Le 26 novembre 2020, plus de 400 migrants ont passé la frontière nigérienne. Crédit : OIM Niger
Le 26 novembre 2020, plus de 400 migrants ont passé la frontière nigérienne. Crédit : OIM Niger

L’Organisation internationale des migrations (OIM) a lancé un appel de fonds de 100 millions d’euros pour continuer à financer la protection de migrants dans leur périple vers l’Europe. Faute de nouvel accord signé avec l'Union européenne, certaines opérations essentielles de l’OIM comme les opérations de recherches de migrants perdus dans le désert ou encore le fonctionnement des centres de transit aux frontières maliennes et nigériennes sont menacées.

Le message du communiqué de l’Organisation internationale des migrations (OIM) est clair : trouver 100 millions d'euros pour continuer à financer les opérations liées à la protection des migrants sur leur route vers l’Europe, notamment en Afrique de l’Ouest et du Nord, sont menacées. 

Cet appel de fonds a été lancé le 14 décembre à quelques jours de l'expiration d'un partenariat financier de 4 ans entre l'Union européenne (UE) et l'OIM. Il n'a pas, pour l'heure, été renouvelé. "La fin imminente [de ce partenariat financier lancé en 2016, ndlr] soulève de profondes inquiétudes quant au sort de dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants vulnérables", peut-on lire dans le communiqué. En d'autres termes : la vie de ces migrants en route vers l'Europe est en jeu. 

Recherche de migrants dans le désert, aides médicales et alimentaires...

En quatre ans, les fonds récoltés par l’OIM ont en effet permis de financer les opérations de recherche de migrants perdus dans le désert du Sahara entre le Niger et la Libye, de sécuriser les parcours migratoires pour éviter aux migrants de tomber entre les mains de réseaux criminels.

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L’argent permettait aussi d’assurer une aide humanitaire (médicale, alimentaire, psychologique) dans les centres de transit de l’ONU, de financer des "retours volontaires", ou encore d’aider à une réintégration des migrants dans leur milieu social et communautaire quand ils décident de rentrer.

"Tenir jusqu'à la fin de 2021"

Sans financement renouvelé, "nous risquons de suspendre certaines de nos activités", explique à InfoMigrants Michele Bombassei, le responsable régional de l’OIM pour l'assistance et la protection des migrants en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. "Dans l'attente d'un nouveau partenariat, 100 millions d'euros devraient nous aider à tenir jusqu'à la fin 2021".

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Et les peurs liées à un manque de fonds sont grandes. "Nous ne pouvons pas par exemple renoncer à nos recherches de migrants abandonnés par les passeurs dans le désert. Ils risqueraient de mourir", développe Michele Bombassei. "Nous devons également assurer la pérennité de nos centres de transit, au Mali, au Niger" qui servent de base de repos aux migrants qui cherchent à rejoindre l’Europe ou, au contraire, à rebrousser chemin.

"Comment fera un migrant pour trouver de l'aide médicale ?"

De nombreux migrants refoulés et repoussés dans le désert du Sahara (par les autorités algériennes notamment) arrivent souvent exténués et dénutris dans les centres de transit de l’OIM installés aux frontières sud du Sahel, le long des principales routes migratoires. 

Michele Bombassei craint pour la santé physique et psychologique de ces migrants. "Imaginez un migrant qui s’échappe de Libye, qui arrive en Algérie, qui atteint ensuite la frontière (nigérienne). Sans la présence des centres d’aide de l’OIM à cet endroit, il n’aura aucune assistance, il traversera des villages, mais comment fera-t-il pour recevoir une aide médicale par exemple ?"

"Nous avons pris des engagements financiers vis-à-vis des migrants"

L’aide financière de l’Union européenne aide aussi l’ONU dans ses programmes de réinsertion. "Nous offrons une assistance au migrants qui décident de rentrer chez eux. Nous les aidons dans leur projet économique de réintégration. Nous avons pris des engagements financiers vis-à-vis d’eux. Et ces engagements, il faut que nous les honorions", développe encore le responsable de l’OIM qui insiste sur l’aspect "essentiel" de cet accompagnement.

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"Nous consacrons une part importante du budget de l’UE a la sensibilisation. Ce n’est pas évident pour les hommes qui rentrent au pays de faire face à leurs familles. La pression sociale qu’ils portent sur leurs épaules est énorme. Beaucoup sont rejetés parce qu’ils ont échoué dans leur route vers l’Europe". 

Sauver des vies

Depuis le lancement de cette "initiative UE-OIM" en 2016, plus de 84 000 migrants ont pu rentrer dans leur pays d'origine, 97 000 autres ont bénéficié d'un accueil et d'une aide à la réintégration après leur retour chez eux, et plus de 25 000 personnes en détresse ont été assistées grâce aux opérations de recherche et de sauvetage menées par l'OIM dans le désert du Sahara. 

L’organisation estime ainsi avoir "sauvé des vies et offert aux migrants des alternatives sûres et dignes".

Lancée en décembre 2016, dans le cadre du Fonds d’affectation spéciale d’urgence de l’UE pour l’Afrique, l’initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants rassemble aussi 26 pays africains autour d’un objectif commun : faire en sorte que les migrations soient plus sûres, mieux informées et mieux gérées, tant pour les migrants et leurs communautés que pour les pays d’accueil.

 

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