Des policiers lors de l'évacuation du campement de Saint-Denis, le 17 novembre 2020. Crédit : REUTERS/Noemie Olive
Des policiers lors de l'évacuation du campement de Saint-Denis, le 17 novembre 2020. Crédit : REUTERS/Noemie Olive

À la suite du violent démantèlement d'un campement place de la République, des associations et ONG rappellent que les exilés sont régulièrement victimes de violences policières sur le territoire français. Un usage de la force à visée politique qui s'avère inutile sans véritable stratégie d'accueil.

Des policiers, matraque à la main, brutalisant et gazant des personnes migrantes venues s’installer sur la place de la République, à Paris, pour alerter l’opinion publique sur leur situation. Les images tournées lundi 23 novembre ont été diffusées par de nombreux médias français et étrangers et le comportement des policiers envers les exilés fermement dénoncé.

>> À (re)lire : "Un cap de violence a été franchi" : à Paris, un nouveau camp de migrants brutalement évacué

Pourtant, de la vallée de la Roya, dans le sud-est de la France, aux côtes de la Manche, les migrants sont régulièrement victimes de violences policières dans l’indifférence.

“À Calais, les violences et le harcèlement policier sont permanents. Plus de 1 000 personnes exilées survivent dans des campements précaires détruits toutes les 48 heures, avec la privation et confiscation des biens personnels, la restriction de l'accès à l’eau, la nourriture, et l’hygiène, la destruction de l'environnement pour empêcher une réinstallation des exilé·e·s”, écrivent dans un communiqué publié mardi soir les associations l'Auberge des Migrants, la Cabane juridique, Salam et Collective Aid.

Dans un autre communiqué, Médecins du monde, Médecins sans frontières, la Cimade, le Secours catholique et Amnesty international réclament "une politique alternative pour rompre avec ces violences et assurer la dignité de toute-s".

"Que ce soit en Ile-de-France, sur le littoral franco-britannique ou à la frontière franco-italienne, se constatent les mêmes brutalités et les mêmes atteintes aux droits fondamentaux des personnes", soulignent ces associations et ONG, appelant le gouvernement à "rompre avec ce cycle infernal d’évacuations et de reconstitution de campements qui perdurent depuis cinq ans".

"Opération de communication"

Les violences policières envers les migrants "sont devenues une norme dans la mesure où l’on fait de chacune de ces évacuations une opération de communication avant tout", analyse François Gemenne, chercheur spécialiste de la gouvernance des migrations, professeur à Sciences Po et à l’université de Liège et auteur du livre "On a tous un ami noir". Selon lui, le gouvernement "souhaite dissiper l’impression qu'[il] mènerait une politique laxiste de laisser faire des migrants".

>> À (re)lire : Camp de Saint-Denis : des associations dénoncent des violences policières lors du démantèlement

Symboles de "l’échec de la politique française d’asile et d’intégration", les camps de migrants concentrent à Calais et Grande-Synthe comme à Paris la plupart des cas de violences policières. À la frontière franco-italienne, elle prend plus la forme de traque et d’expulsions systématiques. Mais dans les deux cas, la même stratégie est à l’œuvre.

"On va tenter sans cesse de repousser les migrants hors de nos villes, de nos frontières, hors de nos champs de vision avec l’objectif de les rendre invisibles", affirme François Gemenne.

"La priorité première c’est l'accueil, mais nous sommes piégés dans l’absurdité du théorème de 'l’appel d’air' où le politique se fonde sur l’idée que si on accueille mieux, plus de gens vont venir alors qu’on sait que c’est faux."

À Paris, comme à Calais ou Grande-Synthe, des centaines de personnes dorment à la rue, faute d’hébergement. Régulièrement ces campements sont démantelés et certaines personnes migrantes hébergées pour quelques jours avant de revenir à la rue. Elles y retrouvent les exilés primo-arrivants ainsi que les dublinés.

Manque structurel de places d’hébergement

"C’est un problème de conceptualisation du dispositif d’accueil. À partir du moment où vous avez un des piliers d’une politique républicaine d’accueil qui vient à manquer, vous avez une énorme difficulté. Ces piliers, c’est héberger, contrôler, orienter, répartir, éloigner et intégrer", énumère Pierre Henry, président de France fraternité et ancien directeur général de France terre d’asile.

>> À (re)lire : Plus de 1 000 expulsions de lieux de vie informels en France : "Expulser pérennise la précarité"

"Si vous n'avez pas les capacités d’hébergement et que vous confiez à la police le soin de pallier cette insuffisance structurelle, vous ne pouvez arriver qu’à des violences et des dérapages", ajoute-t-il.

Opérations de communication du gouvernement, les démantèlements de campement réalisés par la police s’inscrivent alors dans "une logique où l’on va criminaliser la migration irrégulière comme s'il s’agissait d'un délit grave", avance François Gémenne.

Ainsi à Calais, les évacuations de campements s’accompagnent régulièrement de violences, de destructions des biens des personnes, voire d’interpellations. Le 16 novembre, une groupe d’exilés érythréens a fait parvenir une lettre à la presse ainsi qu’à la préfecture du Pas-de-Calais. Ils y accusaient des CRS de violences répétées, faisant de "[leur] vie un enfer".

 

Et aussi