Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne. Crédit : La Cimade
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne. Crédit : La Cimade

Trois hommes détenus, ou anciennement détenus, au CRA du Mesnil-Amelot affirment avoir subi des fouilles à nu. La pratique n’est pourtant pas autorisée en centre de rétention. Les victimes ont porté plainte. L’une d’elles a saisi l’IGPN.

Saïd Chenanni est encore sous le choc. Cet Algérien sans-papiers a été détenu au Centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) pendant plusieurs jours après avoir été arrêté sans titre de séjour. C’est là-bas qu’en novembre dernier, il affirme avoir été fouillé à nu.

"Des policiers m’ont pris par la sortie de secours derrière. Ils m’ont amené devant le greffe et m’ont mis devant les cabines de fouilles. Quand ils ont des doutes [sur la détention par un détenu d’objets interdits], tu restes en boxer, et là généralement ils passent juste les mains entre les jambes pour voir si tu n’as pas caché quelque chose", raconte-t-il à InfoMigrants.

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"Je commençais à me déshabiller pour me mettre en boxer quand un des policiers m’a mis les menottes et un deuxième a mis son épaule contre mon dos. Ils m’ont enlevé le boxer. L’un d’eux essayait de faire entrer son doigt dans mon anus, ça m’a fait vraiment mal", ajoute Saïd Chenanni, aujourd’hui détenu au CRA de Palaiseau (Essonne).

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Il décide alors de porter plainte et assure être en mesure d’identifier le policier qui a effectué la fouille à nu. "Celui qui m’a touché n’est plus rentré dans le centre après. Avant, je le voyais souvent dans le CRA. Mais après mon agression, je ne l’ai plu revu. J’avais dit que si je l’attrapais, j’allais le frapper", témoigne-t-il.

Deux autres cas de fouilles à nu ont été recensés au CRA du Mesnil-Amelot à la fin de l’année 2020. Ayadi Ghazi, un Tunisien de 22 ans, détenu pendant trois mois, est l'un d'eux.

"C’était après une visite de mes proches. Des policiers m’ont dit ‘Viens avec nous’", se souvient-il. "Le chef m’a dit qu’il allait me fouiller. Il m’a ordonné de me déshabiller, d’enlever même mon slip, et de me mettre à genoux. Là, il a mis sa main dans mes fesses. Il y avait presque 14 personnes derrière moi." Un troisième homme a également été fouillé à nu dans le même CRA.

Tous trois ont souhaité porter plainte contre les personnes ayant effectué les fouilles. Saïd Chenanni a été représenté par une avocate. Et c’est La Cimade qui s’est chargée de déposer la plainte des deux autres détenus devant le parquet de Meaux.

Le troisième homme a par ailleurs saisi l’IGPN, à la suite de quoi il a été accusé de rébellion et placé en détention à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.

David Rohi, responsable de la rétention à La Cimade, souligne que les fouilles à nu n’ont absolument pas lieu d’être en CRA. "L’ensemble des lois et règlements prévoient que ces fouilles soient effectuées de manière très précises et encadrées, uniquement dans les prisons", précise-t-il.

Les trois cas de fouilles à nu que les détenus affirment avoir subies sont d’ailleurs les premiers jamais recensés par l’association d’aide aux personnes migrantes.

"Parce qu’on est des étrangers, ils nous prennent pour des merdes"

Pour les deux détenus qu’InfoMigrants a pu interroger, ces fouilles à nu s’inscrivent dans la continuité de pratiques racistes et dégradantes des équipes policières du CRA.

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"La personne qui a décidé de me faire ça, c’est un mec ici qui m’a provoqué tous les jours. L’autre fois, il m’a dit ‘Va te faire enculer’. Il m’insulte tous les jours", affirme Ayadi Ghazi.

"Parce qu’on est des étrangers, ils nous prennent pour des merdes. Ce que tu entends le plus c’est ‘Tu vas rentrer chez toi, espèce de merde ‘. À entendre ça tout le temps, tu perds confiance en toi", raconte, de son côté, Saïd Chenanni qui souligne néanmoins que certains policiers "font juste leur travail". 

David Rohi refuse de se prononcer sur l’éventualité de motivations racistes expliquant les fouilles. "Nous, ce que l’on souhaite c’est que la justice puisse faire son travail et donc qu’il y ait une enquête car, si les faits sont avérés, ils sont très graves", insiste-t-il.

"Nous souhaitons également que les personnes en question soient tenues informées des suites de leur plainte." Il existe, selon ce spécialiste de la rétention, un problème de plaintes rarement suivies de faits dans les CRA mais aussi "un dysfonctionnement global qui fait que les plaignants ne sont pas informés des suites données par le parquet".

 

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