Musa Jaïteh, un demandeur d'asile gambien licencié au Rugby Club du pays briançonnais, est menacé d'expulsion. Crédit : @RCB
Musa Jaïteh, un demandeur d'asile gambien licencié au Rugby Club du pays briançonnais, est menacé d'expulsion. Crédit : @RCB

Une mêlée politico-sportive s'est formée autour du cas de Musa Jaïteh, un demandeur d'asile licencié au Rugby Club du pays briançonnais. Alors que cette structure amateure s'efforce de trouver un emploi à ce jeune Gambien menacé d'expulsion, la Fédération locale du parti Rassemblement national dénonce "le soutien public apporté à un sans-papiers".

Le visuel gagne peu à peu en popularité sur les comptes des réseaux sociaux des membres ou adeptes du Rugby Club du pays briançonnais (RCB). Cette photo de profil montre les doigts entrelacés d'une main noire et d'une main blanche, le blason du club, sa date de création ainsi que la phrase "Un ballon et des copains autour".


Cette définition illustre la philosophie de ce club créé en 1969. Ses fondateurs cherchaient alors à transmettre les valeurs du rugby aux jeunes sportifs locaux. "Ces enfants, ces jeunes seront les adultes de demain pour lesquels efforts, entraide, solidarité seront des valeurs qui auront un sens", explique le club sur son site. Et ces objectifs restent de mise cinquante ans plus tard au vu du combat mené par ses dirigeants actuels pour venir en aide à l'une de leurs nouvelles recrues, Musa Jaïteh.

Ce solide gaillard âgé de 27 ans est arrivé en France en février 2019 en provenance d'Italie. Il avait rejoint Lampedusa avec son épouse après un long périple depuis son pays natal, la Gambie, jusqu'à la Libye où ils ont trouvé une embarcation pour rejoindre les côtes italiennes. Une traversée dramatique de la mer Méditerranée au cours de laquelle leur fille est morte noyée.

Menace d'expulsion après mars 2021

"Nous n'avons pas de guerre en Afrique de l'Ouest. Mais j'étais menacé car j'ai eu des problèmes dans mon travail", relate Musa, en faisant allusion à une explosion survenue sur un chantier où il exerçait sa profession de soudeur. "La situation n'était plus sûre en Gambie", explique-t-il à InfoMigrants. Musa Jaïteh raconte avoir exercé de nombreux métiers ces dernières années, notamment au Sénégal. Et il se dit prêt à travailler dans n'importe quel secteur pour pouvoir rester en France.

Le RCB l'aide dans cette quête, en multipliant notamment les messages sur les réseaux sociaux. Avec l'épidémie de Covid-19, certaines options n'ont finalement pas pu aboutir et le temps presse pour Musa Jaïteh qui ne possède actuellement qu'une autorisation de résidence temporaire dont la validité a été étendue à la fin mars 2021.

Musa Jaïteh, en haut à gauche, aux côtés de ses coéquipiers du RCB au début de la saison 2020/2021. Crédit : @RCB
Musa Jaïteh, en haut à gauche, aux côtés de ses coéquipiers du RCB au début de la saison 2020/2021. Crédit : @RCB


La durée de sa licence de joueur de rugby est, elle aussi, conditionnée à sa situation légale. Musa Jaïteh a rejoint le club l'été dernier. "Avant je n'avais jamais joué mais je regardais les matchs de l'Afrique du Sud à la télévision", explique-t-il. Il a fini jouer en compétition avec le RCB, qui évolue à l'échelon régional, pour le plus grand plaisir de nombre de ses coéquipiers qui vantent ses qualités sportives et humaines.

Un bras de fer politique

Ce club a l'habitude d'accueillir des joueurs en provenance de pays voisins, notamment de Suisse ou d'Italie. Il compte également deux Afghans dans son effectif et l'épouse de Musa pratique le rugby à 5. Il semblait logique pour cette association de s'engager aux côtés de ce deuxième-ligne pour l'aider à se stabiliser dans la région.

Cette position n'a pas plu à la fédération locale du Rassemblement national qui s'est fendue, le 20 décembre, d'un communiqué dans lequel elle rappelle que "l’unique objet du club est de promouvoir la pratique sportive du rugby dans le Briançonnais et non d’apporter un soutien public à des personnes en situation irrégulière".

Le président du club François Veauléger a tenu à répondre à ces accusations dans un long message posté sur Facebook. Il commence par rappeler que Musa Jaïteh est "un demandeur d'asile déclaré auprès de la préfecture de région". Et le président du RCB d'ajouter : "Quant au soutien public il en est de même pour tous les joueurs qui ont eu, ou qui auront, besoin du soutien de leur club dans une situation personnelle délicate".

Le maire de Briançon Arnaud Murgia a lui aussi décidé de réagir à cette polémique. Il a apporté sur Twitter son soutien au RCB, dont il a jadis porté le maillot, et a confié avoir même envie d'accorder "une subvention supplémentaire pour supporter de telles attaques bêtes, méchantes et totalement déplacées".

Ses propos ont provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux, autant de la part de sympathisants d'extrême droite qui lui reprochent de protéger ses amis du rugby, que de défenseurs des migrants qui rappellent que cet élu des Républicains a choisi de fermer le Refuge solidaire, une structure qui accueille les migrants arrivant par la frontière franco-italienne. Et la presse locale suit logiquement cette histoire de près, comme le média local D!CI ou le quotidien Le Dauphiné Libéré qui lui consacre sa une, mardi 22 décembre.

Si le club est bien conscient des enjeux politiques de ce dossier, il aspire désormais à se concentrer sur la situation administrative de Musa Jaïteh, en l'accompagnant activement dans sa recherche d'emploi.

De son côté, Musa s'efforce d'apprendre le français. Et il espère bien pouvoir de nouveau défendre les couleurs du RCB sur le terrain en 2021.


 

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