Mi-novembre, un terrain de Fort Nieulay, entre Calais et Coquelles, avait été déboisé. Crédit : Human Rights Observers
Mi-novembre, un terrain de Fort Nieulay, entre Calais et Coquelles, avait été déboisé. Crédit : Human Rights Observers

Ces derniers mois, les opérations de déboisement s'intensifient sur les lieux de vie des migrants à Calais, dénoncent les associations. Une énième stratégie de dissuasion qui vise à empêcher ces personnes de se cacher.

À Calais, des opérations de déboisement n'en finissent pas de changer le visage de la ville. Dernièrement, le 1er décembre, le lieu de vie surnommé "Unicorn" et situé derrière l'hôpital du Virval, a été complètement déboisé à coups de tractopelle. Sur une vidéo publiée sur Instagram par l'association Calais Woodyard, qui aide les migrants en leur fournissant du bois pour se chauffer et cuisiner, on peut voir un terrain nu dont les arbres viennent d'être arrachés et en lisière duquel se trouvent quelques tentes.

"Ce terrain servait de maison à environ 150 personnes il y a seulement deux jours", a commenté l'association sous sa publication mercredi. "Aujourd'hui, il ne reste plus que 15 tentes."

Cette opération, menée par la mairie de Calais, sur ordre de l'État, précise-t-elle, est la dernière du genre en date. Mi-novembre, c'était le site de Fort Nieulay, entre Calais et Coquelles, qui était visé et partiellement rasé de sa végétation. "Il y avait eu jusqu'à 300-400 migrants sur ce lieu de vie", affirme François Guennoc, vice-président de l'Auberge des migrants. Fin octobre, c'était le tour du bois de Marck, commune à l'est de Calais. Et le 8 octobre, les tractopelles avaient fait leur œuvre devant l'hôpital, à l'endroit du campement surnommé "Hospital Jungle". Autant de bois, de haies, de bosquets, de broussailles dans lesquels les migrants ne pourront plus s'installer, faute de mieux.

"Les déboisements se sont intensifiés ces derniers mois en lien avec les grosses expulsions de camps en juillet. Des dizaines d'hectares ont été déboisés entre fin octobre et début décembre, ou plutôt massacrés à la broyeuse", poursuit François Guennoc. "Il est clair que l'objectif est de dégager les espaces pour que les gens ne puissent pas s'installer mais aussi s'abriter. C'est cruel", juge-t-il à propos de ces méthodes qui ont également fait bondir les militants écologistes.

"Dans les bois, les personnes pouvaient plus facilement se regrouper, ce qui est un atout"

Philippe Mignonet, adjoint à la mairie de Calais, chargé de la sécurité et de l’environnement, s'est de son côté justifié dans les colonnes du journal La Voix du Nord. "L’idée est d’éviter d’avoir des campements non visibles, comme c’était le cas, a-t-il expliqué. Mais ça va permettre aussi de préparer les futurs aménagements."

À Calais et dans ses environs, les bois sont des lieux de vie privilégiés des migrants, chassés du centre-ville par, notamment, un arrêté municipal interdisant les distributions de nourriture en leur faveur.

Ces bois - solutions de pis aller - ont différents avantages : les arbres peuvent quelque peu protéger des intempéries, nombreuses en cette saison, mais aussi des regards, explique Chloé Smidt-Nielsen, membre de Human Rights Observers. "Dans les bois, les personnes pouvaient plus facilement se regrouper, ce qui est un atout pour les exilés", commente-t-elle. "Nous avons en effet remarqué que les cas de violences policières qui nous sont rapportés sont souvent perpétrés sur des groupes isolés."

Des migrants dispersés

Désormais, "les vrais bois" se font donc rares à Calais, dit Chloé Smidt-Nielsen, qui constate que des méthodes similaires sont en vigueur à Grande-Synthe depuis des années. Outre les endroits concernés ces derniers mois par ces opérations, la zone dite des Dunes, qui abritait auparavant la majorité des migrants transitant par la ville, a elle été complètement clôturée cet été après avoir aussi vu sa végétation diminuer au cours des dernières années. Les migrants sont de fait dispersés.

>> À (re)lire : Reportage : à Calais, des associations rendent leur identité aux migrants décédés

"On estime le nombre [de personnes à la rue, ndlr] autour de 500-600", affirme de son côté François Guennoc. La préfecture du Pas-de-Calais, elle, parle de 1 030 personnes mises à l'abri depuis fin octobre, mais la moitié n'étaient déjà plus présentes dans les structures d'accueil à la date du 3 décembre.

"Ces migrants sont maintenant près du magasin Carrefour à Coquelles, le long de la côte ou encore en centre-ville." Dans la ville, ils prennent notamment refuge sous des ponts, sans accès donc aux distributions de nourriture interdites dans cette zone.

"Ils ont plus de mal à accéder aux services et nous, les associations, on a plus de mal à accéder à eux", déplore François Guennoc.

 

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