Le camp "BMX" à Calais, en juillet 2019, après un démantèlement. Crédit: Mehdi Chebil / InfoMigrants
Le camp "BMX" à Calais, en juillet 2019, après un démantèlement. Crédit: Mehdi Chebil / InfoMigrants

Coups, gazage, tir de LBD au visage : dans une lettre ouverte, des migrants érythréens de Calais dénoncent l'intensification des violences policières à leur égard depuis le début du second confinement. La préfecture du Pas-de-Calais a demandé un rapport.

Un migrant grièvement blessé au visage par un tir de LBD; des CRS qui donnent des coups, qui accélèrent avec leurs fourgons comme pour écraser les migrants, qui les "gazent" quand ils les voient au bord des routes "juste pour s'amuser", ou même pendant leur sommeil... Voici des exemples du "déchaînement de violences policières" dénoncées par des migrants érythréens à Calais et perpétrées depuis le début du second confinement en France. 

Dans une lettre transmise, lundi 16 novembre, notamment au préfet du Pas-de-Calais et aux médias, ce groupe de migrants multiplie les appels à la justice et à l'aide.

"Les CRS font de nos vies un enfer. (...) [Ils] agissent parfois au-dessus de la loi, un pays démocratique ne peut pas être considéré comme tel s'il utilise la force physique de cette manière", écrivent-ils, dans un appel à dialoguer avec leurs donneurs d'ordres. "Dans ce pays de liberté et de démocratie, nos droits de l'Homme doivent être respectés", plaident-ils encore, invoquant "le droit de se défendre".

"Ils sont arrivés à un point d'exaspération"

Surnommé "la communauté érythréenne du lieu-dit BMX" en référence au campement qu'ils occupent à Calais, ce groupe de migrants est constitué d'environ 150 personnes, principalement des hommes seuls mais aussi des femmes. Depuis Calais, ils tentent inlassablement de rejoindre la Grande-Bretagne après avoir été, pour beaucoup, déboutés de leur demande d'asile dans d'autres pays européens.

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Human Rights Observers, ONG présente à Calais qui a relayé cette lettre ouverte, a précisé qu'une saisine de la Défenseure des Droits était "en cours". 

"Les migrants nous parlent tout le temps de ces violences et, depuis deux semaines, ils nous disent qu'ils n'en peuvent plus", commente Chloé Smidt, coordinatrice de Human Rights Observers, contactée par InfoMigrants. "Ils sont arrivés à un point d'exaspération."

Accusations "graves"

Cette intensification des actes violents qu'ils dénoncent a culminé lors de la journée du 11 novembre, au cours de laquelle un homme a été blessé par un tir de LBD. "Il a perdu beaucoup de sang", est-il précisé dans le communiqué. L'homme en question est toujours hospitalisé, tandis que six autres personnes ont été blessées, selon les Erythréens.

Interrogée par l'AFP sur ces accusations, la préfecture du Pas-de-Calais, qui les juge "graves", a pour sa part indiqué que le préfet avait "sollicité, comme à chaque mise en cause, le directeur départemental de la sécurité publique en lui demandant un rapport très précis sur les faits allégués".

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Concernant la journée du 11 novembre, la préfecture souligne que les CRS sécurisaient une intervention des pompiers portant assistance à un migrant blessé au cours d'une rixe quand ils ont été caillassés. 

"Pour rétablir le calme, les forces de l'ordre ont alors dû faire usage de plusieurs grenades lacrymogènes et de cinq tirs Lanceurs de Balles de Défense", rapporte-t-elle, soulignant que quatre policiers ont été blessés. Un seul migrant a été blessé dans ces événements, selon la préfecture. Une personne qui accompagnait le blessé a par ailleurs été interpellée et condamnée à sept mois de prison avec sursis.

Souvent faute d'argent pour payer un passeur vers l'Angleterre, les Erythréens figurent, aux côtés des Éthiopiens et Soudanais, parmi les migrants qui restent le plus longtemps à Calais.

 

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