Des migrants près de l'autoroute qui mène au tunnel sous la Manche. Crédit : Reuters
Des migrants près de l'autoroute qui mène au tunnel sous la Manche. Crédit : Reuters

À l'approche du Brexit, les tensions s'accentuent près de l'entrée du tunnel sous la Manche, sur l'autoroute A6, à Calais. Les associations dénoncent un "déchaînement de violences" des forces de l'ordre contre les migrants qui tentent de monter dans les camions. De leur côté, les autorités accusent les exilés de violences envers la police et les chauffeurs poids-lourds.

La situation est explosive à Calais, à proximité de l'entrée du tunnel sous la Manche. L'imminence du Brexit et la crainte de la mise en place de droits de douane pour les chauffeurs poids-lourds engendrent des embouteillages monstres au niveau de la frontière franco-britannique.

Les chauffeurs doivent patienter des heures avant d'embarquer sur un ferry ou une navette pour rejoindre le Royaume-Uni. "C'est infernal. Depuis deux mois, il faut attendre plus de six heures pour traverser la Manche. Je n'en peux plus", explique un chauffeur routier anglais au quotidien Bien public

Avec ces files d'attente à rallonge, et des camions à l'arrêt sur l'autoroute A6, les migrants sont de plus en plus nombreux à tenter de monter dans les véhicules.

Des centaines d'exilés essayent ainsi quotidiennement d'ouvrir les portes des poids-lourds, de s'y cacher, pour atteindre clandestinement l'Angleterre. "Les migrants passent plus que d'habitude (au Royaume-uni) en ce moment", assure Bastien Roland de la Cabane juridique, une association d'aide aux migrants dans la région. Des succès qui encouragent les autres à tenter eux aussi leur chance.

Coups de matraques et morsures de chiens

Cette hausse du nombre d'exilés sur l'autoroute A6 a aussi entraîné une présence policière plus importante. "La police aux frontières et la Border force [police britannique, ndlr] contrôlent 100% des poids-lourds", a déclaré la semaine dernière à l'AFP le sous-préfet chargé du Brexit, Paul-François Schira. Mercredi 16 décembre, "il y a eu plus de 2 300 interventions par les CRS sur l'autoroute pour empêcher les migrants de monter dans les camions ou les faire descendre", a-t-il indiqué.

L'augmentation du nombre de policiers a provoqué "un déchaînement de violences", signale Bastien Roland. Coups de matraques, jet de gaz lacrymogène, lâcher de chiens… Les témoignages des migrants se multiplient ces dernières semaines. "Les violences de la police se sont accentuées avec les embouteillages", abonde Chloé Smidt-Nielsen du collectif Human rights observers (HRO).


Deux exilés tentent de monter dans un camion, près du tunnel sous la Manche. Crédit : Reuters
Deux exilés tentent de monter dans un camion, près du tunnel sous la Manche. Crédit : Reuters


"Un homme est venu nous voir avec une morsure de chien au niveau de la cuisse. Il ne savait pas si les chiens avaient été lancés sur lui par la police ou des agents de sécurité. Toujours est-il qu'il ne pouvait plus marcher sans béquilles pendant plusieurs jours", relate à son tour Nora Fellens, juriste à la Cabane juridique. "Un autre a eu plusieurs points de suture après avoir reçu des coups de matraque près de l'œil", poursuit la militante. "Un exilé nous a expliqué que des policiers lui avaient déboité l'épaule en le faisant descendre de force d'un camion", ajoute Chloé Smidt-Nielsen. 

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Plusieurs migrants ont été emmenés à l'hôpital. "Beaucoup d'entre eux ne voyaient plus rien car ils avaient reçu du gaz lacrymogène dans les yeux", continue la bénévole de HRO.

"C'est devenu presque normal pour les exilés de recevoir des coups de matraque. Ils disent qu'ils se font frapper même s'ils ne font rien. Il suffit qu'ils se trouvent à côté de l'autoroute. La violence est disproportionnée", souffle Nora Fellens.

Plusieurs plaintes ont été déposées contre les policiers par des migrants, soutenus par des avocats de la Cabane juridique.

Un CRS légèrement blessé et un migrant mort

Les forces de l'ordre, de leur côté, dénoncent des violences contre elles, et contre les conducteurs de poids-lourds. Comme le rapporte le quotidien régional La Voix du Nord, un CRS a été blessé par un exilé alors qu'il tentait de l'évacuer d'un camion dans lequel il essayait de monter. "Le migrant a alors frappé le CRS, le blessant à la tête et au bras", écrit le média jeudi 17 décembre, citant la préfecture du Pas-de-Calais. 

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Légèrement blessé, le CRS a été pris en charge et emmené au centre hospitalier de Calais. Le migrant a été interpellé et emmené par les forces de police. Contactée par InfoMigrants, la préfecture de région n'a pas répondu à nos sollicitations.

À l'approche du Brexit, les associations s'inquiètent d'une "situation extrêmement dangereuse" qui peut entraîner des drames. Un Soudanais est mort fin novembre percuté par un camion, à proximité du tunnel sous la Manche. "Selon ses compatriotes, il n'a pas vu le poids-lourds car il était aveuglé par du gaz lacrymogène", rapportent les humanitaires qui rappellent que "les conditions de vie à Calais sont rendues si invivables qu'elles poussent les personnes à prendre de plus en plus de risques pour sortir de cet enfer".

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À la date du 21 décembre, la France a annoncé la fermeture de sa frontière avec le Royaume-Uni en raison de l'apparition d'une nouvelle souche de coronavirus en Angleterre. Le trafic est totalement interrompu de l'Angleterre vers la France pendant plusieurs jours.

 

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