Achraf (à gauche) et Moustapha, deux générations de migrants marocains. Crédit : InfoMigrants
Achraf (à gauche) et Moustapha, deux générations de migrants marocains. Crédit : InfoMigrants

Moustapha s’est installé aux Îles Canaries en 2006, lors de la précédente vague d’arrivées massives de migrants. Il s’est lié d’amitié avec un jeune compatriote marocain venu par bateau en novembre.

Achraf est fan du Raja de Casablanca, l’un des deux clubs de football de la capitale économique du Maroc. L’autre club de la ville est le Wydad. Les derbies entre les verts et rouges sont généralement électriques et chaque Casaoui doit alors choisir son camp. 

Si l’on en vient à parler de football, c’est parce que Achraf veut se rendre à Milan, en Italie. Là-bas aussi il existe un derby, l’un des plus connus dans le monde du football, celui entre l’Inter de Milan et le Milan AC. Achraf ne sait pas encore lequel des deux clubs il va supporter lorsqu’il atteindra son objectif.

Car le jeune homme de 25 ans, coupe iroquoise et habits sportifs, veut aller vivre à Milan. Il dit avoir de la famille dans cette ville du nord de l’Italie. Achraf sort fièrement son passeport marocain et se dit confiant quant à ses chances d’arriver dans ce pays et de pouvoir rester en Europe. 

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Assis à côté de lui, Moustapha s’allume une nouvelle cigarette. La troisième depuis le début de la conversation. Il a la soixantaine et dit vivre ici depuis 14 ans. Les deux hommes sont attablés à la terrasse d'un café à Puerto Rico, l’un des haut lieu du tourisme balnéaire de l’Île de Grande Canarie. 

"Je suis venu une première fois en Espagne en 1990 sur un petit bateau de trois mètres", se souvient Moustapha, qui mélange le français, l’espagnol et l’arabe. "On a fait Tanger-Tarifa [sur la péninsule espagnole, ndlr]. Puis j’ai habité quelques temps à La Haye, aux Pays-Bas. Mais ensuite, la police hollandaise m’a renvoyé au Maroc", explique-t-il.

"On n’a pas de travail"

Après la route de la Méditerranée, Moustafa a retenté sa chance des années plus tard pour rejoindre une partie de sa famille aux Canaries. Mais en 2006, ce n’est pas sur un bateau de trois mètres qu’il a fait la traversée de l’Atlantique. "Je suis venu par avion avec un visa", assure-t-il. 

"Actuellement, je travaille dans un restaurant, mais en ce moment, on n’a pas de travail. Cela fait neuf mois qu’on ne travaille pas." Sans touristes à cause du coronavirus, l’économie des Îles Canaries tourne effectivement au ralenti. 

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Comme beaucoup d’Espagnols, Moustafa est au chômage technique dans le cadre du dispositif ERTE, par lequel le gouvernement espagnol lui verse 70% de son salaire le temps de la crise.

Moustapha explique avoir rencontré Achraf dans le centre commercial qui se trouve à quelques centaines de mètres du café. "Il ne parle pas l’espagnol, alors je l’ai aidé à faire ses courses, à acheter des habits. Ça me fait plaisir."

Vidéo de la traversée 

Achraf est originaire de Beni Mellal, une ville de 200 000 habitants dans le centre du Maroc. Il est arrivé début novembre par bateau comme plus de 20 000 autres migrants cette année.

Pour nous raconter son voyage, le Marocain sort son smartphone pour nous montrer la vidéo de sa traversée. On y voit une dizaine de personnes assises dans une petite embarcation. La mer semble calme, personne ne parle, plusieurs passagers sont entrain de regarder leur téléphone ou de filmer elles aussi. Parti de la ville côtière de Dakhla, dans le Sahara, le voyage a duré deux jours et demi.

"C’est très dangereux, il faut rester au Maroc", commente Moustapha en voyant la vidéo.

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Il estime que ce n’est pas comme en 2006, lorsque quelque 30 000 migrants avaient débarqué dans l’archipel. Avec la crise économique aux Canaries "c’est très difficile pour les jeunes maintenant", signale Moustapha.

"Ils sont sans passeport, sans-papiers, certains sont bloqués ici. Il faut trouver une solution. Que ce soit de les faire retourner au Maroc, de leur donner des papiers ou de leur proposer d’autres pays."

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale des migrations, les Marocains représentent la plus grande part - soit plus d’un tiers - des arrivées aux Canaries.

 

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