Mohamed-Nour Hayed, en novembre, en banlieue parisienne. Crédit : InfoMigrants
Mohamed-Nour Hayed, en novembre, en banlieue parisienne. Crédit : InfoMigrants

Mohamed-Nour Hayed, 18 ans, est syrien, réfugié en France depuis six ans. Ambitieux et déterminé, l'étudiant explique s'être nourri de son expérience en Syrie pour développer ses projets d'avenir.

À l'écouter, Mohamed-Nour Hayed semble déjà avoir eu plusieurs vies. L'une en banlieue d'Alep, en Syrie, où, enfant, il trépignait d'impatience les vendredis, jours des manifestations anti-Bachar al-Assad dans lesquelles il chantait, perché sur les épaules de son père. L'autre, à Paris en France, où il est un étudiant sérieux et brillant, fondu dans le moule des écoles prestigieuses. Entre les deux, l'exil a modifié Mohamed-Nour.

Il a changé de langue, d'habitudes et revu ses projets d'avenir. "Je suis beaucoup plus à l'aise en français qu'en arabe maintenant", dit l'adolescent de 18 ans, l'air sérieux, habillé sur son 31 avec un gilet de costume et une chemise en ce jour de novembre. "Je ne veux plus être médecin, le métier que je voulais faire quand j'étais petit, ajoute-t-il. Maintenant, je veux travailler dans la diplomatie internationale. Je veux rendre compte de la souffrance humaine et aider à résoudre les conflits dans le monde."

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Des conflits comme celui qui a bouleversé son pays. Mohamed-Nour avait neuf ans quand la guerre en Syrie a éclaté. Pendant les trois années qui ont suivi, le petit garçon n'aura pu aller à l'école que de manière irrégulière. "Mon père et ma belle-mère me faisaient un peu l'école à la maison", se souvient le jeune réfugié.

"Les jours où il n'y avait pas de manifestation, j'étais déçu"

De ces années, il évoque des souvenirs malgré tout positifs, avec l'enthousiasme dont il ne se départit pas. "À neuf ans, j'ai écrit des paroles de chansons qui reprenaient les musiques populaires de la révolution, raconte-t-il. Je les ai chantées à la maison et mon père, qui était un activiste très actif dans les mouvements anti-Assad, m'a dit : 'Il faut que tu chantes ça pendant les manifestations!'"

Réticent au début, le petit Mohamed-Nour avait finalement pris goût à cette activité hebdomadaire, comme il semble prendre goût à tout ce qu'il essaie. "Le vendredi, j'attendais sur le parvis de la grande mosquée d'Alep que la manif commence. Les jours où il n'y en avait pas, j'étais déçu."


Le côté enthousiasmant - aux yeux de l'enfant - de la protestation s'est toutefois arrêté brutalement lorsque son père s'est retrouvé visé par les islamistes de Daech puis d'al-Qaïda. "La situation était devenue invivable. On savait qu'il n'y avait plus d'avenir pour nous là-bas", explique le jeune homme. Le départ de Syrie est alors organisé via la Turquie où la famille Hayed demande un visa pour la France, pays où le père a des connaissances. 

"Je veux me prouver à moi-même ce dont je suis capable"

Les Hayed, réfugiés, vivent dans l'Essonne, en région parisienne depuis 2014. À son arrivée, Mohamed-Nour est frappé par le bruit venu du ciel. "On était à Palaiseau, juste à côté de l'aéroport d'Orly. C'était dur d'entendre les avions passer, surtout la nuit, ça me rappelait les bombardements en Syrie et les avions de chasse qui circulaient là-bas", se rappelle-t-il. "En Syrie, quand un de ces avions arrivait, il fallait éteindre toutes les lumières, ou les phares de la voiture si on était sur la route. Il a fallu du temps, en France, pour que mon cerveau comprenne que je n'étais plus en danger."

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À 12 ans, Mohamed-Nour a pu reprendre une scolarité normale, après avoir passé six mois dans un dispositif UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) dont le but est de favoriser l'inclusion des élèves étrangers dans des classes ordinaires. Ses progrès sont ensuite rapides. Il apprend le français, se remet à niveau dans les autres matières et quelques années plus tard, empoche son bac général, mention très bien avec 19,94 de moyenne.

"J'ai toujours été ambitieux mais l'exil a amplifié cela", souffle le jeune garçon d'une voix douce. "J'ai des choses à rendre à la France qui m'a accueilli, mais je n'ai rien à prouver aux autres en tant que réfugié. C'est plutôt à moi-même que je veux prouver ce dont je suis capable."

Continuer "la lutte pour les droits de l'Homme"

De la bouche de son ancienne professeure d'histoire-géographie, Mohamed-Nour est un élève rare, de ceux qui marquent une carrière d'enseignant. Lui ne vise que le meilleur. En septembre, il a intégré un cursus d'études supérieures pluridisciplinaires dont la première année se déroule dans l'enceinte du lycée Henri IV à Paris, l'un des meilleurs établissements scolaires de France. "J'aime particulièrement la sociologie et l'histoire. J'adore comprendre la société", précise celui qui dit se sentir très concerné par la France. Et inquiet par l'actualité récente.

"Ce qui se passe ici, avec les violences policières, c'est inadmissible en termes de démocratie", commente-t-il, indiquant continuer "la lutte pour les droits de l'Homme", qu'il avait appris à mener en Syrie.

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Concernant le pays où il est né, Mohamed-Nour Hayed n'a par ailleurs jamais cessé d'y penser. En juin, il a écrit et publié en auto-édition, un livre semi-autobiographique, "Ryässe ou le peuple oublié", consacré à la Syrie. "Ce livre, c'est en quelque sorte mon récit de ce qu'il s'est passé, ma contribution à la révolution."

 

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