Des exilés empêchés d'entrer dans un supermarché de Grande-Synthe. Crédit : Capture d'écran vidéo HRO
Des exilés empêchés d'entrer dans un supermarché de Grande-Synthe. Crédit : Capture d'écran vidéo HRO

Des migrants ont été contrôlés abusivement puis empêchés d'entrer vendredi dans un supermarché Auchan de Grande-Synthe, dans le nord de la France, dénoncent plusieurs associations et collectifs. Les humanitaires ont saisi l'IGPN et la Défenseure des droits.

"Aujourd'hui, la police nous a empêchés d'accéder au magasin pour faire nos courses". Face caméra, un exilé kurde raconte comment des CRS l'ont empêché, lui et des amis, d'entrer vendredi 8 janvier dans le Auchan de Grande-Synthe, dans le nord de la France. 

Cette vidéo a été publiée lundi par le collectif Human rights observers (HRO) sur sa page Twitter, accompagnée d'autres images où on peut voir des CRS interdire aux migrants l'accès au supermarché. Les forces de l'ordre affirment sur l'enregistrement procéder à un contrôle d'identité "sur réquisition du procureur". 

"Contrôle au faciès et discrimination"

Dans un communiqué, plusieurs associations - dont Solidarité border, Human rights observers (HRO) et l'Auberge des migrants - indiquent que "les agents des forces de l’ordre laissaient l’entrée libre à toute personne de type caucasien sans procéder à un contrôle de leur identité, tandis que les autres étaient systématiquement contrôlés et une dizaine d’entre eux furent empêchés d’entrer". Pour Isabella Anderson, coordinatrice de HRO qui était sur place au moment de l'incident, ces faits sont clairement constitutifs de contrôle au faciès et de discrimination, qui sont des pratiques illégales.

"Les exilés n'ont déjà pas accès aux droits fondamentaux dans le nord de la France et en plus on leur interdit d'aller acheter de la nourriture", souffle Maëlys Cossart, coordinatrice de Solidarity border. Finalement, après plus d'une heure de discussion avec les humanitaires, les migrants ont été autorisés à entrer dans le supermarché.

Contacté par InfoMigrants, Auchan se dédouane de toute responsabilité . "Nous ne sommes pas concernés par cette opération qui n'était pas de notre initiative", déclare, un brin agacé, le service communication de l'enseigne de grande distribution. "Dans nos magasins, on accueille toute personne qui veut faire ses courses".

Des contrôles dans le "strict respect" du code de procédure pénale

Le maire de Grande-Synthe se dit quant à lui "étonné et stupéfait" par ce qu'il s'est passé vendredi devant ce supermarché. "Les faits sont regrettables et ne devraient pas avoir lieu", insiste Martial Beyaert, joint par InfoMigrants.

>> À (re)lire : France : "Les violences policières contre les migrants sont devenues la norme"

La préfecture du Nord se défend, expliquant que "plusieurs opérations de contrôle d'identité" sont effectuées chaque jour dans la ville "sur réquisition du procureur de la république" de Dunkerque. "Il y a bien eu une opération de contrôle d'identité vendredi à 18h30 (....) dans le strict respect" du code de procédure pénale et "en aucun cas les forces de sécurité intérieure ne procèdent à des 'contrôles au faciès', qui sont illégaux", a-t-elle précisé à l'AFP. 

Mais pour les humanitaires, ce procédé n'est pas nouveau. "La différence, c'est que là, on a des preuves", note Maëlys Cossart. Les associations ont saisi dimanche l'IGPN et la Défenseure des droits afin que cessent ces pratiques.

 

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