La pièce dans laquelle dort Falikou Dosso, dans le centre de l'OIM d'Agadez. Crédit : DR
La pièce dans laquelle dort Falikou Dosso, dans le centre de l'OIM d'Agadez. Crédit : DR

Falikou Dosso, 28 ans, est actuellement dans un centre de l'OIM à Agadez, au Niger, dans l'attente de son rapatriement vers la Côte d'Ivoire, son pays d'origine. Avec une centaine d'autres Ivoiriens, il dénonce le flou et le manque d'informations qui entourent sa situation.

Falikou Dosso, un jeune homme originaire de la région de Nyokosso, en Côte d'Ivoire, a subi de plein fouet la crise du coronavirus alors qu'il était en Algérie. Sans travail et sans revenu, il a pris la décision en juin 2020 de rentrer chez lui. Mais six mois plus tard, il est désormais bloqué, pour des raisons qui lui échappent, au Niger.

Voici son témoignage.

"Je suis parti en juin 2018 de Côte d'Ivoire. J'avais perdu mon travail de mécanicien là-bas et je ne pouvais plus payer ma maison à Abidjan. Un ami m'a conseillé de venir en Algérie, il m'a dit que je trouverais du travail là-bas.

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Peu après mon arrivée à Alger, j'ai commencé à travailler illégalement. J'étais ferrailleur dans le secteur du bâtiment. Je n'avais pas de maison, je dormais sur les chantiers sur lesquels je travaillais, dans des bâtiments en construction. On était beaucoup de travailleurs à dormir là.

Puis, en février 2020, tout s'est arrêté. Avec le coronavirus, il n'y a plus eu de travail. Pendant quatre mois, on n'a rien fait. Je ne gagnais plus d'argent, cela devenait compliqué de trouver quelque chose à manger.

J'ai pris la décision de partir et de rentrer en Côte d'Ivoire en juin. Je me suis signalé à l'OIM (Organisation internationale pour les migrations) pour être rapatrié, mais rien ne s'est passé.

"Tu n'as même pas le droit de parler"

Fin août, je me suis fait arrêter, avec d'autres personnes, par les gendarmes algériens car nous n'avions pas de papiers. Nous avons passé trois jours en prison. Quand nous avons été relâchés, on a été forcés de monter dans des bus. Mais avant ça, on a été fouillés.

Dans ces cas-là, les gendarmes prennent tout : téléphones, objets, etc… Ils ont pris mon argent, 3 000 euros, et mon téléphone. Sur le moment, tu ne peux rien faire, tu n'as même pas le droit de parler.

Puis le bus nous a conduit à Tamanrasset (dans le sud du pays, ndlr) et on a ensuite dû monter dans des gros camions qui nous ont amené près de la frontière avec le Niger. Nous étions expulsés. [Ces expulsions violentes de sans-papiers sont dénoncées depuis des années par les migrants et les ONG, ndlr]

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On nous a déposés à environ 15 kilomètres de la frontière, dans le désert. Le reste, on a dû le faire à pied. Cette nuit-là, entre 2h et 6h, on a marché vers le Niger. On était environ 400 personnes.

"Mes parents ne savaient pas où j'étais"

Arrivés au Niger, l'OIM nous a pris en charge. On a été mis en quarantaine pendant deux semaines dans la ville de Assamaka puis transférés à Arlit, et enfin Agadez, dans un centre de l'OIM, où nous sommes toujours.

Je ne sais pas combien on est en tout dans cet endroit. Je sais seulement qu'il y a une centaine d'Ivoiriens. Tous viennent d'Algérie et veulent rentrer chez eux. Beaucoup n'ont plus aucun contact avec leur famille car ils n'ont plus de téléphone.

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Moi, j'ai pu en récupérer un : un ami en Algérie, qui avait une dette envers moi, m'en a envoyé un. Je peux appeler ma famille, cela faisait des mois que je n'arrivais pas à causer avec mes parents. Ils ne savaient même pas où j'étais. 

Cela fait trois mois maintenant qu'on est dans ce centre. Quand on est arrivés, on nous a dit 'Il n'y a pas de problème concernant votre rapatriement vers la Côte d'Ivoire', mais depuis, pas de nouvelle. Quand on demande aux gens de l'OIM 'Il y a quoi au juste qui bloque?', ils ne nous disent rien.

On est 50 par pièce ici. On dort sur une natte avec une couverture. On se sent vraiment mal à l'aise, on souffre, on a envie de rentrer chez nous. Surtout qu'ici on ne travaille pas, on ne fait rien. Et, en même temps, on n'est pas auprès de nos parents."

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Contactée par InfoMigrants, l'OIM explique que le centre d'Agadez, "situé à un carrefour des routes migratoires empruntées par les Africains se dirigeant vers le Nord", a vu sa population augmenter depuis mars 2020 en raison des fermetures de frontières et des refoulements.

Dans le centre, 119 migrants attendent actuellement d'être transférés en Côte d'Ivoire. "Le processus de retour volontaire est compliqué et peut prendre du temps, surtout en raison des restrictions imposées par la pandémie", commente l'OIM. "Ces retours s'effectuent au cas par cas, pour respecter les protocoles sanitaires et dépendent de la collaboration du pays de destination."

L'organisation précise par ailleurs qu'en raison des "contraintes actuelles", un déplacement de ce groupe de personnes par voie terrestre - et non par avion comme le prévoit d'habitude la procédure - est désormais envisagé avec l'aide des autorités ivoiriennes.

 

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