Des personnes migrantes regagnent le camp de Lipa, en Bosnie, après 24 heures passées dans des bus qui devaient les emmener vers un autre hébergement. Crédit : REUTERS/Dado Ruvic
Des personnes migrantes regagnent le camp de Lipa, en Bosnie, après 24 heures passées dans des bus qui devaient les emmener vers un autre hébergement. Crédit : REUTERS/Dado Ruvic

Environ 900 migrants ont dû regagner mercredi soir le camp de Lipa, dans le nord de la Bosnie-Herzégovine, après avoir passé 24 heures enfermés dans des bus. Leur évacuation prévue mardi a été empêchée par un blocage politique et ils ont retrouvé un lieu d'hébergement en grande partie détruit par un incendie.

C’est un symbole des difficultés de l’accueil des personnes migrantes en Bosnie-Herzégovine. Faute d’accord politique, les quelque 900 exilés qui logeaient dans des conditions indignes dans le camp de Lipa n’ont pas pu être transférés vers un autre hébergement, comme cela était prévu mardi.

Après 24 heures passées dans des bus qui devaient les emmener vers une caserne militaire du sud de Sarajevo, les exilés – originaires d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie – ont dû regagner mercredi 30 décembre le camp en ruines.

Sur Twitter, Peter Van der Auweraert, le représentant de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Bosnie, a regretté que "les négociations politiques de dernière minute n'aient pas abouti à un résultat viable".

En réaction à ce blocage, l’OIM, le Danish refugee Council, le UNHCR, Médecins du monde et Save the Children ont publié un communiqué commun dans lequel les organisations appellent les autorités bosniennes à trouver une "solution immédiate" pour les exilés de Lipa.

"Les organisations humanitaires appellent l'État, les entités et les autorités locales de Bosnie-Herzégovine à respecter les principes inscrits dans le droit international des droits de l'Homme, les conventions ratifiées - ainsi que les cadres juridiques nationaux - et à assurer la sécurité et la protection des personnes en danger en mettant fin à l'impasse actuelle", soulignent-elles.

"Catastrophe humanitaire"

Le camp de Lipa a été détruit en grande partie le 23 décembre par un incendie. Les exilés ont vécu dans les ruines du camp pendant une semaine, souffrant du froid mordant de l'hiver bosnien, avant d'avoir l'espoir, mardi, d'être hébergés ailleurs.

Mercredi soir, ils ont retrouvé cet enfer. Emmitouflés dans un maximum de vêtements, certains ont allumé de petits feux pour tenter de se réchauffer. Tous souffrent du froid et de la faim.

Sur une vidéo tournée jeudi matin par une journaliste de la chaîne N1, on voit des personnes se presser pour faire la queue afin de recevoir un repas distribué par la Croix rouge. "Probablement le seul de la journée", précise le média.

"Il n'y a pas d'eau, pas de nourriture [...] c'est une catastrophe humanitaire au 21e siècle, en Europe", décrit encore la journaliste en filmant un groupe d'hommes rassemblés autour de quelques flammes, dans les ruines du camp détruit.

Entente impossible

Le système politique très complexe de la Bosnie-Herzégovine complique régulièrement la prise de décision politique. La mésentente entre les différentes parties de la classe politique bosnienne, divisée en ethnies, a empêché le pays de trouver une réponse organisée à la crise migratoire.

Le chef de la communauté islamique de Bosnie, Husein Kavazovic, a appelé mercredi à une meilleure prise en charge des migrants, qualifiant la situation de "honteuse" pour le pays et le reste de l'Europe. "Nous ne traitons pas les personnes dans le besoin de cette manière", a-t-il déclaré.

>> À lire : Dans le nord de la Bosnie, les migrants fragilisés par l’arrivée de l’hiver

Environ 8 000 personnes migrantes se trouvent actuellement en Bosnie-Herzégovine, selon l’OIM. La plupart sont regroupées dans le nord-ouest du pays d’où elles espèrent franchir la frontière et entrer en Croatie. Les autorités locales estiment que les autres régions bosniennes devraient également accueillir des exilés.

 

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