Les restes d'un naufrage en Méditerranée. Crédit : Reuters / Giorgos Moutafis
Les restes d'un naufrage en Méditerranée. Crédit : Reuters / Giorgos Moutafis

Sur les 11 premiers mois de l'année, environ 1 000 personnes ont perdu la vie en tentant de traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Un chiffre qui pourrait augmenter au cours du mois de décembre, la plupart des navires humanitaires sillonnant la zone de détresse au large de la Libye étant actuellement immobilisés.

La barre symbolique du millier de morts en Méditerranée est sur le point d'être franchie : selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), 995 personnes ont péri ou sont portées disparues après avoir tenté de rejoindre les côtes européennes à bord d'embarcations de fortune depuis le début de l'année. Parmi elles, 729 avaient emprunté la route de la Méditerranée centrale (principalement au départ de la Libye), 171 celle de la Méditerranée orientale et 95 celle de la Méditerranée occidentale.

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Un chiffre qui devrait continuer d'augmenter durant le mois de décembre car les traversées ne se sont pas interrompues malgré des conditions météo difficiles et l'absence de bateau humanitaire au large de la Libye. "On sait que lorsqu'il y a une fenêtre météo clémente, les départs augmentent. Mais on ne peut pas dire non plus qu'il n'y a aucun départ en hiver, loin de là", commente une porte-parole de SOS Méditerranée, jointe par InfoMigrants. "L'année dernière, la période de Noël avait été particulièrement chargée pour nous : l’Ocean Viking avait notamment porté secours à 162 personnes lors de deux opérations très difficiles le 20 décembre 2019", rappelle-t-elle.

La situation est d'autant plus frustrante pour les ONG d'aide aux migrants qu'aucun bateau humanitaire n'est actuellement présent dans la zone de détresse au large de la Libye. L'Ocean Viking est notamment immobilisé depuis quatre mois en Italie pour des raisons administratives. "C'est dur de ne pas pouvoir agir alors que la tragédie continue en Méditerranée", confie la porte-parole de SOS Méditerranée qui n'a, pour le moment, pas de visibilité sur le retour du navire en mer. Ce dernier doit rejoindre prochainement un chantier naval sicilien afin d'y subir les modifications exigées par les autorités italiennes pour reprendre ses missions de sauvetage.

En attendant, ce coup d'arrêt porté à l'activité des navires humanitaires ces derniers mois a permis, pour SOS Méditerranée, de démontrer une fois de plus que la théorie de l'appel d'air, selon laquelle les sauvetages réalisés par les ONG encouragent plus de migrants à prendre la mer, n'était pas avérée. "On a bien vu, au début de la pandémie en mars/avril, que les départs ont explosé alors que toutes les ONG étaient bloquées à terre à cause de la situation sanitaire", plaide la porte-parole de SOS Méditerranée. 

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Selon Vincent Cochetel, l'envoyé spécial pour la Méditerranée centrale de l'agence onusienne chargée des réfugiés (UNHCR), les départs des côtes libyennes ont augmenté de 290%, soit 6 629 tentatives entre janvier et fin avril 2020, comparé à la même période l'an dernier, et de 156% au départ de la Tunisie. "Qu'il y ait des bateaux ou pas en mer, ça n'a aucune influence sur les départs, cette période de coronavirus nous l'a amplement prouvé, alors qu'on a entendu dans les capitales européennes que c'était la présence d'ONG qui avait un effet magnétique sur les départs", expliquait-il déjà en mai dernier, ajoutant que "75% des migrants en Libye ont perdu leur travail depuis les mesures de confinement, ce qui peut pousser au désespoir."

Selon l'OIM, en 2019, au moins 1 885 personnes ont péri en Méditerranée ou ont été portées disparues. L'année précédente, elles étaient 2 299. "C'est vrai que le nombre de victimes est en diminution, mais le chiffre pour cette année reste impressionnant. Il n'y a pas de course au chiffre lorsqu'il s'agit de vies humaines. La Méditerranée demeure la route maritime migratoire la plus meurtrière au monde", conclut la porte-parole de SOS Méditerranée.

 

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