Des migrants attendent d'être évacués du camp de Saint-Denis, le 17 novembre 2020. Crédit: Reuters
Des migrants attendent d'être évacués du camp de Saint-Denis, le 17 novembre 2020. Crédit: Reuters

Plus d'un mois après les mises à l'abri de milliers de personnes présentes dans le camp de Saint-Denis, plusieurs acteurs associatifs observent une absence de remises à la rue et des orientations de migrants vers des centres plus pérennes. Les collectifs restent néanmoins vigilants en ce qui concerne les centaines de migrants qui n'ont pas été pris en charge et qui dorment toujours sur les trottoirs du nord de Paris.

Le 17 novembre, en plein confinement en France, 3 038 personnes étaient prises en charge suite au démantèlement du camp de migrants de Saint-Denis et emmenées dans des lieux d'hébergement collectif (gymnases, parcs d'exposition) ou dans des hôtels. Les semaines suivantes, 604 personnes supplémentaires étaient à leur tour sorties de la rue, notamment grâce à l'action menée place de la République par des associations et des migrants. Plus d'un mois plus tard - et une semaine après la fin du confinement en France - l'immense majorité de ces personnes semblent toujours être prises en charge.

Si les préfectures d'Ile-de-France et de Seine-Saint-Denis ne donnent pas de chiffres sur le nombre de personnes actuellement hébergées, des acteurs associatifs, eux, observent en tout cas avec soulagement que les migrants ne sont pas de retour sur les trottoirs et sous les ponts de Paris et de sa région.

"Depuis le démantèlement de Saint-Denis, nous n'avons eu vent d'aucun retour à la rue. C'est plutôt rassurant", se réjouit Kérill Theurillat, coordinateur de l'antenne Paris d'Utopia 56, association présente auprès de la population à la rue mais qui n'intervient pas dans les centres d'hébergement. 

"Situation moins désastreuse"

Ces retours à la rue étaient craints à l'approche de la fin du confinement. "On les redoutait dès le 15 décembre [date à laquelle le confinement a pris fin en France et a été remplacé par un couvre-feu, ndlr]. Après le premier confinement, c'est ce qu'il s'était passé : on avait assisté à des remises à la rue massives, notamment en juillet. Pour l'instant, la situation est moins désastreuse. On va voir comment ça évolue dans les semaines à venir."

En octobre, un rapport des associations Secours catholique, Utopia 56 et Action contre la faim avait en effet estimé qu’à l’issue des opérations de démantèlement des campements en région parisienne, "45 % des personnes qui ont eu accès à un hébergement en ont bénéficié pendant moins d’un mois". La plupart avait ensuite été remises à la rue, précise le rapport, notamment les personnes en procédure Dublin.

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Au "Paris Event Center" à la Villette, l'un des plus gros centres de mise à l'abri de Paris qui a accueilli jusqu'à 430 personnes, le bilan est globalement positif : aucune remise à la rue n'a été constatée non plus. Mais on pointe que 33 personnes ont disparu des radars. S'agit-il de départs volontaires des structures d'hébergement ? Plutôt d'"absences prolongées", avance Justine Porte, coordinatrice d'équipe sociale chez Coallia. "Ce sont généralement des personnes qui ont réussi à trouver d'autres solutions d'hébergement via leur propre réseau", explique-t-elle.

De manière générale, les mises à l'abri de novembre ressemblent à celles organisées lors du premier confinement : les types de structures utilisées sont les mêmes, bien que certaines aient été critiquées. L'ONG Médecins sans frontières (MSF) les avait jugées non-conformes aux règles sanitaires en vigueur lors du premier confinement. Elle a cette fois-ci décidé de ne plus y intervenir. 

"Réelle volonté de faire disparaître les campements sauvages"

Selon Nordin Sedkaoui, directeur de l’unité territoriale de Coallia à Paris, l'association qui chapeaute cinq centres d'hébergement d'une capacité totale de 1 700 places, la principale différence avec les autres mises à l'abri réside dans la réorientation des migrants vers les régions, pour désengorger l’Ile-de-France.

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"Depuis le 17 novembre, il y a eu essentiellement des orientations vers des villes et des régions en dehors de la région parisienne avec souvent des solutions d'hébergement à la clé", assure Nordin Sedkaoui. "Ces orientations ont été plus nombreuses que durant le premier confinement. Notamment celles effectuées vers des CAES (centres d'accueil et d'examen de la situation). Il y a une réelle volonté de mettre le maximum de personnes à l'abri et de faire disparaître les campements sauvages."

À titre d'exemple, 182 migrants hébergés au "Paris Event Center" - sur environ 400 personnes - ont été orientés depuis mi-novembre vers des logements de plus longue durée (HUDA, CADA, CAES, CPH...) en Bretagne, en Normandie, dans la région Centre ou ailleurs. "Il y a eu de gros moyens mobilisés", souligne Justine Porte.

"Des migrants s'entassent dans des lieux de vie indignes autour de Paris"

Reste que plusieurs centaines de migrants doivent toujours se contenter d'un bout de trottoir ou de logements inadaptés dans la région parisienne.

C'est le cas de ceux qui sont passés entre les mailles des mises à l'abri : quelque 300 personnes, estime Utopia 56. Sans oublier les primo-arrivants, ceux qui entrent chaque jour ou presque sur le territoire français. Rien que pour la communauté afghane, ce sont 150 nouvelles personnes qui seraient arrivées ces dernières semaines, selon l'association. 

Chassés de Paris, ces migrants trouvent refuge où ils peuvent, souvent dans des logements insalubres, dénonce Kérill Theurillat, d'Utopia 56. "Soit ils sont à la rue, soit ils s'entassent dans des squats indignes autour de Paris, en pleine pandémie de Covid."

 

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