Des hommes observent des pêcheurs sur leurs pirogues, dans le port de Joal, au Sénégal, le 12 novembre 2020. Crédit : Reuters
Des hommes observent des pêcheurs sur leurs pirogues, dans le port de Joal, au Sénégal, le 12 novembre 2020. Crédit : Reuters

Un tribunal sénégalais a condamné le père de Doudou à deux ans de prison dont un mois ferme pour "mise en danger de la vie d'autrui". Ce jeune garçon est mort d'épuisement en mer alors qu’il tentait de rejoindre l’Europe. Deux autres pères de familles ont été condamnés à la même peine.

C’était un verdict très attendu au Sénégal où la mort du jeune Doudou en mer a déclenché une forte émotion. Le tribunal de grande instance de Mbour, à environ à 80 km au sud-est de Dakar, a condamné mardi 8 décembre à deux ans de prison, dont un mois ferme, le père de ce jeune homme d’une quinzaine d’années pour "mise en danger de la vie d'autrui". Deux autres pères de famille ont été condamnés pour le même motif. Leurs enfants sont, eux, revenus vivants de leur tentative de rejoindre l’archipel des Canaries via l’océan Atlantique.

Les trois hommes étaient également poursuivis pour "complicité de trafic de migrants" mais ils ont été "relaxés" pour ce chef d'inculpation, a déclaré à l'AFP l'avocat, Assane Dioma Ndiaye.

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Lors du procès le 1er décembre, le parquet avait requis contre eux une peine de deux ans de prison ferme, tandis que la défense avait plaidé la relaxe. Les trois prévenus, tous des pêcheurs, étaient incarcérés depuis leur arrestation début novembre à Mbour, une des plus importantes zones de pêche au Sénégal.

Le jeune Doudou a perdu la vie au moment où l'émigration clandestine et les pertes humaines qu'elle cause suscitent un vif émoi au Sénégal. Le pays connaît une forte hausse des départs en direction des îles Canaries depuis le début de l’année 2020.

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Doudou avait embarqué mi-octobre dans une pirogue, contre le versement par son père de 250.000 francs CFA (environ 380 euros) à un passeur qui devait l'emmener clandestinement en Espagne. Il avait pour destination finale l'Italie, où il comptait s'inscrire dans un centre de formation pour footballeurs, mais il est mort d'épuisement pendant la traversée.

"Je voulais lui ouvrir les portes du succès. Je l'ai amené voir les marabouts pour qu'ils prient pour lui. Si je savais qu'il allait y rester, je n'aurais jamais pris le risque. Je suis devant vous mais mon esprit n'est plus avec moi", a déclaré lors du procès son père, cité par un journal local.

Depuis le début de l'année, environ 17 000 migrants ont débarqué aux Canaries - contre près de 3 000 en 2019. Selon les chiffres de l'Organisation internationale des migrations (OIM), environ 500 personnes sont mortes en 2020 en tentant d'atteindre les Canaries, mais les ONG redoutent que ce chiffre ne soit en réalité plus élevé. 

 

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