Des réfugiés attendent de pouvoir s'enregistrer auprès des autorités allemandes. Photo d'archive. Reuters/F.Bensch
Des réfugiés attendent de pouvoir s'enregistrer auprès des autorités allemandes. Photo d'archive. Reuters/F.Bensch

C’est une première en Allemagne. Berlin devrait autoriser les renvois dans leur pays de Syriens identifiés comme des "militants islamistes", à partir du mois de janvier. Les partis allemands de gauche et les associations crient au scandale. Dans la pratique, ces expulsions au cas par cas seront toutefois difficiles à mettre en oeuvre.

C’est une première dans un pays qui avait suspendu les expulsions de Syriens en raison de la sanglante guerre qui y sévit. À partir du mois de janvier 2021, les autorités allemandes devraient autoriser les renvois dans leur pays "au cas par cas" de Syriens considérés comme dangereux. 

Cette décision serait inédite dans un pays qui a ouvert ses portes à quelque 800 000 Syriens ces dix dernières années. L’Allemagne compte aujourd’hui la plus importante communauté syrienne en Europe.

Même si cette décision pourrait ne concerner au final que quelques dizaines de personnes - des Syriens considérés comme appartenant à des mouvances islamistes - un tabou serait brisé en Allemagne.

Expulser "au cas par cas"

"Quiconque commet des crimes graves ou poursuit des intentions terroristes afin de causer de graves dommages à notre État et à notre population doit quitter notre pays", a affirmé lors d'une conférence de presse Hans-Georg Engelke, secrétaire d'État au ministère de l'Intérieur.

Le ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, a estimé que des solutions au "cas par cas" devaient être trouvées. "Au lieu d'avoir une interdiction générale d'expulsion, il doit être possible à l'avenir d'examiner au cas par cas la possibilité d'expulsion pour les criminels et les personnes considérées comme dangereuses", a-t-il estimé.

"On ne va pas larguer ces personnes en parachute au-dessus de la Syrie"

Au total, ces expulsions pourraient toucher 90 Syriens fichés pour leur militantisme islamiste, selon les médias allemands. Le ministre Seehofer entend ainsi envoyer un message fort aux "délinquants" en leur montrant qu’ils peuvent perdre leur titre de séjour et leur droit de rester sur le sol allemand. 

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Dans la pratique, toutefois, ces expulsions risquent d'être très difficiles à mettre en oeuvre dans la mesure où l'Allemagne n'a plus de relations diplomatiques avec le régime syrien. "On ne peut pas larguer ces personnes en parachute au-dessus de la Syrie", a estimé le ministre social-démocrate de Thuringe, Georg Maier. 

Pour renvoyer un ressortissant vers son pays natal, le pays d’accueil doit obtenir l’accord du pays d’origine. Sans interlocuteur à Damas, l'Allemagne est dans l'impasse.

"Absence incroyable de responsabilités"

Les partis de gauche allemands et les associations de soutien aux migrants s’opposent à de telles expulsions. Un responsable du parti écologiste, Claudia Roth, a dénoncé un "scandale" et "une absence incroyable de sens des responsabilités". La gauche radicale a, elle, parlé d'une "campagne d'intimidation contre les réfugiés" pour donner des gages à l'extrême droite anti-migrants dans le pays.

Le débat sur les renvois vers la Syrie a été relancé en novembre à la suite notamment de l'assassinat à l'arme blanche d'un touriste en pleine rue à Dresde par un jeune réfugié syrien proche de la mouvance islamiste.

Des expulsions vers l'Afghanistan déjà en pratique

L'Allemagne procède déjà régulièrement, et depuis 2016, à des expulsions qui font débat : des renvois d'Afghans déboutés du droit d'asile. L'Allemagne argue du fait que certaines régions d'Afghanistan sont sûres. Ces expulsions ont toutefois été suspendues au printemps en raison de l’épidémie de coronavirus. 

Le dernier vol charter transportant des demandeurs d’asile déboutés vers Kaboul date du 12 mars. En tout, 907 hommes ont été renvoyés vers l’Afghanistan depuis 2016 malgré le niveau d’insécurité qui règne dans ce pays en proie aux violences et aux attentats quotidiens.

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