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

La Manche a connu mardi sa plus grave tragédie après le naufrage d’une embarcation au large des côtes de Dunkerque. Pour l’heure, quatre migrants, dont deux enfants, sont décédés. Les recherches ont été arrêtées, sans aucun espoir de retrouver d’éventuels survivants. Quatorze rescapés sont en garde à vue pour identifier parmi eux d'éventuels passeurs.

Le bilan est dramatique : quatre personnes sont décédées, un homme, une femme et deux enfants de cinq ans et huit ans. Mardi 27 octobre, dans la matinée, une embarcation avec à son bord plus une vingtaine de migrants, a chaviré au large des côtes françaises, "à environ 3 km de la digue de Dunkerque", précise à InfoMigrants la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.

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Au lendemain de ce drame, les secours n'ont plus d'espoir de localiser d'éventuels autres naufragés. "L’arrêt des recherches a été prononcé hier (mardi 27 octobre) soir à 18h, à la nuit tombée", a indiqué la préfecture. "L’opération de secours avait été déclenchée à 10h du matin. Il n’y a plus aucune chance de retrouver des survivants". La survie en mer est en effet impossible au delà de quelques heures.

"L’eau est actuellement à 14 degrés, les rafales de vent soufflaient à 30 km/heure, malheureusement l’espérance de vie n’excède pas 6h dans ces conditions". 

Le bilan est encore incertain. Difficile de savoir combien de personnes se trouvaient sur l’embarcation. Quinze passagers ont été secourus, des hommes, des femmes et des enfants. Ils sont de nationalité iranienne, selon les premiers éléments, et ils ont été répartis dans les hôpitaux de Calais et de Dunkerque. Selon les témoignages de rescapés, un nourrisson pourrait avoir disparu.

Certaines déclarations font état de "22 personnes à bord au total, ce qui signifierait que trois personnes sont toujours manquantes, dont un enfant en bas âge", a déclaré le procureur de Dunkerque, estimant qu'il "pourrait s'agir du troisième enfant de la famille décédée".

Gardes à vue

Quatorze des rescapés "ont été ou sont en train d'être entendus", en garde à vue, afin d'identifier les éventuels trafiquants, a également indiqué le procureur.

"Il s'agit d'établir s'ils sont des victimes ou des passeurs (...) et d'identifier de possibles mis en cause, en particulier le conducteur de ce bateau", a-t-il poursuivi. 

Certaines gardes à vue vont être progressivement levées pour ne conserver que de potentiels suspects et "envisager jeudi un ou plusieurs déferrements".

"Le voilier anglais a pu secourir certains migrants à l'eau"

L’embarcation avait été signalée en train de se retourner et de couler vers 9h30, par gros temps, par un voilier anglais, le Marbuzet, déclenchant une vaste opération de recherches, qui a mobilisé six embarcations et trois moyens aériens. "Le Marbuzet a repéré le naufrage dans la matinée. Quand il s’est approché, des migrants étaient à l’eau. Le voilier a pu secourir certaines personnes. Il les a pris en charge en attendant les bâtiments de secours", a précisé la préfecture maritime.

Une enquête a été ouverte et confiée à la Police des frontières. 

La ministre britannique de l'Intérieur, Priti Patel a fait part de sa tristesse pour ce drame, qui met en "évidence les dangers" des traversées migratoires de la Manche. "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher des criminels sans scrupules d'exploiter des personnes vulnérables", a-t-elle ajouté.

Depuis plusieurs mois, les tentatives de traversées de la Manche sur des embarcations parfois très précaires se sont multipliées. Selon la préfecture maritime, trois décès avaient été comptabilisés jusqu'à ce jour en 2020, contre quatre en 2019. Le naufrage du 27 octobre porte donc à sept le nombre de personnes décédées lors d'une traversée irrégulière de la Manche cette année.

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Le 18 octobre, un homme avait été retrouvé mort sur une plage de Sangatte, vêtu d'un gilet de sauvetage. Deux mois plus tôt, un autre homme, avait lui aussi été découvert à Sangatte après le naufrage de son embarcation de fortune. Un troisième homme est décédé au mois de mai et avait été retrouvé près de l'écluse Carnot dans le port de Calais.

La trentaine de kilomètres qui séparent la côte d'Opale française des falaises calcaires de Douvres, visibles par temps clair sur la côte britannique, sont réputés comme l'une des voies maritimes les plus fréquentées et dangereuses au monde.

Pourtant, depuis 2018, les tentatives de traversée se multiplient. Entre le 1er janvier et le 31 août, 6 200 migrants - selon la préfecture maritime française de la Manche et de la mer du Nord - ont tenté leur chance, sur un bateau pneumatique pour les plus aisés, un paddle, un kayak ou une simple bouée pour les autres.

 

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