Des migrants épuisés après leur traversée de l'Atlantique. Crédit : Reuters
Des migrants épuisés après leur traversée de l'Atlantique. Crédit : Reuters

Un tribunal des Canaries a condamné mercredi un passeur marocain à huit ans de prison pour la mort en mai 2019 de deux femmes et d'un bébé dans le naufrage de l'embarcation qu'il conduisait. L'homme avait sauté à l'eau et nagé jusqu'au rivage abandonnant le bateau qui fonçait vers les rochers.

Agé de 29 ans, un passeur marocain, Abdallah Wazri, a été condamné mercredi 4 novembre à huit ans de prison et à une amende de 160 000 euros par un tribunal des Canaries, après le naufrage du bateau qu’il conduisait ayant entraîné la mort de trois personnes, deux femmes et un bébé d’un an. 

Le corps d’une des femmes décédées n’a jamais été retrouvé. 

L’accusé avait tenté de faire passer clandestinement ces migrants depuis les côtes nord-marocaines jusqu’aux îles Canaries au mois de mai 2019. Abdallah Wazri avait embarqué 30 personnes dans son bateau, qui mesurait 5,5 mètres de long et 2,5 mètres de large, pour un voyage de cinq jours.

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Ses passagers, originaires d'Afrique subsaharienne et d'Afrique du Nord, avaient dû débourser environ 1 000 € chacun. Le bateau a été jugé "fragile, instable et mal adapté au transport de tant de personnes sur une traversée de plusieurs jours" par le tribunal espagnol. Le passeur n’avait pas non plus suffisamment de gilets de sauvetage ni de provisions en quantité suffisante.

"Pas assez de vivres"

Selon le jugement, alors que le bateau s'approchait du port d'Arguineguín, à Grande Canarie, dans la nuit du 16 mai 2019, "le capitaine a effectué une manœuvre précipitée et risquée pour amener le bateau à terre. Cette action a provoqué une collision entre le navire et un rocher, et plusieurs personnes sont tombées à la mer".

Abdallah Wazri a sauté dans l'eau juste avant que le bateau ne heurte le rocher et a nagé jusqu'au rivage. Il a été arrêté dans la ville de Las Palmas à Grande Canarie deux semaines plus tard. Le tribunal a conclu que la manœuvre fatale du Marocain - "qu’elle ait été provoquée par la maladresse, la fatigue et/ou la précipitation" - avait entraîné la mort, par noyade, d’au moins deux personnes.

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Pendant le procès, les témoignages de certains survivants ont permis de décrire une traversée difficile dans des conditions atroces. "Presque tous les témoins ont raconté la même chose : un voyage durant lequel ils ont été entassés les uns sur les autres, incapables de se déplacer. Il n’y avait pas assez de vivres et les réserves de nourriture se sont vite épuisées", a-t-on entendu durant l'audience.

414 morts depuis le début de l'année

Aux Canaries toujours, un autre passeur a été placé en détention provisoire, jeudi 5 novembre. Il est accusé d'être responsable de la mort de 17 migrants, morts de faim et de soif, après avoir dérivés en mer pendant plusieurs jours. Les survivants avaient été secourus par un navire marchand, le 19 octobre. 

Un des survivants, un garçon de 17 ans, avait raconté au médecin qui le soignait la tragédie qu'il avait traversée : voir mourir 16 de ses 25 compagnons de bord, et assister à l'abandon de certains corps jetés par-dessus bord. La 17e victime est décédée à bord du navire marchand.

Depuis le début de l'année, 414 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée vers les Canaries, selon les chiffres de l'Organisation internationale des migrations (OIM), contre 210 pour toute l'année 2019.

 

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