Plus de 7 300 personnes vivent dans le nouveau camp provisoire de Lesbos, dont plus de 1 200 familles. Crédit : DR
Plus de 7 300 personnes vivent dans le nouveau camp provisoire de Lesbos, dont plus de 1 200 familles. Crédit : DR

Dans ce lieu construit à la hâte après l’incendie du camp de Moria, en septembre dernier, des milliers de personnes vivent dans des conditions extrêmement précaires. L’arrivée de l’hiver va encore aggraver la situation.

Début octobre, c’était la pluie qui avait dévasté en partie le nouveau camp de migrants installé sur l’île grecque de Lesbos. Ces derniers jours, c’est le vent glacial qui fait souffrir les 7 300 personnes qui vivent ici sous des tentes, sans chauffage ni eau chaude. Parmi elles, se trouvent 1 210 familles, selon des chiffres du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

"Le vent est si fort qu’on ne peut pas dormir la nuit. Quand il souffle violemment, ma famille et moi devons tenir notre tente pour éviter qu’elle ne s’envole. Il y a quelques jours, le vent a emporté une tente et l’a envoyée dans la mer", raconte à InfoMigrants Mohammad, un Palestinien de Gaza de 27 ans, à Lesbos depuis 18 mois.

Les nuits sont d’autant plus compliquées dans le camp que les personnes migrantes ne disposent pas de matelas dans les tentes. Elles dorment à même le sol sur des bâches et couvertures, au contact du froid et de l’humidité.

Pour se protéger, Martin, un jeune Camerounais qui vit dans le camp depuis septembre après avoir passé plusieurs mois à Moria, multiplie les couches de vêtements. "Je dors parfois avec trois joggings, des paires de chaussettes, trois pull-overs, un blouson et des gants", énumère-t-il.

Champ de boue

Il n’a pas plu depuis plusieurs semaines à Lesbos mais tous les habitants du camp craignent le retour de la pluie. Sur ce terrain militaire situé en bord de mer, sans système d’évacuation de l’eau, ni drainage, les intempéries transforment en quelques minutes le camp en champ de boue.


Contacté par InfoMigrants, le HCR assure avoir déversé près de 2 000 mètres cubes de gravier pour améliorer le drainage du sol. Pour tenter de mettre les affaires des personnes à l’abri de l’humidité, des palettes de bois ont également été installées sous les tentes.

Mais tout cela ne règle pas la question du froid. Gholam Ataï, un Afghan de 27 ans, attend avec impatience le chauffage qu’on lui a promis. Ce père de deux petites filles et son épouse partagent une grande tente avec une autre famille. "Pour le moment, nous n’avons que deux prises, une pour la lumière, l’autre pour brancher un téléphone", explique-t-il.

En attendant un éventuel chauffage, certaines personnes allument des feux, avec les risques que cela implique. "Ils viennent ensuite nous voir avec des problèmes respiratoires", témoigne auprès de l’AFP un médecin du camp ayant requis l'anonymat.

"Nous restons parfois plusieurs jours sans nous laver"

L’accès à l'hygiène est aussi problématique. Pas assez nombreuses et loin des tentes, les douches sont désertées. Il faut dire qu’elles ne disposent pas d’eau chaude. Selon les témoignages de certains migrants, il faudrait même ramener ses bouteilles d’eau pour se laver.

Gholam Ataï et sa famille préfèrent faire chauffer de l’eau sur un petit feu à l’extérieur de leur tente, ils se lavent rapidement dehors puis rentrent se sécher dans la tente.


Des palettes de bois ont été installées dans les tentes pour tenter de protéger leurs occupants de l'humidité. Crédit : DR
Des palettes de bois ont été installées dans les tentes pour tenter de protéger leurs occupants de l'humidité. Crédit : DR


Interrogé sur une éventuelle amélioration des conditions d’hygiène du camp, Martin déplore qu’il n’y ait pas eu de changement. "Nous prenons nos douches à l’air libre et parfois même nous sommes obligés d’aller faire nos besoins en brousse pour éviter les maladies dans les toilettes mobiles. Vu que tout le monde s’y rend, c’est insalubre et très sale", affirme-t-il. Et d’ajouter : "Nous restons parfois plusieurs jours sans nous laver".

Quand les températures étaient encore clémentes, les habitants du camp se lavaient bien souvent dans la mer mais le climat actuel ne le permet plus.

"Je vis mon pire cauchemar"

En outre, parmi les conditions de vie extrêmement difficiles du camp, de nombreux résidents notent que le plus dur est l’inactivité. Lorsque le camp s’est installé, quelques animations étaient organisées pour les enfants, se souvient Gholam Ataï. Mais tout s’est arrêté avec le nouveau confinement décrété sur l’île en raison de la résurgence du Covid-19.

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Aujourd’hui, quelques cours sont parfois improvisés dans les tentes mais la plupart des demandeurs d’asile se consument d’ennui. À Lesbos, depuis un an, Abu Fadel, Syrien, se désespère de voir ses enfants ne pas aller à l’école. "Je suis en train de vivre mon pire cauchemar : voir mes enfants passer des jours et des mois à ne rien faire, comme si leur futur me glissait entre les doigts."

 

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