Un soldat patrouillant le long de la frontière italienne (image d'archive). Crédit : Ansa
Un soldat patrouillant le long de la frontière italienne (image d'archive). Crédit : Ansa

Les autorités italiennes auraient privé des migrants de leur droit à demander l'asile. Plus largement, des ONG rapportent régulièrement des cas de refoulements, parfois violents, dans la région des Balkans.

De nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme affirment que les migrants illégalement refoulés de l’Italie vers la Slovénie – un pays membre de l’Union européenne (UE) – courent le risque d’être ensuite repoussés vers la Croatie et jusqu’en Bosnie-Herzégovine, qui n’est pas membre de l’UE.

Dans certains cas, ces pratiques interdites par le droit international sont accompagnées d’abus et de violence. De plus, de potentiels demandeurs d’asile se voient privés de leur droit de demander une protection internationale en Italie. Ces méthodes sont également prohibées par le droit européen.

L’Italie dit opérer dans la légalité

La ministre italienne de l’Intérieur Luciana Lamorgese a affirmé en juillet dernier que les "retours" vers la Slovénie n’avaient eu lieu qu’occasionnellement et se sont faits dans le cadre d’un accord conclu entre Rome et Ljubljana. 

De plus, ajoute la ministre, ces renvois ont uniquement concerné des migrants sans-papiers et des migrants non éligibles à l'asile. Les autorités locales italiennes ont également assuré que ces retours se faisaient en respect de la loi et qu’ils n’impliquaient pas de personnes vulnérables comme "les mineurs non accompagnés, les femmes enceintes et de manière générale toute personne ayant besoin de soins médicaux." 

>> À (re)lire : Frontière franco-italienne : "On refoule des gens au mépris de la demande d'asile"

"Pour respecter toutes les circonstances personnelles d’un migrant, nous menons des entretiens avec un interprète, et on distribue des brochures en plusieurs langues", a déclaré un porte-parole de la police aux frontières à l'agence d'informations The New humanitarian.


Des contrôles sont également menés avec des chiens renifleurs à la frontière entre l’Italie et la Slovénie, juillet 2020. Crédit : Ansa
Des contrôles sont également menés avec des chiens renifleurs à la frontière entre l’Italie et la Slovénie, juillet 2020. Crédit : Ansa


Non-respect des procédures

Mais selon Gianfranco Schiavone, un expert juridique de l’ASGI, une ONG italienne spécialisée dans l’assistance juridique aux migrants, des personnes "disparaissent en Italie et réapparaissent deux jours plus tard en Bosnie". Il explique également dans The New humanitarian que ces pratiques de renvoi semblent être menées de façon informelle et sans distinction entre les nationalités. "Ils ont refoulé des Afghans, des Syriens, des personnes venant d’Irak, dont des gens qui ont clairement besoin d’une protection", raconte Gianfranco Schiavone. 

D’autres ONG soulignent que ces renvois ont été menés dans une telle hâte qu’il aurait été impossible pour les autorités de garantir une procédure juste et de réellement pouvoir évaluer la légitimité d’une demande d’asile.

Le gouverneur de la province de Frioul-Vénétie julienne qui borde la Slovénie a affirmé que 1 321 personnes ont été reconduites en Slovénie cette année, malgré les mesures de confinement très strictes imposées pendant la première vague de la pandémie de coronavirus au printemps. En 2019, le nombre de renvois officiels était de seulement 250, d’après le ministère italien de l’Intérieur. La majorité des personnes forcées à retourner en Slovénie seraient arrivées en Italie à la fin du printemps, immédiatement après la levée des restrictions sanitaires.


Des migrants dormant à côte de la station de train de Trieste, 25 août 2020. Crédit : Ansa
Des migrants dormant à côte de la station de train de Trieste, 25 août 2020. Crédit : Ansa


Des frontières fortifiées

Depuis des années les Balkans sont devenus un important goulot d’étranglement de la route migratoire vers l’Europe, notamment depuis que plusieurs pays membres de l’UE comme la Hongrie et la Croatie ont fortifié leurs frontières extérieures, conduisant de nombreux migrants à rester bloqués pendant des mois, voire même des années, en Bosnie.

Pendant ce temps, comme d’autres pays européens, l’Italie a envoyé l’armée à ses frontières afin de gérer le flux d’arrivées de migrants. Alors que seulement une personne sur sept rejoint l’Italie par les frontières terrestres du pays, la gestion de ces arrivées semble pourtant plus simple que celles par la mer Méditerranée. 

En tout, 28 000 personnes sont arrivées par la mer cette année, alors que 4 500 sont officiellement passées par la frontière avec la Slovénie. Les chiffres des passages terrestres sont cependant plus difficiles à comptabiliser. Les passeurs peuvent conseiller aux migrants de passer la frontière clandestinement et de ne pas s’enregistrer auprès des autorités si leur objectif est d’atteindre un autre pays européen pour y déposer une demande d’asile.

Cette clandestinité peut conduire à des conditions de vie d’autant plus difficiles qu’elle prive des migrants de toute aide sociale de la part du gouvernement italien. De nombreuses personnes ne peuvent donc que compter sur l’aide d’organisations caritatives.


Ces personnes ont été refoulées des camps de migrants dans la région de Krajina, près de la frontière croate. Crédit : Picture alliance
Ces personnes ont été refoulées des camps de migrants dans la région de Krajina, près de la frontière croate. Crédit : Picture alliance


Trois semaines dans la montagne

Les informations sur ces refoulement illégaux interviennent alors que d’autres pays de l’UE sont accusés de repousser des migrants par la force. La Grèce et la Turquie se rejettent les accusations autour d’incidents en mer Egée. La Commission européenne a elle-même exprimé son inquiétude.

Cela conduit de nombreux migrants à se retrouver régulièrement renvoyés à leur point de départ, à savoir la Turquie ou la Bosnie. Dans le même temps, le gouvernement bosniaque se dit dépassé par la situation. Selon l’Organisation mondiale pour les migrations (OIM), 22 000 migrants et réfugiés sont ainsi actuellement bloqués sur le route des Balkans.

Ceux qui se trouvent en Bosnie tentent alors de rejoindre la Croatie, où la police croate est accusée de pratiques violentes.

Ainsi, la ville bosniaque de Bihac est un carrefour important ou des migrants attendent l’opportunité de poursuivre leur route vers l’Ouest. A en croire The New Humanitarian, les personnes qui parviennent à traverser la frontière illégalement passent ensuite jusqu’à trois semaines dans les montagnes en Croatie et en Slovénie afin de rejoindre l’Italie, malgré les risques de faim et de déshydratation.

Cet article est notamment basé sur un reportage de Ylenia Gostoli pour The New Humanitarian.

Traduction : Marco Wolter

 

Et aussi