Des militants de Génération identitaire patrouillant de nuit sur le col de l'Échelle, dans les Alpes. Crédit : capture d'écran Facebook
Des militants de Génération identitaire patrouillant de nuit sur le col de l'Échelle, dans les Alpes. Crédit : capture d'écran Facebook

Trois cadres du groupuscule d'extrême droite Génération identitaire ont été relaxés mercredi 16 décembre par la cour d'appel de Grenoble, dans l'affaire des opérations anti-migrants menées en 2018 dans les Alpes, à la frontière franco-italienne. Les avocats de l'association "Tous migrants" ont fait part de "leur totale incompréhension face à une telle décision".

"Victoire totale ! Relaxe !". Damien Rieu du groupuscule d’extrême-droite Génération identitaire (GI) s’est réjoui mercredi du jugement de la cour d’appel de Grenoble qui l’a relaxé ainsi que deux autres cadres du mouvement extrémiste. La justice leur reprochait d’avoir "exercé une activité dans des conditions créant la confusion avec une fonction publique", alors qu’ils menaient une opération anti-migrants dans les Alpes à la frontière franco-italienne.

En première instance, en août 2019, Clément Gandelon (dit Galan), Romain Espino et Damien Lefèvre (dit Rieu) avaient été condamnés à six mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Gap. Leur organisation avait écopé de 75 000 euros d’amende.

En audience d'appel en octobre 2020, de la prison avec sursis avait été requise, avec maintien de l'amende.

Des actions "pas constitutives d’actes répréhensibles"

Au printemps 2018, au col de l’Échelle près de Briançon, des militants de Génération identitaire vêtus de doudounes bleues ressemblant à celles de gendarmes avaient multiplié les démonstrations d’hostilité aux migrants à la frontière franco-italienne : patrouilles de nuit et déploiement d’une chaîne humaine très médiatisée sous la bannière "Defend Europe".

Dans son arrêt de relaxe, que l'AFP a pu consulter, la cour d'appel estime que cette chaîne humaine était une action "purement de propagande politique", "à visée médiatique" et "annoncée comme telle". Elle n'était donc pas "de nature à créer une confusion dans l'esprit du public avec l'exercice des forces de l'ordre".

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Quant aux patrouilles nocturnes, "quel que puisse être le regard porté sur de tels agissements, ceux-ci ne sont pas pour autant constitutifs d'actes répréhensibles", fait valoir la cour. Elle relève en effet qu'"aucun membre des forces de l'ordre interrogé" pendant l'enquête "n'a indiqué que ces patrouilles avaient contrôlé, retenu ou empêché de passer les migrants repérés".

Ces derniers avaient été signalés par Génération identitaire à la police aux frontières (PAF) et parfois accompagnés jusqu'à ses locaux. "Aucun des migrants auditionnés n'avait indiqué avoir confondu ces individus avec les forces de l'ordre alors même qu'il s'agissait de personnes en détresse, affaiblies, maîtrisant peu ou pas le français", ajoute la cour.

"Totale incompréhension"

Les réactions suite à ce jugement ne se sont pas faites attendre. L’avocat de Clément Gandelon et de Romain Espino s’est dit "extrêmement satisfait de cette décision". "C’est une victoire du droit, là où on, avait eu une décision évidemment politique en première instance", a déclaré Me Pierre-Vincent Lambert.

Du côté des associations en revanche, on est "stupéfait". Et ce, "d'autant plus que certains de nos bénévoles ont été condamnés et d'autres sont poursuivis pour l'aide qu'ils apportent aux exilés", a rappelé Agnès Antoine, vice-présidente de l'association Tous Migrants.

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Les avocats de l'association (qui n'avait pu se porter partie civile car n'ayant pas cinq ans d'existence) ont fait part de "leur totale incompréhension face à une telle décision, qui potentialise le risque que des milices viennent imposer leur loi à la frontière en violation des droits fondamentaux des personnes exilées".

"Il s'agit d'un message de très mauvais augure pour tous ceux qui militent pour les droits fondamentaux, en plus de créer un deux poids deux mesures par rapport à la criminalisation des maraudeurs" (les militants venant à l'aide des plus démunis), écrivent Me William Bourdon et Vincent Brengarth.

 

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